« Ici, la nuit est belle. (…) Leo avance de tache de lumière en tache de lumière et entre les deux, elle disparaît presque entièrement. Elle est alors exactement ce qu’elle paraît être : la fille qui glisse le long des murs, calme, discrète. La fille qui s’efface, la fille qu’on oublie. »
Leo n’est pas rentrée et le printemps s’entête dans sa douceur. Leo ne reviendra pas. La shérif Lauren Hobler découvre son corps au milieu des iris sauvages. Autour de la mort soudaine d’une jeune fille, Les Âmes féroces tisse plusieurs destinées. Pour élucider un mystère, mais lequel ? Celui de Leo, peut-être, et de ses silences. Celui de Lauren, coincée dans une petite ville qui ne la prend pas au sérieux. Il y a aussi Benjamin, Seth et les autres… Les gens de Mercy, qui pensent tous se connaître et en savent si peu sur eux-mêmes.
Envoûtant, surprenant et d’une grande ampleur romanesque, Les Âmes féroces traque la part d’ombre de chacun.
Marie Vingtras vit à Paris. Elle est l’autrice de Blizzard (Éditions de l’Olivier, 2021), grand succès critique et public, lauréat du prix des Libraires et du prix Libr’à Nous. Les Âmes féroces est son deuxième roman.
très très maîtrisé dans sa construction, dans l'élaboration de ses personnages ; accomplit la gageure d'être un roman français parlant des Etats-Unis sans que ça ne soit gimmickesque, caricatural ou un peu blasant, au contraire, on y croit de bout en bout. étant la personne que je suis j'ai bien évidemment connu un bond d'enthousiasme en me rendant compte que la narratrice était une shérif lesbienne avant de mâchonner ma déception lorsque j'ai capté qu'elle ne relatait qu'un quart du roman. c'est ainsi. parfois, la vie vous donne une narratrice shérif lesbienne, oui, mais à 25% seulement.
assez perplexe cependant face à la pertinence globale du récit : je me demande ce que ça apporte de plus, de nouveau, cette histoire qui campe de plus des éléments que je trouve pas mal éculés, si ce n'est questionnables : les ados mineures qui séduisent de leur plein gré un prof comme des adultes ? qui poussent l'adulte à "céder" ???? est-ce cela dont on a besoin ? idem sur le sort de cet adulte, que je n'aborderai pas plus avant - est-ce vraiment de ce genre d'histoires qu'on a besoin de se nourrir en tant que société ? est-ce qu'on n'a pas entendu cette complainte mille et une fois déjà ? quant à la résolution du roman, elle est bien trouvée en ce qu'on ne s'y attend pas, mais frustrante en ce qu'elle aplanit d'un coup tous les enjeux du roman. j'espérais que ce serait plus qu'un thriller bien foutu, que ça irait questionner des choses qui grattent et qui piquent et qui éclairent, mais j'y ai surtout trouvé ça : un thriller bien foutu. j'aurais aimé plus.
J'ai commencé le livre avec un Gros a priori : une française qui écrit un roman se passant dans un petit bled paumé des US, j'avais peur. (Certainement un PTSD de Joël Dicker, je vous ai déjà dit que j'aimais pas Joël Dicker?)
Et finalement le premier quart de passe très bien. Certes c'est une enquête assez classique: une jeune ado retrouvée morte dans un fleuve, le meurtrier pourrait être n'importe qui, tout le village est sous le choc, MAIS c'est une shériffe lesbienne qui mène l'enquête. Et l'autrice n'utilise pas son orientation sexuelle pour coser une cache, la psychologie du personnage est importante, on mêle l'intime a l'histoire sordide du meurtre, on parle d'âge, d' "horloge biologique". Ça me plaît.
Et puis patatra, un deuxième narrateur arrive et j'avais l'impression d'un pastiche d'Humbert Humbert, et rebelote avec la troisième narratrice, clichée de l'ado américaine qui veut quitter son bousin et je ne vous parlerai pas du dernier narrateur qui relève (un peu) le niveau.
A part une construction très maîtrisée de bout en bout, je n'ai plus vraiment apprécier ma lecture une fois la sheriffe mise de côté. On retrouve le sel qui a fait Blizzard : des dialogues intérieurs bien écrit, un roman solidement ficelé mais au service d'une histoire moyenne et avec des sujets laissant a désirer (on a vraiment besoin de lire encore des histoires d'age gap entre deux personnages ?!)
