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Un été contraire

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192 pages, Paperback

Published August 22, 2025

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Displaying 1 - 2 of 2 reviews
Profile Image for Aude Bouquine Lagandre.
725 reviews223 followers
October 26, 2025
Certains étés rassemblent, d’autres défont les liens. « Un été contraire » décortique l’amitié de Jolan, Régis, Lio et Tim qui s’apprêtent à passer un mois et demi sous le soleil lourd de Pittsburgh, au bord d’un fleuve hypnotique. Ils ne se sont pas vus depuis cinq ans, depuis leur année de Terminale. Les rituels d’amitié qui les liaient vont se muer en épreuves, et, plus tard, certains souvenirs refuseront de tenir en place. Pauline Vetter déploie une histoire rejouée par bribes, dont la mémoire est à la fois matière et faille… Jolan, dont on suit le point de vue, se heurte à des zones floues, comme si le récit n’était possible qu’en recomposant sans cesse les bords de ce qu’ils ont vécu : une amitié sous tension qui navigue entre pouvoir et domination, sous le poids d’un terrible secret.

La construction repose sur trois temporalités. Le présent marqué par un événement décisif. Le passé « d’origine » qui revient sur le temps du lycée et l’incident qui a drastiquement modifié les dynamiques du groupe d’amis. Et, le passé « conséquences » de l’été américain à quatre, puis les années qui en découlent. Ce montage fait d’« Un été contraire » une matérialisation du travail de la mémoire qui travaille, vient chercher les détails, insiste en resserrant l’étau de ce qui a été tu.

Durant la période américaine, Pauline Vetter ausculte l’anatomie du quatuor. Les conversations les plus anodines annoncent un froid perceptible pour le lecteur qui a l’intuition très développée. L’absence d’Andie, une jeune fille connue au lycée, devient un grain de sable qui grippe l’idée confortable qu’ils se font d’eux-mêmes en étant « bons amis ». Car, ce qui tient la bande n’est pas l’affection, mais les défis cycliques qui s’imposent dans leurs relations. Ces ultimatums dictent leurs lois et plient les volontés, avec des conséquences d’adultes dont on ne peut s’affranchir. Ajoutez à cette dynamique la dépendance matérielle qui ajoute une couche de pouvoir sur les protagonistes d’« Un été contraire », et vous obtenez un cocktail détonnant.

En effet, deux personnages prennent la majeure partie des dépenses. Les autres se sentent redevables et dire non à des défis idiots devient alors impossible. « Un été contraire » se joue dans ces micro-pressions, affectives, viriles et financières en redessinant le consentement, en déplaçant lentement la frontière entre jeu et contraintes. Ces vacances en commun mettent en lumière un théâtre des apparences.

Dans le passé « d’origine », le club de théâtre du lycée a irrigué leur histoire. C’est précisément là que la troupe s’est soudée, que chacun a appris à jouer, sur la scène et dans la vie. C’est là aussi qu’il y avait Andie, la grande absente à Pittsburgh, celle pour qui le théâtre comptait vraiment, quand eux s’éparpillaient dans des gags permanents. La question de la vérité et de la parole donnée traverse « Un été contraire », de même que la trahison, les serments et promesses donnés.

Le roman est parcouru par une montée en intensité. Au fil des pages et des défis de plus en plus absurdes, quelque chose décale le curseur. Le lecteur devine qu’une limite a été franchie, que la barre de l’amitié a été placée trop haut, trop loin pour qu’elle puisse être atteinte, et que l’on approche d’un point de non-retour. D’où les incursions dans le passé provoquées par Jolan. Il se repasse les images pour tenter d’apaiser l’angoisse qui remonte à la surface dans cet été chaud et fiévreux où chaque instant prend des allures plus dramatiques. L’ombre d’Andie pèse partout, et avec elle, la version d’un drame qui a façonné leurs destins. C’est la couverture morale décidée par un des protagonistes et acceptée par tous qui génère une scission morale du groupe.

La force d’« Un été contraire » tient aux portraits des personnages. Andie, jeune femme complexe, déterminée, parfois abrasive, refuse que les garçons coulent avec elle. Joan, le narrateur, suiveur par peur, est celui qui éprouvera le besoin de se racheter. C’est sa culpabilité qui draine le récit. Régis incarne la fibre morale du groupe, celui qui refuse l’abdication de leur amitié. Lio, lui, est dans la posture, il fabrique le vernis de l’efficacité de la version donnée face au drame. Enfin, Tim est une faille à ciel ouvert qui brûle sa vie par l’alcool et la fuite des responsabilités. Toutes les blessures cachées sont à vif et constituent la géographie du roman.

L’été américain ne fera que les enflammer. Jolan observe les interactions, les souvenirs et la chorégraphie des êtres. Le réel se superpose aux clichés de la vie à Pittsburgh. Car cette ville, écrasée de chaleur, tient un rôle prépondérant : elle met à nue les blessures, crispe les interactions et fait remonter les souvenirs. L’humidité, la température excessive, le bruit obsédant de la ville qui bruisse, composent une nappe sensorielle capable d’amplifier chaque malaise. D’ailleurs, le feu traverse « Un été contraire » à la fois comme fait concret, mais aussi comme image sensorielle et métaphore morale. Telle la culpabilité qu’on ne peut éteindre, le feu est impossible à dompter.

« Un été contraire » aborde la thématique de la responsabilité durant la période de l’adolescence. Pauline Vetter montre la pente du renoncement, le fossé entre trahir et protéger, la différence entre la justice institutionnelle et la justice intime. L’écrivaine décrit les gestes ordinaires, tout en ménageant la montée en puissance de la tension. Chaque retour au présent rapproche un peu plus le lecteur d’un face-à-face avec le passé. De plus, elle excelle dans la description des dynamiques de groupe où chaque individualité apporte une pièce supplémentaire au puzzle. Évidemment, son choix de construction n’est pas étranger à la réussite de ce texte. La mémoire revient, repart, ajoute une lumière, un regard neuf, et permet de comprendre qu’elle n’est pas un coffre fermé à double tour.

Lorsque l’on confond la réalité avec une scène de théâtre, la vérité et le mensonge s’entremêlent. Le temps de s’interroger sur une dette revient toujours.

« Un été contraire » laisse la sensation lourde et oppressante d’un orage prêt à éclater… Sur quelle partie de nous-mêmes sommes-nous enclins à faire l’impasse pour faire partie d’un groupe ? Un premier roman très prometteur.
Profile Image for Hajer.
707 reviews
October 29, 2025
un texte d'une grande sensibilité où la part belle est accordée aux monologues intérieurs renvoyant à la psychologie des personnages et leurs pensées inavouables.
une pression psychologique énorme s'exerce dans un groupe de jeunes adolescents devenus adultes, où domination et amitié cohabitent difficilement.
un premier texte au ton intimiste passionnant.
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