Berlin, 1947. Chargés d'extraire un trésor caché en zone soviétique, Norman Bold et Jay Johnson voient débarquer l'adorable Clarisse qui s'impatiente de savoir pourquoi le sergent Johnson ne l'aime plus. Un adolescent sorti des ruines, qui semble drogué et affamé, à l'instar des redoutables Werwölfe qui terrorisent la ville, interrompt l'explication entre les protagonistes.
Thierry Smolderen (born 25 November 1954) is an essay writer, as well as a script writer of Belgian comic strips.
Smolderen is a teacher at École des Beaux-Arts of Angoulême, France. As a comic books historian, he wrote Naissances de la bande dessinée (2009), about the "platinum age" of comics. This book has been published in English by the University Press of Mississippi in 2014, under the title The Origins of Comics: From William Hogarth to Winsor McCay (Eisner Award nominee of 2015 in the Best Scholarly/Academic Work category).
Noël 1946. Berlin n’est plus qu’un champ de ruines, où le jazz résonne comme un souffle de vie dans le chaos. C’est là que le sergent Norman Bold accueille Clarisse d’Arcier, jeune Française éperdument amoureuse du lieutenant Jay Johnson, son ami et collègue. Tandis que les deux soldats préparent une périlleuse mission de récupération d’œuvres d’art spoliées par les nazis en zone soviétique, Clarisse débarque, bien décidée à comprendre pourquoi son amant ne répond plus à ses lettres. Le décor est planté : entre amour blessé, loyauté vacillante et fantômes de guerre, Moonlight Express nous entraîne dans une aventure à la fois intime et romanesque. J’ai été prise dès les premières pages par cette atmosphère de film noir, où la brume berlinoise se mêle au parfum d’un amour impossible. Thierry Smolderen tisse un récit à tiroirs, sinueux et fascinant, qui mêle la noirceur du polar d’espionnage à la nostalgie des grandes love stories hollywoodiennes. De Berlin à Los Angeles, des années 40 aux années 60, les destins se croisent, s’éloignent, se perdent. On y croise les “werwölfe”, adolescents égarés dans la violence, un prêtre aux desseins troubles, un prodige du saxophone et des soldats écartelés entre devoir et désillusion. Chaque personnage porte sa propre cicatrice, et c’est dans ces blessures que s’infiltre la lumière du récit. Graphiquement, j’ai découvert avec bonheur le style unique d’Alexandre Clérisse : aplats de couleurs vibrantes, contrastes audacieux, cadrages inspirés du cinéma des années 50. Le Berlin des ruines s’oppose au Los Angeles solaire, comme si la palette elle-même racontait le passage de l’ombre à la rédemption. Le tout est porté par une petite musique interne très jazzy qui a accompagné ma lecture et a renforcé son charme. Une œuvre élégante, foisonnante, que j’ai refermée avec la sensation d’avoir voyagé dans un rêve en technicolor.