Le Livre de Kells est le douzième roman de Sorj Chalandon a puisé dans son expérience personnelle pour raconter un épisode de sa vie. À 17 ans, après avoir quitté le lycée, Lyon et sa famille, il arrive à Paris où il va connaître, durant presque un an, la misère, la rue, le froid, la faim. Ayant fui un père raciste et antisémite, il remonte l’existence sur le trottoir opposé à celui de ce Minotaure sous le nom de Kells, en référence à un Evangéliaire irlandais du IXème siècle. Des hommes et des femmes engagés vont un jour lui tendre une main fraternelle pour le sortir de la rue et l’accueillir, l’aimer, l’instruire et le réconcilier avec l’humanité. Avec eux, il découvre un engagement politique fait de solidarité, de combats armés et d’espoirs mais aussi de dérapages et d’aveuglements. Jusqu’à ce que la mort brutale de l’un de ces militants, Pierre Overney, pousse La Gauche Prolétarienne à se dissoudre. Certains ne s’en remettront jamais, d’autres chercheront une issue différente à leur combat. Ce fut le cas pour l’auteur, qui rejoignit « Libération » en septembre 1973. Le livre de Kells est une aventure personnelle, mais aussi l’histoire d’une jeunesse engagée et d’une époque violente. Sorj Chalandon a changé des patronymes, quelques faits, bousculé parfois une temporalité trop personnelle, pour en faire un roman. La vérité vraie, protégée par une fiction appropriée…
Bon, Sorj Chalandon est définitivement mon romancier français contemporain préféré. Ce qu'il raconte dans ce roman est parfois dur à lire, surtout quand on sait qu'il s'agit d'une biographie romancée. Pour moi qui n'ai pas connu mai 68 et cette époque (j'étais bien trop jeune), c'est une période qui ne m'a jamais trop attirée, tout comme les années 70. J'ai pourtant aimé Kells, ses amitiés, ses rencontres, ses dérives, ses doutes, ses prises de position, j'ai compris sa tentation à se battre pour une juste cause, mais jusqu'où aller dans la violence ? Et la dernière page m'a flanqué un grand coup au coeur. Hautement recommandé, il va falloir que je poursuive la lecture de tous ses bouquins.
J'ai apprécié parce que c'est Sorj Chalandon mais j'ai eu du mal avec la première partie, qui me rejoignait moins. Et parce que je suis un peu nouille, je croyais qu'il y aurait un gros lien avec le fameux livre de Kells... c'est ça quand on ne s'informe pas!
C'est touchant, c'est personnel, c'est inégal. Touchant, parce que Sorj Chalandon sait, comme toujours, mélanger le pathos et l'esprit critique pour faire du narrateur un ami dont on vit les péripéties sans distance. Touchant aussi plus encore parce que, selon ses interviews en tout cas, le récit de l'auteur est quasi collé à la réalité. Personnel donc, ce qui n'est pas totalement positif, Chalandon étant un maître absolu du montage d'une intrigue (le Quatrième Mur me fait systématiquement tomber de ma chaise à chaque lecture, à chaque adaptation théâtrale), talent dont on se prive forcément quand on veut rester au niveau d'une vérité moins scénarisée. Inégal, surtout parce que Chalandon aujourd'hui, surtout quand il parle de lui-même, a perdu le style journalistique, sans fioritures, qu'il a eu auparavant. Le lyrisme assaisonne sans problème la partie dans la rue, parce qu'il y a assez de matière (d'ailleurs une matière dont on ne parle que très peu en littérature), il est un peu plus gênant dans la partie mao, qui en plus pêche de temps en temps par excès de pédagogie (sauf la très belle fin).
Un des meilleurs livres récents de Sorj Chalandon, dont la première partie - surtout - m'accompagnera encore longtemps.
Le parcours d’un écorché. Des coups du salaud, Père raciste antisémite jusqu’à (sa) Libération, Sorj Chalandon nous dit la rue, l’humanité, et la violence d’une époque, dont l’écho est aujourd’hui troublant. Il nous laisse poisseux, enragés, émus. Kells nous apprend le courage des renonciations qui sauvent ; Chalandon nous rappelle que pour écrire, il faut d’abord vivre.
