Ce livre, je ne l’oublierai jamais . Lu en version originale pour le cours d’Espagnol, c’est la découverte d’une superbe auteur, qui à travers une narration mystérieuse, développe une intrigue qui finalement n’a pas de réponse, qui nous laisse sur notre faim, qui correspond parfaitement au sujet qu’elle traite, à savoir : l’intrigue raciale, les nazis, la guerre, et l’amour. Je voudrais parler de ce livre, qui pour moi, est à la fois une histoire que l’on adore, mais aussi que l’on déteste, et qui finalement, finit par être une histoire bouleversante que l’on n’oublie pas.
L’histoire de Wakolda nous tient le cœur pressé entre haine et amour. Amour, tout d’abord, parce que ses personnages sont attachants. La famille de Lilith qui cherche à faire revivre l’hotêl de leur défunte grand-mère fait naître en nous de la compassion, l’idée que dans un monde ou règne la pauvreté, on peut essayer de s’en sortir. En outre, les personnages sont developpés tout au long du livre, et on apprend leur passé, qui nous permet, non pas de nous identifier à eux, mais de comprendre leurs actes. Lilith, petite fille de douze ans, très belle, « presque parfaite », selon le scientifique nazi José, reste trop petite, et est critiquée dans son école « nazie ». De même, elle découvre face à José des choses qu’elle n’avait jamais vues, et ne peut s’empêcher de s’intéresser, dans une innocence complice, à tout ce qui a trait à la génétique, aux expériences étranges. Mais on peut la comprendre : elle est jeune, et tout cela semble si beau, si parfait.
Et puis, elle est amoureuse, Lilith. En tous les cas, elle éprouve une attraction plus forte qu’elle pour José, pourtant bien plus vieux, qui l’intrigue, l’attire, et…. La manipule. Attachée à sa poupée Herlitzka, qu’elle échangera contre Wakolda, la « poupée aux pouvoirs magiques » de Yanka, elle fait preuve d’un caractère téméraire, car elle brave les interdits du fait de sa curiosité, mais d’un autre coté, elle apparait comme sans protection, fragile, et qui connait encore mal le monde et ses dangers… Car elle ne voit pas combien « José » peut être dangereux. Elle ne voit pas quel jeu il joue.
Le livre tourne autour d’une intrigue fondée sur la pureté et les poupées. Objet d’enface, une poupée ne fait pas de mal à une mouche, mais ici, elles sont crées à la chaine par José, manipulant le père de lilith, Enzo, avec ce qu’il aime le plus : les fabriquer. Pour montrer son passage sur terre, et notamment à Bariloche, il crée les poupées « parfaites », ces blondes aux yeux bleus- des yeux qui bougent- et sans aucun défaut, qui lui permettent de monter dans l’estime de tous les nazis réfugiés dans le pays, et de répendre « l’image de la pureté ».
C’est ceci qui marque la contradiction dans le livre, qui est finalement un livre que l’on déteste aussi bien qu’on l’adore. L’ambivalence du lecteur est du à la narration. Tout d’abord parce que l’auteur à une très belle plume qui laisse planer le suspense et qui ne nous dit pas tout. Sait-on d’ailleurs, si Lilith à réellement été violée dans sa nuit à l’hotêl avec José ? Car les mots, eux, ne seront jamais écrits…. Ce que l’on sait, c’est combien le personnage de José est pervers, ce qui conduit bel et bien à presque le détester.
Car souvent, c’est de son point de vue qu’on voit les choses. Maniaque, obsédé, il note tout ce qu’il sait sur la famille de Lilith dans son petit carnet noir. Il parvient à être le premier client de l’hôtel, et à y rester, afin d’observer cette famille, comme s’ils étaient des animaux. Finalement, il arrive si bien à manipuler, qu’il à l’autorisation de donner des hormones de croissance à Lilith, ainsi qu’à sa mère, Eva, enceinte. De cette manière, à l’insu de tous, il crée des jumeaux… Et le lecteur voit se dérouler sous ses yeux ces intrigues qu’il devine, qu’il imagine, mais auxquelles il refuse de croire. On assiste donc à la naissance des jumelles, faite par José lui-même, et qui s’en occupe jusqu’à son départ.
C’est comme si le livre, finalement, conaissait deux protagonistes : Lilith et José. Deux personnages pas si opposés, finalement, puisque chacun est attiré par l’autre, et à un gout pour les mêmes choses. Mais ce qui fait la rudesse du livre, c’est sa réalité. La seconde guerre est évoquée concrètement, ainsi que les camps de concentration. Et ce qui est central dans le livre, c’est l’aspect scientifique, et cette recherche « fanatique » de la race pure, « ariene », comme on dit. Les experiences de José sont terribles, dégoûtantes, et pourtant elles sont dites, notamment à la fin du livre, lorsqu’il est dit qu’il avait voulu joindre deux jumeaux, les faire siamois, mais que ceux-ci n’avaient pas résisté.
Le fanatisme avec lequel le personnage de José évolue dans le livre, concernant les poupées, ou les jumelles de Eva, allant jusqu’à enfermer la Lilith malade dans l’autre aile de l’hôtel pour ne pas qu’elle contamine ses sœurs, donne du dégoût au lecteur, qui pourtant reste curieux de savoir comment va se dérouler la suite du livre. Un bon livre doit-il d’ailleurs toujours finir bien ? Le dégout du lecteur envers José, doit-il conduire celui-ci à être arrêté, ou bien peut il s’échapper ?
Et d’ailleurs : veut-on réellement connaître la fin ? Car ce livre est un livre dont on à peur, mais il est un livre qui reste, que l’on n’oublie pas. Ce livre se termine de manière à ce qu’il n’y ait pas de réel dénouement, pas de réelle justice. Le personnage de Nora qui apparait rejoint celui de Lilith, il la représente en plus grande, ce qui peut donner un aperçu au lecteur du futur possible de la jeune fille. Mais le livre est injuste, comme la guerre l’a été. Il n’y a rien à comprendre, dans la guerre. C’est incensé, terrible, injuste, dégoûtant et déroutant. Et bien, je voudrais dire que le livre de Lucia Puenzo est pareil. Il est dégoûtant dans sa beauté. Je râle en refermant les dernières pages de ce livre qui ne donne pas de réponses à mes questions. Je ne sais pas ce que la poupée magique contenait dans son ventre, car seul José le sait. Et José, où est-il ? Je ne le sait pas non plus. Et qu’adviendra-t-il de Lilith ? Des jumelles ? Seul le temps le sait.