A la mort de sa mère, Sarah se voit remettre pour tout héritage les clés d’une bicoque aux confins du monde, et une consigne : « Trouve Elora. » Direction l’Albanie, où elle découvre un village oublié, niché au cœur d’une montagne sauvage. Mais sur place, les locaux sont formels : Elora est morte il y a bien longtemps. Trois décennies plus tôt, alors que le régime despotique d’Enver Hoxha étend son joug jusque dans les campagnes, Elora et son ami Agon se font une promesse : tant qu’ils seront ensemble, tout ira bien. Mais alors que l’adolescente n’aspire qu’à mener une vie sans entraves, sa mère la gronde ; et si les hommes, eux, sont libres, ils ont également l’obligation d’appliquer la vengeance du sang. Elora enrage – à quoi bon être la fille de feu, comme on l’appelle au village, si c’est pour vivre prisonnière ? Sur son chemin vers la liberté, la jeune fille pourra compter sur l’aide d’un berger collectionneur de poèmes. Ses choix détermineront la vie d’une lignée de femmes, dont Sarah. Marie Charrel entremêle les destins de cœurs indomptés, marqués par la tragédie, la puissance de la nature et le pouvoir des mots.
j'ai juste été très légèrement déçu par la seconde moitié du roman avec un petit ventre mou qui s'écarte de l'Histoire pour se concentrer sur l'histoire, mais sinon à part ça j'ai adoré. c'est romanesque à souhait, les personnages sont très attachant, j'ai appris plein de trucs sur le régime d'Envers Hoxha, le folklore albanais et leurs mythes. vraiment une super lecture que j'ai envie de recommander a plein de gens tant c'est facile et plaisant à lire !!
Il existe des romans qui, comme des retours aux sources, vous ramènent vers la quintessence de ce que vous aimez en littérature. « Nous sommes faits d’orage » fait partie de ceux-là. Ce qui a fait de moi une lectrice, ivre de romanesque, de plume poétique et de personnages irradiant les pages, se trouve dans ce roman. Je n’ai rien lu d’aussi beau depuis « Toutes les nuances de la nuit » de Chris Whitaker cette année.
Au commencement, on retient son souffle. Paradoxalement, le vent qui déferle dans les montagnes nous en insuffle quelques soupirs. Déjà, les nuages se déploient sur la vallée du village sans nom, les vieilles femmes chuchotent à la naissance de la petite fille aux yeux d’or, « une chance et une malédiction ». Elora, « la fille-étincelle, l’enfant-feu » est prête à jouer son rôle dans le monde, à affronter les légendes et des mythes et les règles des hommes. « Cette fille-là a deux âmes. (…) Elle aura deux vies, mais attirera deux fois plus de malheur. »
« Mon village se mérite. Il est si beau que mes aïeux ont choisi de ne pas lui donner de nom. Ce qui ne peut pas être nommé ne peut pas être trouvé : cela a quelques avantages. »
Se rendre dans le village sans nom, situé dans les hautes montagnes d’Albanie, séparé de la vallée par une crête surnommée le « passage des morts »est éprouvant, mais cela ne décourage pas Sarah qui répond aux dernières injonctions de sa mère sur son lit de mort : « Trouve Elora. ». Plusieurs milliers de kilomètres séparent l’Islande de Sarah et l’Albanie d’Elora, mais les mots mystérieux d’Edith sont les plus forts. Des fjords glacés aux crêtes des montagnes désertées, Sarah, chercheuse en écoacoustique, écoute le vent, et la nature qui bruisse. Elle s’enivre de ce pays si singulier et de ce lieu de légendes. « Nous sommes faits d’orage » vibre dans cette odyssée du retour, et prend des allures de quête. Sarah parle albanais, sait qu’elle a vécu dans ce pays et l’a quitté à un très jeune âge.