Sorj Chalandon a déjà beaucoup écrit sur lui: derrière le passionné de la cause irlandaise dans Mon traitre/Killybegs ou à la première personne dans Enfant de salaud mais en prenant des arrangements avec la chronologie. On le retrouve ici à la première personne, reprenant l’homme de la lutte des classes du début de Quatrième mur, dans ce qui est son récit le plus honnête. D’avord, il y a son expérience de la rue. La perte progressive de sa dignité. L’entrée dans lune pseudo-communauté hippie. Surtout la fuite de son père violent. Et puis vient l’entrée dans les mouvements maoïstes. Mais pas en tant que penseur, en tant que « militaro-débile », comme les têtes surnommaient les nervis. Car Chalandon, on le sent tout au long du livre, n’est pas naturellement politisé (si ce n’est contre son père), at agit avant tout à l’émotion. Au fil du temps vient la prise de conscience, le recul, et le délitement de l’action au profit d’autres formes d’idéaux. On pourra reprocher à ce texte une certaine absence de prise de recul. Et en même temps, c’est ce qui le rend fort: Chalandon ne regarde pas qui il était avec son regard actuel, il dit qui il était, il nous le fait revivre. C’est parfois un peu maladroit, mais c’est ce qui rend le jeune Chalandon attachant, malgré ses errances et ses erreurs. Il a l’honnêteté de raconter ce qui ne va pas, comme ce qu’il a fait de grand. Un très bon livre qui donne envie de continuer à lire le reste de la biographie de l’auteur (déjà largement entamée) pour y retrouver cette sincérité
J'ai bien aimé ce gros roman de Sorj Chalandon à l'écriture décidément brillante malgré un des sujets importants (les démarches révolutionnaires communistes) qui m'intéressait peu. Je me suis senti très investi dans la première partie d'errance dans la rue du narrateur. La seconde sur le mouvement maoïste m'a beaucoup moins parlé. Mais cela reste très intelligent et rudement bien décrit.
Sorj Chalandon, dans un de ses romans les plus personnels, raconte sa jeunesse de son départ précoce du domicile familial après son émancipation à ses débuts dans le journal Libération, en passant par la rue. A travers son chemin personnel, Chalandon nous raconte également sans faux semblants son engagement politique et décrit admirablement la violence d'une époque.
Plus que l'histoire qui nous est contée, parfois avec beaucoup de poésie, ce roman ne peut que toucher par son humanisme rare et les émotions qu'il dégage.
Mon second Sorj Chalandon après l'Enragé. Roman autobiographique qui m'a permis de découvrir tant la vie de l'auteur (qui a apparemment été le sujet d'autres de ses romans) que la période de militantisme de la fin des 70's avec les Maos et leur journal la cause du peuple. J'ai d'ailleurs été plus séduite par cette seconde partie du livre que par la première qui raconte sa vie dans la rue. Les pages sur son délire sous acide m'ont parues interminables... J'ai été étonnée de l'actualité de ses propos sur la lutte, la révolution, la défense des travailleurs, le racisme, les violences policières, déjà la Palestine... Note : plutôt un 3,5 🎁 de Mathilde
Après "L'enragé" il y a 2 ans, Chalandon se plie à l'exercice autobiographique. Il nous livre son histoire personnelle du maoïsme des années 70, la fin de La Cause du Peuple et la naissance du journal Libération.
L'écrivain Sorj Chalandon, que l'on avait découvert il y a 2 ans avec son roman coup de poing "L'enragé", semble céder au mouvement un peu envahissant de ces écrivains français qui considèrent que le meilleur roman est encore celui de leur propre vie. Mais Chalandon est lyonnais, c'est un peu notre ville d'adoption, Chalandon est né en 1952, alors sa jeunesse, c'est aussi un peu notre époque, celle d'après 68, quand on pouvait encore rêver de Katmandou. Et puis Chalandon a participé à la création de Libé, le journal, alors nul doute que Le livre de Kells et son parcours méritent notre lecture.