Je pense que j'ai lu ce roman au mauvais moment. Je l'ai écouté et, en parallèle, je lisais Fox de JC Oates. Deux narrateurs du genre, c'était trop pour moi et je trouve l'autre roman plus fort. Toutefois, j'ai beaucoup aimé la première partie avec la shériffe ainsi que la construction des personnages... commage que je sois restée avec ce sentiment de décousu.
Un livre qui débute comme un roman policier tout ce qui a de plus banal. Mais le fait que le narrateur change à chacune des 4 parties le rend distinct des autres romans policiers. J’ai vraiment adoré cette narration multiple qui donne un regard à chaque fois différent sur la victime et la tragédie, et contribue à l’intrigue!!
Une impression de déjà-vu, un soir, épuisée devant un énième feuilleton policier, ou tout simplement dans son premier roman – à tourner en rond, faire durer, étirer en longueur les pensées et les fautes des personnages avant le dénouement final. C’est bien écrit, mais ça se tire en longueur, c’est long, c’est un peu chiant, c’est intéressant aussi, il y a de jolies phrases, des formules bien tournées, des idées intéressantes, ça tourne bien autour du sentiment de culpabilité. Mais je crois que l’insistance a été trop faite sur la prédation des adolescentes désœuvrées, ces jeunes filles pauvres qui ne voient en l’homme beau et riche qu’une cible pour s’extirper de leur vie, un moyen d’avoir mieux.
Le point de vue de Lauren et de Seth semble anecdotique entre Benjamin et Emmy, ou peut-être est-ce l’inverse, des tranches de pain rassis autour d’une garniture, qui tiennent le tout ensemble malgré eux. Quant au grand secret de celle-ci, Emmy, il ne m’a pas semblé si grand, peut-être que tout a été insisté trop autour pour qu’au final tout retombe comme un soufflé. J’ai l’impression de retomber dans ce qui avait été une faiblesse et une force de Blizzard, un évènement, tragique, autour d’un enfant, qui fait étudier la psyché des gens autour de celui-ci dans leur quête de la compréhension. On s’attend également au dénouement, il suffit de suivre le fil rouge, si ce n’est pas ça, c’est ça. Ca donne une impression de roman paresseux, qui veut s’appuyer essentiellement sur l’étude de la psyché des personnages tout en n’ayant qu’une intrigue faible, des caractères stéréotypés et des ambitions réduites.
(spoiler) J’ai craint, aussi, quelque chose, d’assez viscéral, que Lauren finisse par céder à sa conjointe, accepte de porter un enfant, malgré son désamour pour eux, malgré la peur de la chose, malgré son identité… et j’ai été évidemment déçue. Être une femme n’implique pas d’être mère, des fois ça ne se fait pas, pour tout un tas de raison, et le fait qu’on signale son évolution, son changement de comportement (en mieux) par son statut de future mère… j’ai trouvé ça assez malaisant.
Très efficace, on veut savoir qui a commis le meurtre et les personnages sont tous bien construit, je l’ai devoré. Mention spécial a la shérif lesbienne parce que c’est trop stylé.
La petite ville de Mercy, ses habitants attentifs à leurs voisins, se déplaçant à pied pour avoir le temps de bien tout regarder, sa sheriff lesbienne et son maire conservateur.
Le corps de Leo est retrouvé un matin et pendant un an, au fil des saisons, nous suivrons 4 personnages pouvant s’apparenter au crime.
J’ai aimé la sheriff qui ne se sent pas légitime à exercer ses fonctions. J’ai eu de la peine pour son amante, brûlée vive par son ex-mari.
J’ai aimé découvrir le prof de français qui enseigne à Leo l’italien. Leo qui souhaite rejoindre sa mère en Italie, même si elle n’a plus de nouvelle d’elle depuis longtemps.
J’ai été scotché par le personnage d’Emmy, la meilleure amie de Leo. J’ai aimé comprendre pourquoi elles ne se fréquentaient plus.
Enfin, j’ai eu de la peine pour le père de Leo qui élève seul sa fille, ayant perdu son garage, sa maison et sa femme dans la foulée.