Au gré de ses pérégrinations, plusieurs lignes de vie résonnent : elles s’attirent, se détournent, puis s’apprivoisent. Car les femmes sont l’âme de ce roman. Elles sont des flammes impossibles à éteindre même par la propagande communiste. Marie Charrel nous fait remonter le temps pour narrer les existences de ces femmes qui portent le monde alors qu’il est en train de se défaire, parlementant avec la peur, la loi dictée par le Kanun, les promesses de malheur entendues depuis toujours qui veulent leur arracher des espaces de liberté. Lule, par ses actions, protège de la gjakmarrja(vengeance par le sang). Elora lutte contre la loi des hommes. Eugenia devient gardienne de la montagne pour ne pas réveiller « la Kulshedra ». Sarah, par l’intermédiaire des souhaits de sa mère, cherche ses racines. Ces femmes battantes, courageuses s’allient, redéfinissent le mot « sororité » aujourd’hui si galvaudé, pour tenir et protéger le monde.
« Nous sommes faits d’orage » est construit sur plusieurs temporalités. Certaines d’entre elles nous entraînent dans L’Albanie de Enver Hoxha, dictateur communiste, des années 1970 jusqu’aux années 1990. Tous les Albanais, même ceux vivant dans les montagnes, se réfèrent au Kanun qui régit une grande partie de la vie sociale. Le fond du récit de l’État communiste structure les enjeux auxquels sont confrontés différents personnages, car le régime totalitariste infiltre tout, des âmes jusqu’à la géographie, et crée les conditions des drames à venir. Cette toile de fond sert les actes de résistance, le poids de la littérature et de la poésie présents dans tout le roman.
Autour, les récits s’invitent à la table du romanesque. Légendes et contes albanais sont autant de promesses d’une lecture hors du temps : La Kulshedra, protectrice de la nature, la Shtriga sorcière guérisseuses, la Bolla, les drangues, Rofaza : tout contribue à cette flamme littéraire qui court sur les pâtures, défie les pentes, balaye les pages au rythme du vent.
« Nous sommes faits d’orage » respire, chante et incendie. Le texte est sensoriel, la langue ample, souple, douce mélopée qui irradie cette nature incandescente en y dévoilant quelque chose de charnel. Ici, nous sommes ancrés dans la terre, dans le vent, dans les plantes et les animaux, dans le coeur des femmes. Marie Charrel étreint l’immensité du monde et des âmes qui le peuplent. La polyphonie des sens, accentuée par le métier de Sarah, enjoint chacun à écouter la nature pour, sans doute, chercher à la comprendre. La vie bruisse dans ce grand roman sur l’appartenance à une terre, à des pierres et à des serments. L’espace nous envahit, pense avec nous et pour nous. Il ne nous reste qu’à nous laisser porter. Et lorsqu’on a lâché prise, on a le coeur ouvert pour accueillir les mots.
Car, ne vous y trompez pas, ce roman est une déclaration d’amour à la littérature comme acte de résistance, et à la poésie. Écrire c’est désobéir, lire c’est transmettre. Sous le régime communiste, lire est un motif d’inculpation. Certains personnages enseignent la langue française en citant des poèmes de grands écrivains : geste de transmission et passage vers un autre imaginaire. « Nous sommes faits d’orage » et de mots qui remontent le fil de nos mémoires, et transforment la littérature en une boussole de nos existences.
« Les mots ont un pouvoir que les hommes n’ont pas : ils résistent. Au temps, aux disparitions. Ils survivent à ceux qui les ont écrits pour transformer l’existence de ceux qui les liront demain. (…) La poésie dit ce que seul le coeur peut comprendre. Elle porte l’écho des vies d’autrefois. Certains mots se cachent à l’intérieur d’eux-mêmes : ils se méritent. D’autres sont de petits coeurs fragiles palpitant entre nos mains. Surtout : nul besoin d’être un grand sachant bardé de diplôme, il suffit d’être au monde pour les recevoir. »
Pour ceux qui aiment le romanesque et les fictions habitées, ceux qui ne peuvent plus se satisfaire de textes où l’égo prédomine. Pour ceux qui aiment les chevauchées du vent, l’odeur de la pluie, le chant du silence, les grands espaces peuplés de belles âmes, les légendes ancestrales, et les intimités secrètes, précipitez-vous. Dans cette partition où chaque élément, l’eau, le feu, le vent s’emboîtent parfaitement, « Nous sommes faits d’orage » vous apportera l’accord parfait dans la grâce d’un moment.
