Star du petit écran, professeur d'université respecté, homme de gauche, féministe auto-proclamé et ami des célébrités, Gérard Miller est accusé d'avoir profité de son aura pour manipuler et agresser de très jeunes filles, parfois mineures. Une prédation qui aurait eu pour décor les plateaux télé comme les bancs de la faculté et pour mode opératoire, redoutablement maîtrisé, hypnose, emprise psychologique et domination. Après trois décennies de silence, plus de 80 femmes ont décidé de dénoncer les agissements du célèbre psychanalyste qu'il conteste vigoureusement, et pour lesquels il reste présumé innocent. À travers des témoignages inédits et exclusifs de nombreuses victimes présumées et de personnalités ayant côtoyé Gérard Miller, ce récit vertigineux dévoile les ramifications tentaculaires d'un scandale qui ébranle tout un système, et interroge la complaisance et le sexisme d'une époque pas si lointaine
Très bizarre. Evidemment le sujet est plus qu'important, mais la façon de le traiter donne l'impression que les autrices veulent montrer qu'elles ont été les premières à sortir LE sujet, avant Mediapart, et qu'elles font un vrai travail de journalisme. Au final, plus l'impression d'une démonstration qu'une véritable enquête.
Dans Anatomie d’une prédation, Cécile Ollivier et Alice Augustin signent un livre d’une force rare, un document glaçant sur les dérives du pouvoir et les blessures qu’il inflige. À travers une enquête solide et des témoignages bouleversants, elles révèlent comment un certain milieu a pu transformer l’abus en liberté et dissimuler la domination derrière de grands discours intellectuels. Derrière l’image du psychanalyste brillant, on découvre un homme mû par le besoin de séduire, de contrôler, puis de rejeter. Les récits de ses victimes se répondent dans une mécanique implacable : la chasse, la capture, la blessure. Trois temps d’une violence répétée, où la parole masculine s’érige en loi et où la jeune fille devient proie. Ce livre ne se contente pas de raconter : il révèle, il accuse. Je reste sidérée par le silence qui l’a entouré. Le mutisme des institutions, des pairs, des médias fascinés par le prestige de celui qu’ils encensaient. Comment tant d’intelligences ont-elles pu détourner le regard ? Comment une société peut-elle tolérer qu’au nom d’une pseudo-liberté, on détruise des vies ? Anatomie d’une prédation interroge avec justesse la complaisance d’un milieu qui se pense éclairé, mais refuse de voir sa propre obscurité. C’est un livre nécessaire, douloureux, qui met à nu la violence feutrée du pouvoir et rappelle que le verbe peut aussi servir à asservir. Je suis sortie de cette lecture secouée, en colère, mais reconnaissante envers ces femmes qui ont parlé et envers ces autrices qui ont écouté. Ce travail d’enquête d’une rigueur exemplaire redonne sens au mot courage. Et s’il faut rappeler que l’homme au cœur de cette affaire bénéficie de la présomption d’innocence, il n’en demeure pas moins que ce livre soulève des questions cruciales sur le silence, la responsabilité et l’impunité. À lire absolument parce que regarder en face, c’est déjà commencer à réparer.
Il y a toujours une petite satisfaction quand une personne publique que l’on n’apprécie pas s’avère être une merde, j’aurais cependant préféré qu’on parle de malversations financières (même si en fait il y a en aussi) que d’agressions sexuelles et de viols.
Disons le tout de suite, Gérard Miller est présumé innocent des crimes qui lui sont reprochés, mais ça ne l’empêche pas d’être une merde qui a abusé de son pouvoir auprès de très jeunes femmes manipulables et ce livre montre très bien pourquoi.
Un aspect que j’ai également trouvé très intéressant ici, c’est tout ce qui parle de la manière de faire une enquête sur ce sujet, avant et après MeToo. Les journalistes racontent aussi pourquoi la parole peut se libérer après la publication d’un papier (elles ont publié la première enquête sur le sujet dans Elle), et pourquoi les choses étaient totalement différentes à l’époque de la majorité des faits. Je lève souvent les yeux aux ciel quand je lis Elle, mais les papiers société de ce journal sont toujours impeccables. Elles montrent ici l’utilité publique de ce journalisme.