Kells (son nom de guerre dans la rue) n'a pas 18 ans quand il décide de quitter Lyon et un foyer familial trop dur où son père le bat et terrorise sa mère. « [...] L’Autre, c’est comme ça que j’appelais mon père. [...] La majorité était à 21 ans, j’en avais 17. [...] J’ai rencontré ma copine, la rue. » Une enfance pas cool et un passage sans transition vers une vie d'adulte un peu rude ! « [...] Je n’ai pas connu l’odeur du bonheur. J’ai appris celle du malheur, de la sueur, du linge mal séché, de la peur, de la pisse. [...] Personne, jamais, ne saura le bonheur d’une peau propre s’il ne l’a pas connue tuméfiée ou croûtée de noir. Personne, jamais, n’aura la fierté de cheveux coupés et peignés, s’il n’a pas maudit le sébum gras, la gale et les poux. » Pour sortir de la rue, pour en finir avec la vie de « mangeur de poubelle », le jeune Kells se trouvera bientôt une nouvelle famille d'adoption : celle des maoïstes de la Gauche Prolétarienne qui le prennent sous leur aile. « [...] Un ballet de jeunes militants gauchistes m’avait doucement entraîné de l’isolement à la fraternité. [...] Je pouvais leur être utile. Eux se battaient pour la cause du peuple, et ce peuple, j’en étais. » Mais la Gauche Prolétarienne, celle d'Alain Geismar et Serge July entre autres, née dans les barricades de mai 68, sera bien vite rattrapée par l'Histoire et même dépassée par les événements : le meurtre de Pierre Overnay, en 1972 devant les usines Renault, le massacre des JO de Munich en 1972, les ratonnades et les tueries racistes de 1973 avec l’attentat meurtrier du Groupe Charles Martel contre le consulat d’Algérie, autant d'événements et de forces nouvelles qui vont déstabiliser l'extrême-gauche jusqu'à l'auto-dissolution de la GP en 1973 : « [...] J’avais été compagnon de route. J’allais devenir compagnon de doutes. » Des ruines de la GP et de son journal clandestin, La Cause du Peuple, va naître Libération où Kells se trouvera une nouvelle famille d'accueil et une nouvelle carrière comme dessinateur.
Comme dans "L'enragé", Chalandon excelle dans le portrait d'un jeune (il n'est plus un enfant) maltraité par la vie et victime d'injustice, un autre enragé qui veut sa revanche sur la vie. D'ailleurs il nous livre ici l'explication de la citation de Jules Vallès qui figurait déjà en exergue de son livre précédent : « [... ] À tous ceux qui crevèrent d’ennui au collège ou qu’on fit pleurer dans la famille, qui, pendant leur enfance, furent tyrannisés par leurs maîtres ou rossés par leurs parents. Je dédie ce livre. La bibliothécaire m’avait reconnu. » On regrette toutefois que la première partie du bouquin soit un peu longue, un peu lourde (le trip au LSD dure des pages et des pages que l'on parcourt en diagonale) même si l'on veut bien admettre que ces origines, ces explications, sont nécessaires à la compréhension de la suite.
Notre intérêt se réveillera vraiment quand Kells-Chalandon pourra quitter la rue et se faire une place chez les maos. Cette période de l'histoire de notre pays, ces années 70, méritent d'être rappelées à nos mémoires. On connait finalement assez mal le mouvement des maoïstes français : ces intellectuels (ils étaient parrainés par Sartre, excusez du peu), ces étudiants, qui abandonnaient le confort des universités pour aller s'établir (c'était l'expression consacrée) comme ouvriers en usine ou plus rarement aux champs chez des fermiers. Pour aller sur site prêcher la bonne parole révolutionnaire auprès du 'vrai' peuple. Kells, lui, ira faire de l'alphabétisation dans les bidonvilles de Nanterre. Ce n'était pas le seul aspect de cette Gauche Prolétarienne, loin s'en faut, mais cette mini-révolution culturelle à la française a de quoi piquer notre curiosité. Viendra ensuite la fin des illusions quand ce maoïsme se révélera incapable de faire face aux événements et à l'évolution de notre société.
Ah, et puis il y a ce curieux titre, ce nom celtique, Kells, que le jeune Georges s'est choisi comme nom de guerre dans la rue. On vous laisse le plaisir de découvrir le pourquoi de ce choix, un choix d'amitié, une jolie anecdote, mais sachez que Le livre de Kells est un manuscrit des Évangiles, richement enluminé, réalisé par des moines celtiques avant l'an mille et qui fut longtemps conservé dans l'abbaye de Kells en Irlande. « [...] — Kells, c’est ça ? J’ai hoché la tête. — Un rapport avec la ville irlandaise ? J’ai voulu faire le malin. — Avec le Livre, surtout. Il a eu l’air surpris, puis intéressé. Il s’est assis sur un coin de table. — Le Grand Évangéliaire ? »
8 septembre 2025. Avec « Le Livre de Kells », Sorj Chalandon nous offre un bouleversant roman d’apprentissage. Il y raconte ses années de colère et de révolte avec la franchise qui le caractérise, esquissant des portraits d’hommes et de femmes qui ont compté pour lui à ce moment-là, dans un récit nourri d’anecdotes, de moments de vie et d’émotions brutes. C’est à la fois un récit intime et un voyage dans le temps, qui éclaire ce qu’était l’engagement politique à cette époque, les formes qu’il pouvait prendre, les espoirs qu’il faisait naître et aussi la fin des illusions. J’ai rencontré Sorj, il y a quinze jours, autour d’une table de dédicaces à Uccle, lui qui dit venir des ténèbres et écrire pour en sortir. C’est un homme charmant et passionnant, à la sensibilité émouvante. « Le Livre de Kells ». Sorj Chalandon. Éditions Grasset & Fasquelle. 2025.