Car ce roman est un moment de grâce, une aube qui éclaire un jour nouveau, un ciel d’encre qui nous fascine, un silence qui nous émeut. Au creux des montagnes désertées, enfin, vous pourrez respirer et penser à ce qu’il faut protéger.
Vous en sortirez relié à votre propre part d’orage, enivré par ce texte d’une beauté fulgurante.
Jvais aller hurler dans les montagnes ça va me faire du bien ! Mais quelle pépite purée de patate douce ! So far mes meilleurs lecture de l’année c’était Scarborough et Babel… mais vas-y la chouineuse elle tape fort aussi. Ça rejoint facile mon top 3 de l’année.
C’est vraiment un livre qu’on peut conseiller à tous le monde je trouve. Y’a un aspect historique ultra intéressant, y’a de magnifiques paysages, y’a de la poésie de partout, y’a l’esprit révolutionnaire, y’a des histoires d’amour, de vengeance, des ragots du village. Le livre se déroule dans une espèce de tension constante du au mystères qui entourent le personnage de Sarah et d’Elora, également maintenue par les aller-retour entre passé et présent et les différents points de vue des personnages, qui fait que le lecteur sait énormément de choses, souvent plus que les protagonistes mais ne comprends pas à quoi servent les infos qu’on lui a donné. Ça laisse dans un flou qui donne juste envie de continuer la lecture.
Bref j’ai vraiment dévoré le livre, je l’avais emprunté puis bah je l’ai acheté du coup… et vraiment Altin, Dritan et Ilir je les aime 🥺
4,5. Pour l’instant le roman français de la rentrée littéraire que j’ai préféré!! Faut dire que les éditions des Leonides ont vraiment fait du bon boulot, entre ça et Parthenia franchement excellente sélection! Bref, Sarah est une jeune femme albano-islandaise qui vient de perdre sa maman Ester, cette maman si secrète mais dont le passé lourd hante les traits du visage. « Trouve Elora » lui souffle-t-elle avant de rejoindre les étoiles. Elle se met donc en quête de reconstruire son passé familial sur les terres albanaises, là où elle prendra vite conscience que sa présence n’est pas forcément bienvenue.. L’autrice fragmente son texte en trois points de vue différents bien distincts, tous intéressants puisque chaque chapitre vient poser une pierre à l’édifice du souvenir. C’est vraiment bien écrit tout en étant ps trop alambiqué, ça s’inspire des légendes et des mœurs albanaises et ça apporte une vraie richesse au texte!!!! gros cœur sur ce roman et sur Marie Charrel
J’ai dévoré ce roman, l’autrice est une vraie conteuse qui nous fait voyager de l’Islande à l’Albanie, nous fait passer sur 3 périodes, nous dévoile des légendes et coutumes albanaises ainsi que les 40 ans de dictature, et tout ça avec un réel talent. L’intrigue est bien construite, elle tisse une toile entre les personnages, les époques et ça tient en haleine jusqu’au bout. L’écriture est fluide, empreinte de poésie, on a l’impression d’être au cœur des montagnes albanaises et de ses créatures mythiques, et des thèmes forts sont abordés (écologie, dictature, liberté individuelle, place de la femme dans une société patriarcale). 1er livre que je lis de cette autrice (encore un bon conseil de ma libraire), j’y retournerai sûrement.
3.5 ☆ Un roman lent et atmosphérique qui nous emmène dans les montagne albanaises dans un village reculé où la vengeance règne en maîtresse. Ce livre se lit comme une tragédie grecque, le tout sous la plume enchanteresse de Marie Charrel.
