La Captive de Dunkelstadt est l'une de ces lectures brèves mais marquantes, que l'on engloutit en quelques heures tout en ayant l'impression d'avoir plongé dans un univers bien plus vaste. Avec ce roman, Magali Lefebvre nous offre une parenthèse gothique, mystérieuse et délicieusement inquiétante, portée par une plume incisive et une atmosphère d'une richesse visuelle et émotionnelle saisissante.
L'histoire débute avec Émile Dupontel, un jeune homme bien décidé à profiter d'un dernier souffle de liberté avant de rentrer dans le moule étouffant que l'on attend de lui : celui de notaire. Son goût pour les frissons et les légendes l'attire tout naturellement vers le château / manoir de Dunkelstadt, lieu reculé et enveloppé de superstitions anciennes. Ce décor, presque vivant tant il est finement décrit, chargé d'échos sinistres, de rumeurs, et de murmures qui semblent traverser les murs.
Dès les premiers chapitres, le roman installe une ambiance sombre, gothique, presque oppressante, qui ne faiblira jamais. L'intrigue ne connaît aucune latence : chaque scène apporte son lot de tension, de non-dits, de révélations progressives. Il n'y a pas de longue mise en place ou de remplissage : le récit est tendu, précis, concentré, comme un conte cruel et élégant. Et c'est ce qui le rend aussi addictif.
Parmi les ombres de Dunkelstadt, Émile fait la rencontre de Katarina, une jeune femme aussi belle qu'énigmatique, recluse dans les murs du château comme une figure de légende oubliée. La romance qui naît entre eux est tout sauf classique : douce, presque éthérée, mais toujours voilée de mystère. Elle n'est ni flamboyante ni explosive ; elle est feutrée, subtile, et c'est justement cette retenue qui lui donne tant de charme et de profondeur. Katarina semble autant appartenir au château que ses pierres ou ses légendes, et cela rend l'attachement d'Émile d'autant plus poignant.
La grande force du roman, au-delà de son style ciselé, réside dans son atmosphère. L'auteur parvient à faire naître une angoisse diffuse, constante, sans jamais sombrer dans l'excès. On ressent le poids des secrets, l'influence de l'invisible, les traces laissées par le passé sur les âmes comme sur les lieux. Il y a quelque chose de profondément automnal dans cette lecture : cette sensation de vent froid, de feuilles mortes et de crépuscule qui s'installe. C'est un roman à lire un jour de pluie, emmitouflé dans une couverture, une bougie allumée et une tasse de thé à portée de main. Il se prêterait aussi parfaitement à une lecture d'Halloween, tant il joue avec les codes du fantastique et du gothique.
Le livre se lit d'une traite. le style, vif et affûté, la construction rythmée, et l'intelligence de l'intrigue en font un vrai page-turner.
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