« Le Livre de Kells » est le douzième roman de Sorj Chalandon a puisé dans son expérience personnelle pour raconter un épisode de sa vie. À 17 ans, après avoir quitté le lycée, Lyon et sa famille, il arrive à Paris où il va connaître, durant presque un an, la misère, la rue, le froid, la faim. Ayant fui un père raciste et antisémite, il remonte l’existence sur le trottoir opposé à celui de ce Minotaure sous le nom de Kells, en référence à un Evangéliaire irlandais du IXème siècle. Des hommes et des femmes engagés vont un jour lui tendre une main fraternelle pour le sortir de la rue et l’accueillir, l’aimer, l’instruire et le réconcilier avec l’humanité. Avec eux, il découvre un engagement politique fait de solidarité, de combats armés et d’espoirs mais aussi de dérapages et d’aveuglements. Jusqu’à ce que la mort brutale de l’un de ces militants, Pierre Overney, pousse La Gauche Prolétarienne à se dissoudre. Certains ne s’en remettront jamais, d’autres chercheront une issue différente à leur combat. Ce fut le cas pour l’auteur, qui rejoignit « Libération » en septembre 1973. « Le Livre de Kells » est une aventure personnelle, mais aussi l’histoire d’une jeunesse engagée et d’une époque violente. Sorj Chalandon a changé des patronymes, quelques faits, bousculé parfois une temporalité trop personnelle, pour en faire un roman. La vérité vraie, protégée par une fiction appropriée.
Où l’on retrouve notre adolescent maltraité par son père , qui, à 17 ans , émancipé, décide de fuir définitivement le foyer familial où il n’a connu que violence et indifférence. « On était arrivé à un tel niveau de violence qu’il fallait que je parte sinon ça aurait mal fini pour moi ou pour mon père » nous a t’il dit en présentant son livre.
Il rêve de Katmandou, mais après un épisode en Camargue avec quelques hippies, c’est à Paris qu’il se retrouve et c’est la rue qui l’accueille…Un sac, un duvet, quelques souvenirs de sa vie lyonnaise dont une représentation du livre de Kells envoyée par un copain et qui lui fournit son nom « de rue ». Pendant presqu’un an il va zoner à droite à gauche et mendier (« je n’étais plus un homme, j’étais une défaite ») jusqu’à la rencontre avec des militants maoïstes , une branche de la Gauche prolétarienne, auprès desquels il reprend goût à la vie et milite, autant pour la fraternité que pour les convictions, dit-il : « J’ai trouvé en eux une famille. Mais si j’étais tombé sur une secte, j’y allais… ».
Chalandon raconte ses années 70 au sein de ce groupuscule d’extrême-gauche à l’engagement radical, souvent violent, qui finit par se dissoudre après la mort tragique de Pierre Overney, descendu par un vigile devant l'usine Renault à Billancourt, le 25 février 1972. Fin des illusions, dissolution de la Gauche prolétarienne, dispersion des copains et proposition de travail dans le tout nouveau journal Libération : le Chalandon journaliste va naître.
Un roman d’apprentissage sincère, qui raconte le pire et le meilleur de ces années fondatrices dont il n’a rien oublié : « J’avais juste à fermer les yeux pour raconter à partir de mes souvenirs ». Un roman avec lequel , dit-il, il met un point final à ses récits autobiographiques. Indispensable à lire pour tous les fans de l’auteur bien sûr !