Résumé et analyse de *Nous sommes faits d'orage* de Marie Charrel
### R��sumé du roman
*Nous sommes faits d'orage* est un roman publié en août 2025 par les éditions Les Léonides qui se déploie sur trois temporalités entrecroisées autour d'une Albanie mystérieuse et meurtrie. L'histoire commence en 2023, lorsque Sarah, une jeune femme vivant en Islande depuis l'enfance, hérite de sa mère décédée deux choses : les clés d'une vieille maison perdue dans un village reculé des montagnes albanaises et une consigne énigmatique : « Trouve Elora »[1].
Sarah, spécialiste en éco-acoustique, retourne pour la première fois véritablement consciente dans le village de son enfance, un lieu tellement isolé qu'il n'a pratiquement pas de nom. Elle y découvre un monde abandonné d'une beauté saisissante, entouré de paysages montagneux vertigineux où la nature règne en souveraine[1][2]. Mais lorsqu'elle interroge les habitants locaux sur Elora, elle apprend que cette femme est morte il y a longtemps, ce qui ravive des énigmes jamais résolues.
Le récit remonte ensuite en arrière, révélant l'histoire d'Elora, une jeune fille née dans l'Albanie des années 1980, en pleine dictature communiste d'Enver Hoxha. Surnommée « la fille du feu » ou « l'enfant-étincelle », Elora aspire à la liberté et refuse la vie prisonnière que les coutumes ancestrales et le régime totalitaire tentent de lui imposer[1][3]. Avec son ami Agon, elle se promet que tant qu'ils seront ensemble, tout ira bien. Mais leurs destins sont entrelacés avec ceux d'autres personnages, en particulier Esther, une femme dotée d'une passion pour la littérature et la poésie[4].
Une troisième époque intervient également dans le récit : celle des années 1970, lorsque trois jeunes gens quittent le village pour Tirana, cherchant l'éducation, le savoir et la liberté. Ils découvrent les joies de la poésie et vivent des histoires d'amour et de rivalité dans une Albanie que la dictature commence à étreindre davantage[4].
### Contexte historique et culturel
L'un des éléments fondamentaux du roman est le **Kanun**, un code d'honneur médiéval encore en vigueur dans certaines régions rurales d'Albanie[1][4]. Ce code ancestral régit la vie sociale et familiale des villageois, imposant notamment la **vengeance du sang** (*gjakmarrja*), un système de vendettas qui s'étend sur les générations. Cette pratique a des conséquences dévastantes : certains jeunes garçons, appartenant à des familles engagées dans ces cycles de violence, se voient contraints de vivre reclus chez eux, sans pouvoir sortir, pour ne pas risquer de devenir des cibles[1][4]. Ces destins brisés illustrent comment des traditions anciennes continuent à ravager les familles.
La dictature communiste d'Enver Hoxha qui a régné jusqu'à la chute du régime en 1991 s'imbrique avec ces traditions ancestrales, perpétuant l'oppression et le contrôle sur la population. Ce régime totalitaire s'infiltre dans tous les aspects de la vie, des âmes jusqu'à la géographie, créant les conditions de drames intergénérationnels[2][3].
### Structure narrative et temporalités
Le roman se caractérise par une architecture complexe où trois temporalités se croisent sans alterner de manière rigide[5]. Cette construction fragmentée reflète comment le passé s'infiltre dans le présent souvent à l'insu de ceux qui le portent. Le narrateur omniscient circule entre les périodes, reliant les destins des personnages par des résonances plutôt que par des explications linéaires[5].
Cette approche non linéaire exige de la part du lecteur une certaine patience. Les premières pages restent volontairement opaques, invitant à désapprendre nos attentes habituelles[5]. Cependant, au fur et à mesure que le récit avance, une cohérence émerge progressivement, révélant comment les secrets familiaux et les traumas transmis influencent les générations futures[5].