J’ai aimé découvrir en fin de roman les liens secrets entre les personnages, leur personnalité qui s’éclaire.
Et j’ai adoré la persévérance de la sheriff qui mettra un an à trouver comment Leo était morte.
Un roman qui pose la question des mensonges : ainsi Emmy découvre très jeune que les adultes sont tous des menteurs et elle en fait son arme de pouvoir.
Un roman sur le pouvoir que nous souhaitons tous posséder, mais pas tous à n’importe quel prix.
L’image que je retiendrai :
Celle de la sherrif et de ses adjoints qui triturent leur chapeau quand ils sont gênés.
2,5 - L’intrigue et la plume de l’auteure sont bien développées. C’est également intéressant que l’histoire soit racontée par quatre voix différentes. Par contre, il y avait un peu trop de détails pour moi. Je suis une personne trop curieuse et impatiente d’arriver au punch. 🫣
Très bon moment de lecture, un polar original à quatre voix qui est aussi un portrait sociologique de l'Amérique des petites villes où tout le monde se connait.
« Les âmes féroces » retrace l’histoire de la disparition d’une jeune fille, Leonora Jenkins, et de l’enquête menée par Lauren Hobler pour la retrouver. L’action se situe dans la petite ville de Mercy (miséricorde, pitié, compassion,) où Lauren exerce son métier de shérif. Comme pour « Blizzard », c’est la disparition de l’enfant qui sert de point d’ancrage à la construction du roman, et c’est vers elle que convergent différents individus et leurs secrets. « Alors, où vont les jeunes filles sages au milieu de la nuit ? » Nous sommes le 26 avril 2017, une date qui restera gravée dans la mémoire de Lauren, car à Mercy il ne se passe jamais rien. « À croire que la criminalité s’est arrêtée un jour aux portes de la ville, a pesé le pour et le contre et s’est dit que finalement ça n’en valait pas la peine, qu’il n’y avait pas assez de potentiel sur place pour perdre son temps. »
« Les âmes féroces » s’articule autour de plusieurs personnages dans une petite ville où les apparences paisibles masquent des tourments intérieurs et des relations complexes. La narration est organisée en quatre parties correspondant aux quatre saisons : Printemps, Été, Automne, Hiver, chaque saison dévoilant différentes facettes des protagonistes et des événements qui bouleversent leur quotidien. Chaque saison, sa voix, quatre personnages apportent un éclairage différent.
Ainsi, les saisons prennent tour à tour la parole, et chacune d’entre elles se base sur des axes précis, l’évolution des personnages et l’avancée de l’enquête. Ainsi, le printemps commence l’histoire, dans une ambiance relativement sereine, mais dont l’apparente tranquillité va rapidement montrer des signes d’agitation. C’est au printemps que le lecteur fait la connaissance de Lauren, de la ville et de ses habitants. C’est encore au printemps que le drame surgit. Durant l’été, les émotions s’accentuent au rythme de la chaleur et quelques secrets affleurent. L’automne marque une rupture, car de nombreuses révélations émergent : les relations se compliquent et certains personnages prennent des décisions qui changeront le cours de leur vie. L’hiver fait émerger « Les âmes féroces », par le paroxysme des conflits internes et externes. C’est le moment de la résolution de l’enquête où les protagonistes doivent faire face aux conséquences de leurs actes et trouver une forme de rédemption. « Les soupçons c’est comme la gangrène, ça se répand sans que vous puissiez toujours y mettre un terme. »
Les émotions humaines et des relations interpersonnelles sont au cœur du roman. « Les âmes féroces » invite à une réflexion sur la manière dont les apparences peuvent tromper, et comment chaque individu porte en lui une complexité souvent invisible aux yeux des autres, thématiques que personnellement j’adore. Chacun soulève une interrogation particulière, une émotion singulière, un secret qui lui est propre. Les saisons servent de catalyseur et offrent un bel écrin à l’expression des sentiments.
