Pujol à une plume plus littéraire que journalistique dans son dernier livre, suite de la fabrique et de la chute du monstre. Celle-ci lui va bien, ce livre est vraiment touchant, tant par ce qu’il y raconte que comment il le raconte.
“On descendait ensuite la rue d'Aix, dans une effervescence fascinante, une diversité de personnages, de tenues, d'échoppes - je me croyais dans une ville intergalactique de Star Wars. Je me souviens qu'on coupait vers Belsunce par des ruelles grouillantes. Pour moi, dans ma tête d'enfant, les gens venaient de partout, de toutes les planètes. Ils achetaient des choses volumineuses qu'ils emportaient sur des diables. J'ai le souvenir, une fois, entre deux bazars dégueulant sur la chaussée, d'une dame assise sur des marches, avec une petite pancarte entre les mains. Celle-ci m'avait intriguée. Pipe à 5 francs. Impossible de lui donner un âge, elle ne semblait pas si vieille mais l'était peut-être, car elle n'avait pas de dents. Elle m'avait semblé bien pauvre.
La ville était noire, les façades des immeubles, souillées par les gaz d'échappement, et les trottoirs, le soir, obstrués par des petites montagnes de sacs à ordures, dont certains sur lesquels était écrit Marseille propre. Rien, à l'époque, qui me semblait anormal. C'était mon monde. Aujourd'hui, ce n'est plus le mien.”
bien nécessaire afin de sortir des stéréotypes que l’on se fait « des quartiers » et notamment des quartiers Nord de Marseille
ce livre chamboule notre vision de la société, celle d’une société scindée en deux groupes, dont l’un mérite le soutien de l’autre au lieu de la stigmatiser on suit les destins tragiquement brisés d’enfants sans la moindre prise de conscience au plus haut niveau de l’Etat… la déchéance des institutions publiques en est la principale cause et cette situation, tragique, ne fera que malheureusement s’empirer et c’est ce qui fait le plus mal au cœur : ne pas avoir les solutions immédiates pour les aider..
Dernier opus de la trilogie de Pujol sur Marseille, le monstre. Sur ses enfants, les petits cramés. Une lecture difficile mais peut être nécessaire … pour qui ne vient pas du tout de ces quartiers et n’a absolument AUCUNE idée de l’intensité de la violence de chaque facette de leur existence. Franchement, si j’avais grandi dans une ambiance pareille je ne pense pas que j aurais été meilleure qu’eux …. A la fin de ces trois lectures… on a un grand sentiment d’écœurement. Mon préféré reste le premier.
« Si on n'y prend pas garde, ces gamins apparemment brutaux, débiles, cramés, on peut venir à les détester : c'est comme une sorte de réflexe, une répulsion. Et pourtant, je le sens à chaque fois que je les rencontre, ces petits cons, je ne peux pas m'empêcher d'avoir de l'affection pour eux... Ils ne sont pas différents de n'importe quel jeune de n'importe quelle époque. En grandissant, plutôt en vieillissant, on regrette un temps que l'on jalouse chez les petits nouveaux. C'est bon d'être con quand on est ado et même jeune adulte. Mais c'est devenu dangereux d'être si normalement con dans leur monde si violent. »
Cramés est un livre qui ne se lit pas sans être remué·e. Philippe Pujol nous plonge dans la réalité brute des quartiers Nord de Marseille, loin des clichés et des simplifications. Sa plume mêle rigueur journalistique et sensibilité, donnant chair à des vies souvent invisibles ou mal racontées.
La lecture est parfois difficile, non par son style, mais parce qu’elle confronte à une violence sociale profonde. On avance avec un sentiment d’impuissance, tant les mécanismes décrits paraissent enracinés. Pourtant, c’est précisément ce qui rend ce texte essentiel : il éclaire sans détour, il donne accès à ce qui se joue réellement sur le terrain, derrière les statistiques et les titres de presse.
Pujol parvient à bousculer sans jamais tomber dans le sensationnalisme. Cramés est un témoignage lucide, poignant, qui dérange autant qu’il informe — un livre qui laisse une trace bien au-delà de sa dernière page.
"Vivre pour vivre, on ne leur a pas appris. Ça vit pour se mesurer."
"Mais le dérèglement social est comme le dérèglement climatique, il génère des crises qui ne feront qu'accentuer le problème. La précarité économique s'est faite précarité sociale et, génération après génération, cette précarité est parfois devenue psychique. L'urgence absolue est au réta-blissement d'une solide politique de santé mentale. Les personnes vulnérables psychologiquement sont les premières proies du banditisme. Les malfaiteurs en feront des victimes ou des meurtriers. De l'esclave à l'assassin."
Dans les quartiers populaires de Marseille les petits garçons deviennent dealer et les petites filles prostituees. « La drogue et le sexe, deux valeurs sûres pour le banditisme ». L’auteur connaît bien les lieux et les personnes et dresse un portrait à la fois terrifiant et plein de compassion de ces gamins.