Lauréat surprise du Prix Renaudot Essai cette année, c'est pourtant un roman historique que nous offre Afred de Montesquiou avec le crépuscule des hommes, ce texte sur le procès de Nuremberg tel qu'il fut vécu par les journalistes présents.
J'ai eu la chance de rencontrer l'auteur et de participer à un échange des plus nourri avec lui, c'est donc avec ses paroles en tête que j'ai lu cet ouvrage, ce qui lui a donné une saveur particulière. Ma réception aurait peut-être été autre autrement.
Fruit d'un labeur de titan, le crépuscule des hommes, se veut le récit d'une grande troupe de journalistes, tous présentés à la fin de l'ouvrage, assistant sur de longs mois à ce procès fondateur du droit international. Si le procès et son contenu ne sont qu'esquissés ici, en revanche on vit vraiment aux côtés des journalistes, découvrant un monde crépusculaire souvent peu raconté, celui d'une Europe encore détruite et marquée au fer blanc qui cherche aussi bien justice que revanche.
J'ai trouvé le récit passionnant mais très riche. On suit de nombreux personnages, on entend de nombreuses voix, toutes vraies d'après ce que l'auteur nous a expliqué, puisqu'il a puisé dans leurs articles pour leur offrir les mots qu'il met à leur bouche ici. C'est donc assez ardu parfois à suivre même si la plume très simple de l'auteur permet de plonger sans difficulté dedans. Il faut juste un peu être au fait de qui est qui pour suivre et les biographies à la fin de l'ouvrage peuvent aider. le revers de la médaille est en revanche, qu'on survole de nombreux acteurs qui devaient sûrement être passionnants, et je pense que sans la rencontre que j'ai eu avec l'écrivain, cela aurait pu me sembler un peu abscons. Je préfère personnellement quand on ne se concentre que sur quelques uns. C'est le cas tout de même avec le photographe Ray d'Addario et sa compagne Margarete Borufka qui sont en première ligne. Mais la présence des autres, bien trop rapide, est parfois frustrante.
C'est donc leur vie, leur réception du procès, leur résidence au château de Faber-Castell à Nuremberg que nous allons suivre. On découvrira comment se fait le journalisme dans ces conditions, le volet très politique et pré-guerre froide du procès. On abordera un peu le contenu de ce dernier, la réalisation notamment par les acteurs présents du réel de l'horreur nazi, mais dans l'ensemble on se tient assez loin du contenu des réquisitoires et des défenses. Seul moment réellement décrit en profondeur : l'exécution de ceux condamnés à mort, et c'est un moment glaçant et bouleversant. Cependant si vous voulez plus d'informations, l'auteur offre une riche notice bibliographique en fin d'ouvrage et son roman sera adapté en documentaire sur Arte prochainement (le 18 novembre).
Alors que retenir ? Un roman historique très près de l'essai tant il est fidèle aux sources, qui propose une vision originale de ce moment clé de notre histoire : la façon dont les journalistes qui y assistent vivent ce moment. Passionnant mais frustrant également car ce ne sont que de brefs moments qu'on nous montre, avec recul en plus, et qu'on aimerait peut-être vivre réellement ce procès, ce qui n'est pas le cas. L'auteur passe plus de temps à planter le décor et les acteurs, qu'à faire vivre ce moment. C'est original mais ça donne surtout envie d'en voir plus sur ce procès.