Le roman génère un large éventail d’émotions, capturant la complexité des vies intérieures et les tensions inhérentes à leurs interactions. Le texte reflète la profondeur émotionnelle que chaque individu peut ressentir dans des situations apparemment ordinaires, une plongée intime dans les tourments de l’âme humaine : la solitude qui nous isole, la nostalgie des jours passés, l’angoisse des secrets révélés, les drames et la quête incessante de l’espoir et de la rédemption. Chaque page est une invitation à explorer ces sentiments à travers les yeux de personnages authentiques, vous immergeant dans leur monde intérieur. « Les chemins de leur vie semblaient embrouillés, des routes incertaines dans un brouillard de doutes et de questions. » Comment nos expériences, nos peurs et nos espoirs façonnent-ils nos vies ? Qu’est-ce qui définit réellement qui nous sommes ? Comment nos secrets influencent-ils notre vie ? Autant de questions soulevées qui font corps avec « Les âmes féroces » du roman.
À travers les personnages, un large panel de problématiques de société est balayé : le syndrome de l’imposteur, la recherche de filiation, la chute dans l’échelle sociale, des pulsions difficiles à réprimer, l’homophobie nauséabonde, les violences conjugales. « Les âmes féroces » est donc un roman noir social profondément ancré dans nos réalités quotidiennes et contemporaines. Il est le témoin d’une époque abordée avec une acuité étonnante. La ville de Mercy, « petite ville blanche sous cloche » sert de scène de théâtre et cache de bien sombres drames humains. « C’est le grand mensonge de cette ville, maquiller sous le vernis de la solidarité l’exploitation des petits, des sans-poids, de ceux qui ont tout perdu ou n’ont jamais rien eu. »
L’écriture de Marie Vingtras est à la fois poétique et réaliste, introspective et universelle. C’est ce mélange, associé à la construction, quatre saisons qui symbolise le cycle de la vie et des transformations intérieures que j’ai particulièrement aimé. Une attention particulière est apportée aux détails émotionnels et psychologiques des personnages. La structure saisonnière du roman permet une progression naturelle de l’intrigue et un développement profond des thématiques. Les descriptions sont vivides, et l’ambiance de la petite ville est rendue avec une précision cinématographique. Les personnages sont alors confrontés à des dilemmes moraux et des choix difficiles.
Marie Vingtras a trouvé sa marque de fabrique : la nature humaine dans ce qu’elle possède de plus sombre. Le roman noir social lui sied à merveille, c’est une véritable raconteuse d’histoire qui explore les marécages de l’âme, les non-dits et les douleurs souterraines. La quête d’identité est une thématique centrale de son œuvre. Les personnages principaux, souvent marginalisés ou ignorés par leur communauté, cherchent désespérément à trouver leur place dans une société qui semble ne pas vouloir d’eux. Cette quête de reconnaissance et d’acceptation reflète leurs luttes dans notre monde actuel, où l’isolement et la solitude sont amplifiés, souvent entravés par les attentes sociales et familiales, ainsi que par leurs propres doutes et insécurités. « Les âmes féroces » montre comment cette lutte pour l’identité peut mener à des choix difficiles, à des chemins de vie tortueux, et à d’intenses souffrances. Marie Vingtras réussit à capturer l’essence de notre époque avec dextérité et sensibilité.
J'avais aimé Blizzard et je retrouve avec plaisir Marie Vingtras et son écriture. La mort violente de Léo met à jour des personnalités dont les secrets sont dévoilés peu à peu au travers de l'enquête de la shérif Lauren. Dans cette petite ville de Mercy, il ne se passe pas grand chose en apparence mais la nature humaine reste fidèle à sa loi...le tout est de découvrir qui est le coupable parmi tous ses gens ordinaires dont la part d'ombre aurait pu être un motif... Un bon roman.
je n’ai pas tout aimé mais la construction du roman est originale et c’est ce qui a fait pencher la balance du bon coté pour moi. 4 saisons, 4 personnages avec leur histoire et ses secrets.
Un roman très bien construit, où l'on change de saison comme on change de personnage, c'est réussi ! En revanche, il y a des motifs questionnables, notamment dans la façon dont les relations ado - prof sont abordées, et malheureusement ça ne tient pas qu'au point de vue subjectif.
4,75/5 Une construction, un mystère et un rebondissement vraiment intéressant et original. J’aurais juste aimé passer plus de temps dans la tête de chacun mais c’est moi ça.