L’histoire de Kells, nom de rue et nom de guerre d’un jeune homme de 17 ans. Lyonnais, enfant battu par son père qu’il appelle l’Autre, il quitte le foyer au milieu de son année de terminale et vit 9 mois dans la rue à Paris. C’est la partie que j’ai trouvée la plus prenante. C’est le combat de la gauche prolétarienne, des ´maos’, de la la NRP (nouvelle révolution prolétarienne) entre 70 et 73 qui sort notre narrateur de la fange de la rue parisienne. Enfin, l’auteur abandonne le combat de rue pour le combat par les mots en devenant dessinateur de presse à Libé sous la houlette de Serge (July), ancien maoïste également. Cette histoire relate une partie de l’histoire de l’auteur. Ça colle avec ce que j’ai lu dans ´enfant de salaud’ comme si échapper à ce salaud avait été la matrice de tout le parcours de Sorj Chalandon. Ce livre, parfois rébarbatif, a le mérite de nous faire découvrir les combats des ´gauchistes’ et leurs divisions dans l’attente du Grand Soir. Des questions d’idéologie (complètement aveugle quand on pense à l’apprentissage par coeur par certains du petit Livre rouge à l’heure du grand bond en avant!) et de stratégies contre l’Ordre nouveau et la nouvelle action française, les patrons et autres traîtres de ´l’anti-France ´ se posent pendant une bonne partie du livre. Interessant dans l’absolu mais ennuyant en réalité, l’histoire de l’auteur piétine. C’est long. Faut-il se battre avec les poings ou les mots? Cette question a été tranchée pour l’auteur et nos sociétés démocratiques depuis, elle était loin de l’être après 68.
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Il y a deux facettes chez l’écrivain Sorj Chalandon. Celui qui écrit des romans souvent sombres mais toujours engagés. Et puis, les écrits où il se livre sur sa vie, sa famille.
Le livre de Kells est de ceux-là. Kells, le nom qu’il se choisit pour sa nouvelle vie, loin de sa famille qui n’en est pas une. Mais là, c’est fuir un enfer pour en découvrir un autre, celui de la rue, de la peur, de la pauvreté, de la débrouille. On comprend mieux son parcours, ses convictions, ses engagements politiques, car c’est justement la politique, grâce à ses militants de gauche, qui va l’aider à s’en sortir. A reprendre une vie, une dignité, des études, un travail, un toit, mais surtout une conscience de l’autre.
Il y a des rencontres essentielles dans la vie, et parfois des mains tendues, ce récit leur rend hommage. Elles le conduiront à intégrer un tout jeune journal engagé Libération.
C’est prenant, passionnant, sans pathos, juste des faits bruts, de l’espoir pour ceux qui aimeraient peut-être s’affranchir d’un quotidien familial lourd. A lire sans attendre.
Dans une veine autobiographique Sorj Chalandon se penche sur les années qui suivent son départ à 17 ans de Lyon pour fuir un père violent et raciste et une mère effacée. On est en 1970, il s'imagine faire la route vers Katmandou, il se retrouve à vivre dans la rue à Paris, confronté à la misère, à la saleté, au froid, à la violence. C'est sa rencontre avec des militants de la Gauche prolétarienne (maoïste)qui le sortira de la rue. Il rejoint alors les rangs d'une jeunesse qui veut faire la révolution et refaire le monde. On croise Serge July et Jean-Paul Sartre, le crime de Bruay en Artois, les batailles rangées entre militants d'extrême droite et d'extrême gauche... L'auteur dépeint de façon saisissante la période de l'errance dans la rue et de façon très intéressante la violence politique de cette époque.
Je n'ai pas accroché du tout: beaucoup de longueurs et de redondances dans les événements, ça n'avance pas... Deux parties qui se succèdent et ne forment pas un tout cohérent, et des clichés à la pelle... Le méchant est vraiment très très méchant, et est de droite, homophobe et antisémite (et encore d'autres choses qui vont avec l'archétype). Et les gentils que sont ils ? Je vous laisse deviner. Le tout n'est pas très intéressant et est franchement poussif. J'attendais de la poésie, de la rédemption et de l'espoir, j'y ai trouvé de la violence, de la vacuité et beaucoup d'ennui. J'ai juste été touchée par la toute dernière page, en mode "que sont ils devenus". Une page sur 384, les comptes ne sont pas bons. Et je ne peux même pas vous dire que l'écriture rattrape l'ensemble ; elle est quelconque.