### Thèmes majeurs
**La liberté contre la contrainte** constitue le cœur thématique du roman. Elora représente cette aspiration universelle à la liberté, en particulier face à des structures qui tentent de l'écraser : les traditions ancestrales du Kanun, les rôles de genre rigides, et la dictature communiste[1][3]. Son refus de vivre prisonnière incarne une révolte silencieuse mais farouche.
**Le pouvoir des mots et de la poésie** émerge comme une arme de résistance véritable[2][6]. Le roman affirme que « les mots ont un pouvoir que les hommes n'ont pas : ils résistent. Au temps, aux disparitions. Ils survivent à ceux qui les ont écrits pour transformer l'existence de ceux qui les liront demain »[2]. La poésie devient ainsi un moyen de transcender l'oppression et de préserver l'humanité face à la violence systémique.
**La nature comme puissance vivante** traverse l'ensemble du récit. Le vent, la montagne, l'orage ne sont pas simplement des décors : ils sont des forces qui façonnent les destinées et incarnent une liberté indomptable[1][2][5]. Sarah, écoutant les sons du monde en tant qu'écoacousticienne, incarne cette connexion à la nature comme forme de connaissance et de résistance.
**La mémoire fragmentée et la transmission des traumas** constituent une autre dimension majeure. Le roman ne cherche pas à narrer l'Histoire au sens classique, mais s'intéresse à la manière dont le passé s'inscrit dans les corps, dans les silences, dans les gestes transmis, souvent sans mots[5]. Les traumatismes des générations précédentes pèsent sur Sarah et les autres protagonistes.
**La sororité et la résistance féminine** structurent les dynamiques entre les femmes du roman. Elles s'allient et se protègent mutuellement, redéfinissant le sens de la solidarité face aux forces patriarcales et totalitaires[2].
### L'univers mythologique et merveilleux
Marie Charrel intègre de manière singulière un imaginaire mythologique albanais au sein du récit réaliste. La figure de la **Kulshedra**, une créature semi-divine issue du folklore local, maîtresse des pluies, de l'eau et des tempêtes, peuple le roman[4][5]. Cette créature légendaire côtoie les violences systémiques historiquement documentées, créant une trame sensible où le réel et le symbolique s'entrelacent[5].
Cette dimension fantastique n'est pas un ornement mais un véritable outil narratif qui permet d'aborder les violences sans tomber dans l'ésotérisme gratuit. Elle donne une profondeur originale au texte en ancrant les expériences humaines dans une cosmologie spécifique à l'Albanie.
### Style et écriture
L'écriture de Marie Charrel se caractérise par une langue **sobre et poétique**, retenue dans ses effets. Elle privilégie la suggestion à la démonstration, accompagnant les émotions sans les surcharger[5][7]. Les métaphores récurrentes — le vent, la montagne, l'orage, les chevaux, les cheveux — tissent une musicalité subtile tout au long du texte.
Le style est décrit comme **épuré et enfiévré**, porté par un souffle littéraire indéniable[6]. Cette qualité sensuelle du texte mêle le réalisme de la dictature à la poésie de ses habitants, créant une atmosphère oppressante mais aussi lumineuse. Les descriptions sensoriques sont particulièrement frappantes : on retrouve des odeurs de sauge et de lavande, des bourrasques glacées porteuses de flocons de neige, des nuits où « la lune jette son voile d'opale »[1][7].
Cependant, cette retenue peut aussi créer une certaine distance ou un flottement narratif, particulièrement dans les passages introspectifs où l'intrigue semble suspendue[5]. Certains lecteurs pourraient souhaiter une narration plus resserrée ou une clarté davantage réaffirmée.
### Personnages clés
**Sarah** est la protagoniste principale du présent du roman. Rationnelle et scientifique, elle incarne un rapport moderne et désacralisé au monde. Pourtant, elle se trouve progressivement confrontée aux mystères surnaturels et héréditaires de son village natal[3][5].