Une narration très surprenante car quasiment aucun dialogue !! Le premier chapitre était assez inintéressant pour moi où l’on suit la shérif du conté, puis des personnages beaucoup plus intriguants par la suite ! Un dénouement prévisible mais une écriture agréable avec les 4 personnages qui permettent de voir leur point de vue à chacun
Dans une petite tranquille ville des états unis , une jeune fille est assassinée...A travers le récit des 4 personnes proches de la victime, on lit une analyse subtile de leur souffrance, de leurs émotions ... Un récit palpitant et poignant à la fois , à lire absolument...
✍️ MARIE VINGTRAS 💬 LES ÂMES FÉROCES 🏠 ÉDITIONS DE L’OLIVIER 📚 272 Pages 📆 2024 📈 2,5/5
Lecture commune avec @dededado782 , @stephanie.barbet.1907 @picorette14 et moi-même. Retour unanime: FLOP. Alors pas merci Picorette pour ce choix 😝
Une enquête divisée en 4 saisons, 4 points de vue, 4 tranches de vie.
🌸PRINTEMPS: on visite Mercy, petit village où est retrouvé le cadavre de Léo et on parle sexualité, sexisme, handicap et maternité ➡️ on croit planter le décor.
☀️ÉTÉ: On fait un tour en prison et on parle atteinte aux mœurs, non-dits, casier judiciaire ➡️ on s’ennuie.
🍁 AUTOMNE: On s’inscrit à un club de lecture et on parle adolescence, rivalité et conflit ➡️ on avance dans l’enquête.
❄️HIVER: on parle Italien, on fait du patin et on parle amour, précarité, séparation, trahison ➡️ on boucle l’enquête pif paf.
J’ai l’impression d’avoir lu 4 nouvelles et j’aime pas les nouvelles c’est frustrant. On ne sait même pas comment la shérif trouve le coupable: aurait elle lu le livre avant nous? 🤓
C’est dommage j’aimais bien la construction: les différents points de vue et les faits racontés au fil des saisons.
C’est quand même un (mauvais) point pour @lemoisamericain 😎
Elle avance de tache de lumière en tache de lumière et, de l’une à l’autre, elle disparaît presque entièrement. Elle est alors exactement ce qu’elle paraît être : la fille qui glisse le long des murs, calme, discrète. La fille qui s’efface, la fille qu’on oublie. »
Chère Lectrice, Cher Lecteur,
J’ai demandé à recevoir en service de presse Les âmes féroces de Marie Vingtras publié aux Éditions de l’Olivier, car je voulais découvrir la plume de l’autrice depuis la sortie de son premier bouquin Blizzard (je l’ai dans ma bibliothèque, mais je ne l’ai pas encore lu). Aussi, je tiens à remercier la maison d’édition pour sa confiance et cet envoi.
Tout d’abord, qui est Marie Vingtras ?
Selon sa page Wikipédia :
« Marie Vingtras, née en 1972 à Rennes, est le pseudonyme d’une écrivaine française.
Elle emprunte son nom de plume à Arthur Vingtras, pseudonyme de la journaliste Séverine qui l’avait elle-même utilisé en hommage à Jules Vallès et au héros de sa trilogie Jacques Vingtras.
Marie Vingtras se fait connaître par son premier roman Blizzard publié en 2021 aux Éditions de l’Olivier, qui obtient plusieurs prix, dont le prix des libraires 2022. »
Les âmes féroces
Dans une petite ville américaine où il ne se passe jamais rien, Mercy, le corps d’une adolescente, Leo Jenkins, 17 ans, est retrouvé dans la rivière, entouré d’iris sauvages. La shérif Lauren Holder mène l’enquête. Un suspect semble se profiler, le professeur de français du lycée, qui donne aussi des cours d’italien à Leo et à son amie Emmy. Leo souhaite aller en Italie, car elle croit que sa mère y est retournée. Alors que la shérif est en congé de maladie, son remplaçant incarcère le professeur. Cependant, il sera libéré en raison de l’argent de sa famille. Qui a tué Leo ? Pourquoi ? La shérif, à son retour, sera-t-elle capable de trouver le meurtrier de l’adolescente ? Qui est responsable de quoi ?