Avec « le Livre de Kells », Sorj Chalandon livre un récit d'une intensité rare, où l'intime et l'Histoire se rejoignent pour raconter une jeunesse cabossée, une époque traversée de luttes et de désillusions. Ce roman s'enracine dans le vécu de l'auteur, mais trouve sa puissance dans la manière romanesque dont il est façonné.
Un départ brutal, une identité reconstruite
À 17 ans, Sorj Chalandon quitte tout : sa famille, Lyon, le lycée. Fuyant un père violent, raciste et antisémite (ce Minotaure qui hante son oeuvre depuis longtemps), il se retrouve seul à Paris, sans abri, livré à la faim et au froid. Sur ce trottoir de misère, il choisit de devenir un autre : Kells, en hommage au célèbre manuscrit enluminé irlandais. Ce nouveau nom est plus qu'un pseudonyme : il est un bouclier, une manière de survivre en s'inventant une identité éloignée de la filiation étouffante.
La rue, puis la fraternité
La première partie du roman plonge le lecteur dans une errance glaciale, presque insoutenable. Sorj décrit avec sobriété mais justesse la honte, le corps qui souffre, l'humiliation quotidienne. Puis, comme une éclaircie, surgissent ces hommes et ces femmes qui lui tendent la main. Militants d'extrême gauche, ils lui offrent un toit, un peu de chaleur, mais surtout une cause : la lutte contre l'injustice, la solidarité comme horizon.
Les figures marquantes du récit
Au fil des pages, on croise des personnages lumineux qui deviennent une famille de substitution. Ces militants, bien plus que de simples compagnons de route, incarnent des idéaux, une générosité, parfois une radicalité. Ils accueillent Kells comme un frère, l'éduquent, lui ouvrent des portes qu'il pensait à jamais fermées. Ces portraits, esquissés avec pudeur mais intensité, donnent chair au récit et rappellent que ce sont souvent les rencontres qui sauvent.
Mais Sorj ne les présente pas comme des figures idéalisées. Leur solidarité est bouleversante, mais elle est aussi teintée d'aveuglement. Dans leur volonté de révolution, certains se perdent, d'autres s'enferment dans des dogmes qui finiront par s'effondrer. Ce sont des personnages contrastés, à la fois protecteurs et excessifs, qui reflètent toute la complexité d'une époque.
« J'essayerais d'aimer. Ni toi, ni maman, ni l'Autre ne m'avez expliqué comment faire. Il me fallait tout apprendre. »
Une jeunesse engagée, entre idéal et aveuglement
Nous sommes dans les années qui suivent Mai 68. Une jeunesse ébranlée cherche à inventer un autre monde. La Gauche Prolétarienne, mouvement maoïste, attire des jeunes idéalistes persuadés que la révolution est possible. Sorj restitue cette ferveur collective, mais aussi ses dérives. La mort de Pierre Overney, militant maoïste, marque un tournant. le deuil et la désillusion précipitent la fin du mouvement. Certains militants sombrent, d'autres s'accrochent. Sorj, lui, choisira une autre voie : celle du journalisme, en rejoignant Libération en 1973. L'engagement de Kells n'est pas idéologique, il est viscéral. Sa loyauté va d'abord aux gens, pas aux dogmes.
Une écriture de l'intime et de la vérité
Fidèle à son style, la plume de Sorj est simple, directe, mais bouleversante de sincérité. Ici, l'autobiographie se mêle à la fiction : les noms sont changés, les faits déplacés, mais la vérité demeure intacte, protégée derrière le voile romanesque. On retrouve cette pudeur caractéristique de l'auteur, qui dit beaucoup en laissant deviner encore plus.
Quand la fiction protège l'intime
« le Livre de Kells » n'est pas seulement le récit d'une jeunesse cabossée. C'est un roman sur la survie, la fraternité et la manière dont l'engagement peut sauver, même quand il déçoit. Sorj Chalandon continue d'écrire au plus pr��s de sa vérité et c'est ce qui fait la force de son oeuvre : chaque livre est une confession déguisée, mais une confession nécessaire.
Plonger dans l'histoire collective
Lire « le Livre de Kells », c'est plonger dans une époque politique et sociale en effervescence. Sorj nous tend un miroir de ces années où tout semblait possible, où la jeunesse rêvait de changer le monde. le lecteur accepte de partager la mémoire de ceux qui ont osé s'engager, parfois au prix de leur vie et de comprendre que derrière chaque mouvement, il y a avant tout des visages, des destins et une humanité vibrante.
