Qui était vraiment l'Abbé Pierre? Nous avons tous quelque chose de l'abbé Pierre. Depuis soixante-dix ans, il est dans nos cœurs et nos imaginaires. Inlassable défenseur des pauvres. Personnalité préférée des Français. Un saint laïque.
C'est dans ce ciel pur qu'éclate la première déflagration à l'été 2024 : l'abbé Pierre était aussi un prédateur. Sidération. Colère. Incompréhension. Comment un homme qui a fait tant de bien a-t-il pu commettre le mal ? Qui était-il vraiment ?
Sa vie sexuelle n'était pas son seul secret. Il a gommé des pans entiers de son existence, menti à ses compagnons, à ses biographes, aux Français. Sa face sombre était à la mesure de sa face lumineuse. Mais la seconde était si rayonnante qu'elle a occulté la première.
Il n'est plus possible de s'en tenir à la légende.
Le bruit assourdissant que font les statues qu'on déboulonne et qui tombent de leur piédestal. Abbé Pierre, contre-enquête, celle qui débunke le saint, l'icône. Tout le CV revu à l'aune de ses méfaits sexuels. Tout le monde savait, depuis le début, mais tout le monde s'est tu. Personnalité excessive, exaltée, malade physiquement et psychiquement, dont on peut se demander s'il n'était pas maniaco-dépressif (bipolaire dit-on aujourd'hui), profitant de son statut d'icône pour agresser les faibles et démunis qui constituaient son fond de commerce, par ailleurs très mal géré comptablement et juridiquement. Une leçon : gardons-nous des 'saints', des êtres exceptionnels, et évitons de porter l'encens (ce que font les thuriféraires), pratiquons le scepticisme : tous les êtres humains sont faillibles, peut-être encore plus ceux qui cherchent leur salut dans une illusion, comme aurait dit Freud. Il reste son oeuvre charitable, sa seule postérité qui continuera sans son nom, et dont nous n'aurions pas besoin si nos sociétés avides pratiquaient la simple justice sociale.
Il ne faut jamais avoir d’idoles, elles sont si facile à déboulonner. La fabrique d’un Saint parce que le Vatican tout comme Henri lui même ont tout fait pour gommer les travers (y compris criminels) et pour quelque part réécrire l’histoire. L’abbé Pierre a beaucoup pratiqué le réécriture de son propre passé.
Livre qui revient sur sa jeunesse où l’on note la pratique d’un catholicisme très austère, sans doute d’abord pour se punir de sentiments non acceptés et non acceptables envers d’autres garçons. Un homme qui a certes rejoint la résistance mais que l’antisemitisme ne gênait pas tant que ça.
Ce que j’apprécie ici c’est que tout est sourcé, on parle aussi de rumeurs mais on précise que certains faits ne sont pas établis, ceux qui le sont sont suffisamment accablants. De l’excellent journalisme.
Une enquête édifiante qui fait froid dans le dos. On ne s'attaque pas au "Monstre sacré" personnalité préférée des Français... Toutes les informations sont solides et basées sur des sources écrites pour la très grande majorité.