Mes impressions
Je dois dire d’emblée que j’ai apprécié cette histoire pour plusieurs raisons dont son « américanéité » et je m’explique. Je me suis presque retrouvée dans la série Fargo ou dans le film en raison de cette bourgade américaine où il ne se passe jamais rien, mais aussi des personnages. Ce roman est polyphonique alors, nous entrons directement dans les pensées des figures discursives et elles semblent toutes vraies ou empruntées au film. Par exemple, la shérif Lauren, une lesbienne qui n’a pas trop sa place dans cette ville assez puritaine, apparaît très crédible. Elle est follement amoureuse de sa compagne qui a vécu des traumatismes à cause des hommes. Elle est associée au chapitre « Printemps » dans l’histoire. Nous pouvons très bien l’imaginer sous les traits de Frances McDormand dans Fargo des frères Cohen. Puis, il y a Emmy, la meilleure amie de Leo, jalouse et très populaire qui a des parents très riches, le professeur séducteur au passé perturbé, le père garagiste qui a tout perdu, son argent, son Italienne de femme et qui a été déclassé dans cette ville.
Chaque voix dans le récit est associée à une saison et à des émotions.
Printemps : Lauren Holder, shérif (renouveau, jeunesse) Été : Benjamin Chapman, le professeur de français (passion, chaleur) Automne : Emmy Ellis, étudiante (mélancolie, repli sur soi) Hiver : Seth Jenkins, père de Leo (mort, blanc, infini) Par le biais des monologues, nous entrons dans la tête des personnages et nous plongeons au cœur de leur âme et en même temps, dans celle de la ville : Mercy (miséricorde). Ainsi, chaque personnage lève un peu le voile sur le meurtre avec ses mots, son âge, son expérience de la vie.
« J’ai crié à Donegan d’appeler du renfort mais il ne bougeait pas, il regardait dans le vide. C’était son premier mort et, autant que je m’en souvienne, c’était le premier meurtre de cette ville depuis un paquet d’années. Cette bonne ville de Mercy, trois mille neuf cent soixante-quatorze âmes hier, trois mille neuf cent soixante-treize aujourd’hui. Une ville calme, endormie presque, avec ses deux clubs de bingo, son association de vétérans et sa shérif qui préfère les femmes. » (p. 18-19)
À travers le rythme des saisons, les personnages principaux vont en apprendre davantage sur eux. Même si dans cette petite ville où chacun connaît tout de la vie de son voisin, il s’avère que les habitants en savent peu sur eux. La superficialité et l’extériorité (les apparences) sont de mise au détriment de l’intériorité, de la profondeur des sentiments. Et c’est là la beauté de ce livre. L’autrice explore l’âme humaine dans le calme de la ville. Ces êtres humains sont féroces, cachent des défauts, tentent de se battre avec leur identité. Et c’est grâce à eux que nous allons élucider l’énigme. Nous ne sommes pas dans un polar classique où le détective, le policier, l’inspecteur mènent l’enquête. Nous traquons plutôt l’âme des personnages. C’est noir, c’est glaçant, c’est l’Amérique avec ses ambiguïtés.
En ce sens, j’ai été happée par ce huis clos (ville) américaine et j’ai bien aimé ma lecture. Je dois dire que je vais certainement suivre cette autrice en découvrant son précédent livre et en lisant ses prochains.
Je vous recommande ce livre :
Si vous aimez les polars Si vous appréciez le thème de l’Amérique dans les livres Si vous voulez lire une histoire qui vous happe dès la première phrase Avez-vous lu un des deux livres de Marie Vingtras ?
Marie Vingtras fait partie de ces rares auteurs européens qui écrivent comme les américains. Un excellent roman noir où le shérif est ... une femme !
L'auteure, le livre (272 pages, août 2024) : Son précédent roman, Blizzard (2021) avait lui aussi été couronné de plusieurs prix. Marie Vingtras est le nom de plume (inspiré du pseudo d'une féministe du XIX°) d'une avocate bretonne, amoureuse de la littérature américaine à laquelle elle emprunte codes et références : enfant déjà elle préférait Ben-Hur et les histoires de pirates aux livres de la bibliothèque rose, nous dit-elle.