Quand la lecture devient rencontre
J'ai été profondément touchée par la sincérité du récit, par la force de cette jeunesse en quête de liberté et d'appartenance. Certaines pages m'ont bouleversée par leur dureté, d'autres m'ont émue par l'élan de fraternité qu'elles dégagent. Ce roman m'a rappelé combien la littérature de Sorj Chalandon est unique : toujours au plus près de la vérité, avec une intensité qui laisse une trace durable. J'ai refermé ce livre le coeur serré, admirative devant ce mélange de fragilité et de force qui traverse chaque page.
Je vous conseille cette lecture si vous aimez les récits où l'intime rejoint la grande Histoire. C'est un roman qui parlera particulièrement aux lecteurs sensibles aux années 1970, à leurs idéaux et à leurs désillusions, mais aussi à ceux qui s'intéressent aux parcours de résilience et de reconstruction.
« Un enragé lâché comme une menace. Je protégeais mes vendeurs de journaux, les gens qui m'avaient recueilli, notre parvis de gare. Je ne défendais pas une idée ni une idéologie, mais un territoire. Un bout de trottoir et une amitié. »
Chalandon raconte son histoire dans ce livre. sa jeunesse difficile, où il quitte le domicile familial et deviendra SDF. j'ai été très vite embarquée par l'histoire mais ensuite Chalandon m'a un peu perdue car le livre raconte ensuite son passage chez les maos. il va donc être question de politique aux débuts des années 70. alors même si cela est essentiel pour comprendre comment Chalandon est arrivé au journal Libération moi ça m'a un peu perdue, j'ai été moins embarquée.... par contre toujours bien écrit.
Un livre sur l'espoir post-68 français qui s'entrechoque avec les contradictions individuelles accompagnant le militantisme, la révolte et de nombreux traumatismes subis par le protagoniste. Si cette histoire est aussi marquante, c'est aussi car elle illustre parfaitement de grands rêves qui s'effondrent et des petits matins, qui peuvent se refléter encore aujourd'hui : dans l'attente d'une actualité mondiale plus juste et rationnelle...
Excellent livre. L’expérience vitale de Sorj Chalandon est le fil conducteur de ce livre, qui nos amène de la dureté de la vie dans la rue à son expérience avec les rêves des groupes maoïstes, pour finalmente aboutir à l’engagement civil sans violence. Tout cela dans le contexte de la France des années 70, décrit avec force, liberté et excellence littéraire. 5* sans doute
On en ressort muet tellement son récit des années 70 est d'actualité. S'il ne posait pas le contexte et les dates, on croirait lire une description parfaite de nos dernières années : violences intra-familiales, violences de classe, et surtout violences policières... C'est terrifiant comment absolument rien n'a changé en 50 ans.
Le début un peu long, j’avais du mal, mais dès que le perso principal est recruté par les maoïstes, ça devient super intéressant, avec le rythme qui s’accélère aussi avec. Une belle réflexion, très d’actualité sur la manière adéquate de militer (violence, etc) et une période historique que je ne connaissais pas du tout. Les parallèles à 2025 sont glaçants et m’ont beaucoup fait réfléchir.
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Sorj Chalandon se livre sur sa jeunesse: sa fuite de chez ses parents, ses mois à la rue et sa rencontre avec le mouvement mao en 1970-72. Un récit important et émouvant, qui questionne la violence comme moyen d’action politique.
Plus une autobiographie qu’un roman. Un portrait cru de la réalité de la rue et des mouvements socio politiques engagés et révolutionnaires fin des années 60-70 en France. Porte à réfléchir sur les dérives actuelles et surtout en ébullition des sociétés en ce moment.
On découvre un Sorj Chalandon plus fragile et plus touchant, plus violent. La naissance des convictions politiques, les rencontres qui changent une vie et les déceptions profondes. Un livre de combat et d'humanité.
pour comprendre d'où vient Chalandon..son année sdf à Paris et ses années auprès des militants maoistes, ceux qui lui ont tendu la main, avant qu'il ne devienne journaliste et écrivain. Un retour aux années 70..
Un enfant qui c’est construit tout seul qui C’est émanciper a 17 ans alors que l’émancipation et été à l’âge de 21 ans . Un long parcours de vie . La rue la faim la soif . Et un jour il a rentré des maoïste c’est le déclic d’une nouvelle vie !!!!!