Lu dans le cadre du Prix du roman étudiant, Peau d’ourse m’a laissée profondément mal à l’aise.
Sous des apparences de roman d’émancipation féministe et queer, le texte soulève de nombreuses questions quant à la légitimité du regard qu’il porte sur ses personnages et ses thématiques.
La narratrice, adolescente de seize ans, raconte son rapport à son corps, à la découverte du désir et à son orientation sexuelle. Or, ces passages, souvent très explicites, sont écrits par un auteur quadragénaire, ce qui crée un véritable malaise : la sexualité d’une mineure y est décrite avec un regard objectifiant, parfois voyeuriste, difficile à justifier narrativement.
La représentation du corps gros ajoute à ce sentiment d’inconfort. Loin de proposer une approche bienveillante ou réaliste, la narration tend à caricaturer, voire à humilier, son personnage. Le corps devient un objet de gêne ou de dégoût, plutôt qu’un vecteur d’affirmation ou de réappropriation: un contresens total au regard du discours “féministe” mis en avant par l’éditeur.
Sur le plan stylistique, la voix narrative se veut incarnée et contemporaine, ponctuée de “meuf” et d’expressions familières censées rendre la narratrice vivante et proche. Pourtant, cette écriture sonne souvent forcée, artificielle, comme une imitation maladroite du langage adolescent. Ce décalage empêche toute réelle empathie envers la protagoniste, et rend la lecture laborieuse.
Quant à la fin, elle laisse un goût amer : ni le propos ni le ton ne parviennent à racheter le malaise installé tout au long du roman. L’impression générale est celle d’un texte qui prétend parler avec les jeunes femmes, mais qui parle en réalité à leur place, à travers un prisme masculin et peu documenté.
En somme, Peau d’ourse est un roman dérangeant: non pas par la force de son propos, mais par son manque de justesse et de recul. On en ressort plus gêné que touché, avec la sensation d’avoir lu un texte qui se trompe de combat.