On aime : • À quoi tiendrait le style de cette littérature américaine de terroir que l'on reconnaît dès les premières pages ? Une ambiance rurale, un regard naturaliste, une simplicité rustique mais soigneusement travaillée ? Une mystérieuse alchimie entre un environnement naturel et la communauté qui s'est implantée là depuis quelques générations seulement, à l'écart du bruit du monde ? Marie Vingtras fait partie de ces auteurs européens dont on s'étonne qu'ils réussissent à se couler à la perfection dans ce moule étasunien, comme le britannique R. J. Ellory ou le français Raphaël Malkin pour n'en citer qu'un ou deux. Ou même le suisse Joël Dicker et sa fameuse Affaire Quebert à laquelle ce bouquin pourra peut-être faire penser puisqu'il sera question ici aussi, de trop jeunes filles et de mystification littéraire.
• Et puis il y a ces petites digressions qui en quelques coups de crayon dessinent tout un personnage avec son passé, trop lourd à porter, et ses failles, toujours béantes. Ces personnages, ce sont eux qui font le roman. Quatre personnages qui prendront la parole tour à tour mais qui sont en réalité étouffés par le poids des non-dits, des secrets et des mensonges. L'un d'eux fera même vœu de silence !
• Des personnages que Marie Vingtras soigne tout particulièrement, avec beaucoup d'empathie et d'humanité même si certains frisent parfois la caricature comme cette pièce rapportée de New-York qui dénote un peu et rompt l'harmonie du chœur.
• Et puis il y a cette shérif - oui, le shérif est une femme, lesbienne de surcroît ! - un rôle superbe dans lequel on imagine bien une actrice comme Frances McDormand !
• L'auteure se paie même le chic de ne pas nous laisser suivre en détails l'enquête de cette fameuse shérif et de dérouler son film sur quatre saisons, depuis ce mois d'avril printanier jusqu'à l'hiver suivant, où quatre personnages prennent la parole tour à tour pour nous raconter quatre histoires bien différentes. Alors qui aura le dernier mot, le fin mot de l'histoire ?
Le canevas : Mercy, un petit village étasunien, peut-être du côté du Kentucky, un bled où il ne se passait jamais rien jusqu'à ce soir d'avril 2017. Dans ce village, une jeune fille est retrouvée morte. Il y a donc là, Lauren Hobler, 35 ans, la shérif qui préfère les femmes et son amie Janis, qui souffrent toujours des brûlures infligées par son ancien mari. Les adjoints, Donegan, le gars trop émotif, et Sean, celui qui voit des coupables partout. Le maire de Mercy qui n'attend qu'une occasion pour faire élire Sean à la place de Lauren. Leonora, dite Leo, la jeune fille assassinée, Seth son père garagiste et son amie inconsolable, Emmy. Benjamin Chapman, le beau prof de français et d'italien, que les mères jugent un peu trop "présent" auprès des jeunes filles du comté.
Quelles sont les âmes féroces dont Marie Vingtras nous raconte l’histoire dans sa nouvelle publication, déjà couronnée du fameux Prix Fnac 2024. Encore une fois, l’écrivaine décrit un univers, une petite ville dans l’Amérique profonde, sans histoire, juste un crime sordide qu’il faut résoudre.
Quatre saisons sur la petite ville de Mercy avec ses 3974 habitants un jour et seulement 3973 le lendemain. Leo, à l’état civil Leonora, est retrouvée morte, dix-sept ans, sur une berge complètement détrempée, d’un coup derrière la tête.
Laureen Hobler a beau être femme shérif et lesbienne, ce n’est pas sa finesse qui la caractérise. Au début, plantée dans la ville grâce à son mentor, Victor, le shérif précédent, elle jouit du pouvoir de sa charge pour maintenir l’ordre dans sa ville. Seulement, résoudre un crime, ce n’est pas les quelques jours pendant lesquels une autre fillette avait disparu et était revenue sans qu’on puisse expliquer cette fugue ou cet enlèvement, où elle a appris à résoudre des affaires complexes. Laureen va devoir résoudre cette enquête avec témérité et réflexion.
Seulement, le parti pris littéraire de l’écrivaine ne s’arrête pas là. En faisant courir son intrigue sur une année racontée par un protagoniste différent par saison, Marie Vingtras analyse en profondeur les ressorts psychologiques de ses personnages. Seulement, le lecteur doit se détacher du récit de Laureen, auquel il s’est attaché, pour s’investir dans quatre autres points de vue. Malgré tout, ce procédé littéraire augmente l’intérêt de l’intrigue, transformant les parties suivantes en page-turner.
