Youssef Badr est un magistrat au beau parcours. Il a fondé il y a quelques années l'association La Courte Échelle qui met en relation les étudiant·es en droit avec des professionnel·les du monde juridique motivés à les accompagner. Ce livre revient sur son parcours qui l'a mené à créer cette structure pour répondre aux problématiques qu'il a pu personnellement rencontrer : l'absence de diversité dans le monde du droit, une reproduction sociale ahurissante, des discriminations qui persistent, notamment contre tous les profils qui ne sont pas considérés suffisamment parisiens, blancs, ou riches.
Le récit est conforté par de nombreuses références, mais aussi par des témoignages d'étudiant·es qui viennent vraiment ancrer son propos dans le réel. J'ai vraiment apprécié qu'un magistrat ose désigner la réalité pour ce qu'elle est, en évoquant les impasses de l'universalisme, le racisme systémique, ou encore le délire d'une laïcité combative brandie par des politiciens hors-sol. C'est d'autant plus louable qu'il a été porte-parole du ministère de la justice sous Belloubet - il avoue même, dans les dernières pages, être déçu des politiciens qui ne présentent leur soutien à son initiative qu'à des fins arrivistes, sans s'engager réellement.
Surtout, l'intérêt de l'ouvrage réside dans les solutions qu'il propose : il faut agir sur le terrain, pour partager les modèles, les expériences, les opportunités. S'il est devenu magistrat, c'est grâce au soutien des personnes qui ont su l'encadrer pendant sa formation. Son objectif est de reproduire ces conditions favorables pour tout le monde, à toutes les échelles : pour les étudiant·es, les professionnel·les du droit qui les embaucheront et les enseignant·es.