**Elora**, bien qu'elle soit décédée avant le début du roman, demeure la figure centrale du récit. Jeune fille rebelle, elle refuse les rôles assignés par la tradition et aspire à la liberté. Elle incarne l'esprit indomptable en lutte contre les systèmes oppressifs[1].
**Dritan** se distingue comme un personnage majeur : homme des hauteurs, façonné par l'orage, la pluie et le vent, il incarne la révolte silencieuse et la fidélité à la montagne. Sa figure demeure longtemps dans la mémoire du lecteur[1].
**Esther**, la mère de Sarah, est dotée d'une passion pour le surnaturel et la poésie, contrastant avec la rationalité de sa fille. Elle est une gardienne de secrets qui ont façonné l'exil albanais[4][5].
### Réception critique
Le roman est salué par les critiques comme une **fresque historique, poétique et énigmatique**[5][6]. Il se distingue par sa capacité à mêler l'intime, le politique et le merveilleux sans sacrifier la rigueur de chacun[5]. Le roman a notamment obtenu un coup de cœur du jury du Prix Landerneau 2025[5].
Les forces principales soulignées sont l'écriture enfiévrée, la description en creux du régime sanguinaire et absurde, et la puissance des personnages féminins magnifiquement résistants[6]. L'une des critiques principales concerne le flottement narratif occasionnel et la complexité de la structure qui exige du lecteur une attention soutenue[5][7].
### Conclusion
*Nous sommes faits d'orage* est un roman ambitieux qui refuse la simplicité narrative au profit d'une exploration sensible et politique de la mémoire, des transmissions et des cicatrices de l'histoire. Marie Charrel crée un univers où la nature, la mythologie, la poésie et l'histoire humaine forment une totalité cohérente. C'est une œuvre qui parle de libertés brisées et de résistances silencieuses, de traumas hérités et de possibilités de rédemption par la compréhension et les mots. Le roman n'offre pas de réconfort facile, mais une profondeur durable qui marque le lecteur par la justesse de son ton et l'originalité de sa vision.
Un récit tissé autour de contes et de légendes où l’autrice nous transporte dans un village sans nom en Albanie, parce que « Ce qui ne peut pas être nommé ne peut pas être trouvé. » Au cœur de leurs traditions et d’une fresque familiale, c’est aussi toute l’histoire et la politique de ce pays que l’autrice va retracer.
Sarah, une jeune trentenaire Islandaise, vient d’hériter d’une maison vétuste dans un village perdu dans les montagnes albanaises. C’est là, isolés entre montagnes et mer qu’un peuple mène une existence ignoré du reste du monde. Sarah tentera de mener à bien sa mission, trouver une certaine Elora qui pourra lui apporter la réponse à toutes ses questions. Débute alors le récit d’une quête, mêlant trois temporalités, nous allons suivre plusieurs vies, plusieurs destins, dont celui de Elora et d’autres membres de cette communauté.
J’avoue ne pas avoir été conquise par la première moitié du roman où la multitude de personnages et de récits différents ont fini par me perdre. Mais à la seconde moitié du livre, tout s’assemble pour servir à l’histoire. C’est ensuite un récit émouvant qui s’ouvre à nous, retraçant l’histoire de l’Albanie dans une recherche de racines familiales.
Gros coup de cœur ! Un livre magique et poétique qui m’a fait découvrir un pays dont je ne savais pratiquement rien : l’Albanie. L’autrice s’est inspirée de la nature grandiose et des légendes du pays pour raconter l’histoire d’un village de montagne et ses habitants, une histoire d’amour et d’amitié, traversée par la sombre histoire du communisme. Une très belle plume, qui donne envie de voyager pour découvrir le village sans nom au cœur de l’intrigue.
Pas étonnant que ça m'a régalé, c'est le type de livre que j'aime. Avec une ambiance folklorique, des mystères familiaux, on pourrait penser à un conte. Ici on part en Albanie sur les traces de la mère de Sarah, une femme de peu de mots, qui lui a léguée une maison en ruine et un message "trouve Elora". Ainsi de suite on remonte l'histoire de sa lignée et de ce village qui a subi les dégâts de la dictature d'Enver Hoxha.
