J'ai refermé hier soir la Nuit des Willis (lu presque d'une traite). Les images et l'atmosphère oppressante typiquement "southern gothic" de la Caroline du Sud et ses marais mystérieux flottent encore dans ma mémoire.
On y retrouve les éléments du folklore, la magie vaudou, la forêt comme personnage, le ouija, et on s'immerge dans une frange de la culture américaine. Les rares notes de bas de page sont toujours judicieuses et éclairantes. Cela étant dit, je n'ai rien révélé de l'essence du roman, qui va tellement au delà de l'imagerie, et est bien plus ambitieux.
Le roman commence commence classiquement, avec un couple d'amis qui va passer un weekend dans une maison réputée hantée, mais rapidement, ça se corse, et les surprises s'enchainent.
La construction du roman, la narration haletante, et jusqu'aux titres des chapitres, tout participe à l'accroche. Les personnages prennent de la consistance à mesure des pages, tant et si bien qu'à mi-roman, on oublie toutes nos hypothèses de départ. On est loin des poncifs du genre, où l'on distingue souvent la couture qui sépare les personnages et le fantastique qui les assaille.
Ici, il y a un continuum. Tout se mêle. Les paysages de Charleston et son folklore, l'histoire des personnages, l'histoire des lieux.
Pas de manichéisme, ni d'héroïsme outrancier. Les personnages vivent, et à travers eux, une certaine revendication de la place de la femme, pas épargnée pour autant.
Le malaise typiquement southern gothic épouse un malaise sociétal, qui remue les tripes et interroge. Si certaines scènes peuvent être difficiles, elles ne sombrent jamais dans le trash.
Je manque de références pour rapprocher La nuit des Willis d'autres oeuvres connues. J'ai retrouvé un peu de l'atmosphère de la Nouvelle-Orléans lue il y a bien des années dans "La ligne verte" de Stephen King, mais ici, c'est presque un personnage. Je découvre seulement le genre (en littérature pour le moins), mais quelle découverte !
La quatrième de couverture nous dit que La nuit des willis revisite le ballet Giselle. Une page explicative à la fin de l'oeuvre est d'ailleurs dédiée. La lecture passionnante m'a donné très envie de le découvrir.
j'ai apprécié la dimension psychologique, l'ambition, le voyage, les frissons, l'action et les questionnements toujours terriblement d'actualité dans ce roman (ça fait beaucoup !), je ne peux que le recommander chaudement. Pour ne rien gâcher, la version reliée du roman est un très bel objet qui trônera fièrement dans la bibliothèque.