Tout part d’une rencontre nocturne fortuite devant la fontaine de l’Acqua Paola. Alors que d’autres célèbrent ou déplorent, à Rome et dans toute l’Italie, la victoire de Meloni, Pietro fête ses dix-huit ans avec ses deux amis, Tama et Monica. Lorsqu’un sans-abri déjanté, obnubilé par l’astrophysique, s’adresse à eux, le jeune homme a l’étrange impression de le connaître et souhaite en apprendre davantage. Pourtant, Pietro sait qu’il doit consacrer toute son énergie à la réalisation d’un court métrage afin d’intégrer une grande école de cinéma et de réaliser son rêve. Et si sa caméra prenait justement le relais et témoignait de la vie de celles et ceux dont nous détournons le regard ? Commence alors pour Pietro une quête artistique et intime, à l’âge des grands bouleversements, du premier grand amour et des prises de conscience politiques. Un très beau roman qui offre à ses lecteurs une galerie de personnages aussi hétéroclites qu’attachants, aussi drôles qu’émouvants. Sans oublier Rome, toute en contrastes, prête à quitter la figuration pour le rôle-titre. Magnifique hommage au cinéma, ce roman tisse des liens entre les lieux, les Arts, les mères et leurs fils, les amis et les amants, les plus fragiles et les écœurés, dans une société de plus en plus maltraitante où sagesse et philosophie se cachent là où on ne les attendait pas. Ce faisant, Renaud Rodier parvient en quelques lignes à nous faire passer du rire aux larmes car il écrit ses personnages, à moins qu’il ne les filme, avec sincérité. Ainsi, comme lorsque j’avais tourné la dernière page des Échappés, serai-je pour quelque temps encore poursuivie par les voix de ses protagonistes et par leur douce folie.
Pietro a des repères au lycée, à la maison, dans le cinéma, sur son scooter, dans les rues de Rome. Un héros manque à l'affiche : son père. Perdre son père enfant, c'est se lancer adolescent dans tout Rome, caméra à la main, à la recherche d'un vieillard sans domicile fixe en qui il a cru le reconnaître. Lui, ce vieillard, n'a comme repère que les astres. Au milieu d'un monde qui part en vrille, leur lien pudique et empli de mystère accapare l'écran et nous émeut jusqu'aux larmes. Faut-il se reconnaître, partager une passion ou un délire ? Faut-il l'aide de médicaments, faut-il que ce soit un acharnement, d'aller à la rencontre d'une autre âme humaine ? Ou allons-nous continuellement frôler ces âmes perdues au coin des rues, dans le froid criant des grandes villes, en les privant de notre humanité ? Cette leçon fut pleine d'émotions. Un grand merci à Renaud Rodier de faire d'un des oubliés de notre société un personnage principal de roman.