À une époque où tout un chacun se réclame de la raison, le monde semble avoir perdu la tête, des États-Unis à l'Argentine en passant par l'Europe. Non seulement les individus peinent à discerner le vrai du faux, mais ils valorisent moins la vérité. Préférant les opinions préconçues et les fictions à la science, ils prennent de plus en plus leurs fantasmes et leurs peurs pour des réalités. Partout, les sociétés se polarisent. Fruit de trois ans de recherche pluridisciplinaire, cet ouvrage est le premier à caractériser scientifiquement la post-vérité et à en explorer toutes les dimensions, bien au-delà des " infox " auxquelles on la réduit abusivement. Dans une approche mêlant psychologie, neurosciences et économie des émotions, il montre les effets dévastateurs d'Internet et des réseaux sociaux, dont les algorithmes privilégient les contenus clivants et anxiogènes tout en confortant les croyances préalables. Ainsi se forment de dangereuses " bulles cognitives ". Le diagnostic est sans appel : ce basculement progressif des mentalités est intimement lié au capitalisme. Pour générer un maximum de revenus publicitaires, les algorithmes s'adressent à la part de nous-même qui souhaite se débarrasser de la réalité. Et s'ils instauraient la plus insidieuse des servitudes volontaires, avec notre complicité inconsciente ? Cet essai démontre aussi que l'essor mondial des extrêmes droites est en grande partie dû aux biais d'Internet et des réseaux sociaux, qui en favorisent les idées. Un livre salutaire qui invite à un sursaut de lucidité face à un enjeu social majeur de ce siècle.
"Ceci est l'histoire d'un crime dont nous sommes les complices ou les témoins passifs. La victime est la valeur de la vérité". C'est par ces deux phrases que débute le livre de Michael Lainé - qui nous met tous en cause. En effet, nos cadres de pensée ont évolué avec une grande rapidité ces trente dernières années. Notre monde est devenu numérique. Or le critère de "pertinence" des moteurs de recherche ou des fils d'actualités sur les réseaux sociaux ne renvoie pas à la qualité du contenu. L'objectif est de nous séduire pour nous pousser à interagir avec ce qui est proposé. Avec le résultat que les croyances sont plus importantes que la vérité et que la subjectivité supplante l'objectivité. La thèse de ce livre est que les algorithmes sont à l'origine de ce changement des mentalités. La vérité devient subordonnée à d'autres objectifs : le désir, l'image de soi valent plus. Or, si les algorithmes ne constituent pas des règles neutres de structuration du cyberespace, c'est en raison de la finalité de notre système économique, le capitalisme qui nous mène à consommer toujours plus. Michael Lainé va s'attacher à montrer les conséquences du fonctionnement des algorithmes sur la valeur de la vérité, et les conséquences de sa dévalorisation dans les théories complotistes, l'utilisation du discours politique et la montée de l'extrême droite un peu partout dans le monde. C'est foisonnant, argumenté et riche. le seul reproche que je lui ferai est de développer plusieurs exemples du domaine économique, qui n'est pas ma tasse de thé et par conséquent, pas ce que je maîtrise le mieux. Mais c'est un économiste et il fallait s'y attendre ;)
Avec l'avènement de l'IA, je me pose de plus en plus de questions sur le développement de la pensée critique de mes étudiants. La lecture de cet essai accentue mes craintes, l'auteur démontrant en s'appuyant sur de nombreuses sources, comment Internet, les réseaux sociaux et surtout les algorithmes nous enferment dans des bulles cognitives. Par crainte de l'incertitude ou de l'ennui, on se complait dans des schémas souvent stéréotypés, dans la vraisemblance plutôt que la vérité, et ce, de manière à ne pas bousculer nos égos et nos croyances. Franchement, ça fait peur. On se demande où tout cela va s'arrêter et si la machine ne va pas finir par supplanter l'humain et surtout on se rend compte à quel point on est esclave du numérique. Ce livre est un bon antidote à l'usage omniprésent du cellulaire.