Bien sûr, le professeur de français, arrivé depuis peu, est désigné comme un coupable idéal. Il faudra toute la ténacité de la shérif pour que la vérité éclate, dérangeant complètement l’équilibre d’une bourgade si tranquille, aux secrets bien enfouis.
Chaque saison porte son type d’écriture mélangeant réflexions du présent et traumatismes du passé. Mais, Marie Vingtras pose cette petite ville en personnage principal, réussissant à immerger son lecteur au cœur d’une Amérique renommée comme tranquille et sans histoire. Seulement l’horreur que fera ressortir le drame glace y compris le lecteur.
Nous voici à Mercy, puisque c'est ainsi que s'appelle cette ville imaginaire sans doute en Floride. Peu importe en fait sachez juste que: " Cette bonne ville de Mercy, trois mille neuf cent soixante-quatorze âmes hier, trois mille neuf cent soixante-treize aujourd'hui" est " Une ville calme, endormie presque, avec ses deux clubs de bingo, son association de vétérans et sa shérif qui préfère les femmes." (p18).
Tout est dit ou presque ! Laureen est la shérif , elle vit avec Janis. On le tolère mais bon .. Ici chacun-e voit tout ou presque, chacun-e colporte les nouvelles et chacun-e propage, amplifie la rumeur vraie ou fausse peu importe surtout quand elle concerne l'étranger à la ville .
le décor est planté. il ne nous reste plus qu'à suivre la route de Léo jusqu'à l'instant fatal, la route d'Emmy sa meilleure amie, celle de Benjamin, son professeur, et bien sur celle de Seth, son père. Il ne nous reste plus qu'à serrer les dents et les poings et aspirer une goulée d'air.
J'avais déjà eu du mal à respirer en lisant Blizzard mais là il m'a fallu assumer les révélations , découvrir les faces obscures de tous les protagonistes bien sous tout rapport. Marie Vingtras nous offre à nouveau un roman époustouflant , ses personnages appellent au secours dans le plus grand silence , le drame se met en place inexorablement et le grand black-out va de nouveau régner sur la ville . de sa plume précise, percutante elle dévoile sans tabous les âmes obscures de ses personnages . du grand art !
J’avais adoré Blizzard ce premier roman intense, à l’écriture presque compulsive. Les âmes féroces garde quelques ingrédients de la recette qui a fait le succès de son aîné. L’outre atlantique, les paysages enneigés et le récit polyphonique. Mais ici, l’écriture est moins frénétique. À l’image de Mercy, cette bourgade tranquille où rien ne se passe, Marie Vingtras installe doucement le décor, pose tranquillement les personnages et commence un travail en profondeur. On rentre dans l’intime, on retrace les évènements dans un va et vient temporel incessant. Seul le cadre spatiale est immuable. On est coincé à Mercy, tout comme ses personnages. Les uns s’y réfugient, les autres, au contraire, tentent d’y échapper. Mais Mercy les engloutit. Et ce qui commence comme un polar, la découverte du corps sans vie d’une adolescente, prend vite un tournant plus confidentiel. Le lecteur n’est peut-être pas tenu en haleine comme dans Blizzard mais à aucun moment il ne réussit à lâcher ce roman. J’ai beaucoup aimé.
"Ici, la nuit est belle. (…) Leo avance de tache de lumière en tache de lumière et entre les deux, elle disparaît presque entièrement. Elle est alors exactement ce qu’elle paraît être : la fille qui glisse le long des murs, calme, discrète. La fille qui s’efface, la fille qu’on oublie. » Leo n’est pas rentrée et le printemps s’entête dans sa douceur. Leo ne reviendra pas. La shérif Lauren Hobler découvre son corps au milieu des iris sauvages. Autour de la mort soudaine d’une jeune fille, Les Âmes féroces tisse plusieurs destinées. Pour élucider un mystère, mais lequel ? Celui de Leo, peut-être, et de ses silences. Celui de Lauren, coincée dans une petite ville qui ne la prend pas au sérieux. Il y a aussi Benjamin, Seth et les autres… Les gens de Mercy, qui pensent tous se connaître et en savent si peu sur eux-mêmes. Envoûtant, surprenant et d’une grande ampleur romanesque, Les Âmes féroces traque la part d’ombre de chacun."