Ma chronique sur un roman passionnant et une autrice qu'il faut absolument découvrir !
Le roman: "Nous sommes faits d’orage" L'autrice: Marie Charrel
Elora, la fille de feu ! Je vous parle ici d’un roman exceptionnel, d’une autrice à découvrir et d’histoires passionnantes flirtant avec l’Histoire avec un H majuscule.
Qui d’entre nous connait, juste un peu, l’histoire récente de l’Albanie, petit pays du Sud-Est de l’Europe sur la péninsule balkanique ? Savez-vous ce qu’est le Kanun, un code médiéval du XVe siècle. Et pourquoi pas, qu’est-ce qu’une Shtriga ou une Kulshedra ?
C’est ce que vous découvrirez dans le dernier roman de Marie Charrel, Nous sommes faits d’orage.
Comme à son habitude, cette journaliste du journal Le Monde, nous transporte dans des lieux, des événements, des époques, nous fait découvrir des personnages très particuliers et des destins exceptionnels.
Pour ceux qui ne la connaissent pas, voici quelques romans qui illustrent bien son parcours littéraire. (Et je vous les conseille tous !)
Elle nous a raconté la vie fascinante de la peintre Yo Laure dans « Je suis ici pour vaincre la nuit », le parcours trépidant d’une jeune femme qui doit approcher Jean Seberg et les Black Panthers dans « Une nuit avec Jean Seberg », elle nous a charmés avec les danseurs de flamenco, l’histoire des jumeaux Rubinstein pendant la seconde Guerre mondiale dans « Les danseurs de l’aube », le destin tragique d’une « picture bride » japonaise arrivant en Occident dans « Les mangeurs de nuit » et finalement, une rencontre passionnante entre Lana del Rey et Joan Baez, deux icônes de la chanson dans « La fille de Lake Placid ».
Voilà donc un menu très varié… et à chaque fois, très réussi !
Revenons en Albanie comme Sarah, le personnage principal de cette histoire qui vient d’hériter d’une très vieille maison dans un petit village difficilement accessible avec un mandat de sa mère mourante : « Trouve Elora » ! Nous sommes en 2023, Sarah part de l’Islande pour se plonger dans un milieu qui a vécu très durement l’époque du dictateur communiste Enver Hoxha. Mais très rapidement, on lui apprendra qu’Elora est morte depuis très longtemps.
Comme dans toute société sous le joug d’un dictateur, l’époque est marquée par la terreur, des délations; la jeunesse albanaise cherchait par tous les moyens à fuir cette répression, soit en se cachant dans les bois, soit en allant étudier en ville.
Elora, qu’on surnomme la « la fille de feu » est agressée sexuellement par un amoureux éconduit. C’est alors que le code du Kanun est appliqué ; l’affront doit être puni. (Un code d’honneur albanais dont les règles ancestrales sur le dette de sang, la vendetta) Ce qui force les gens de la famille à tuer l’agresseur. Et ensuite, l’autre famille reprend le chemin de la vengeance pour répondre à la vengeance. Le tourbillon sans fin de vengeance.
Et avec toute cette violence, Elora rejette son bébé né de ce viol, décide de quitter le village et de se réfugier dans les montagnes. Elle vivra avec un berger qui par besoin de manifester sa résistance, grave sur des pierres des poèmes, des poèmes qu’il collectionne, au cas où il se ferait prendre par les autorités communistes. La poésie l’accompagnerait dans sa détention !
En suivant ces personnages sur trois époques, le lecteur s’imprègne de l’atmosphère différente de chacune d’elles tout en découvrant ce qui est arrivé aux personnages. Destins tragiques, rencontres marquantes, événements politiques et répressions, vengeances sanglantes et évolution lente de la culture, Marie Charrel, avec sa sensibilité délicate, nous dépeint ses personnages et leurs époques avec des touches impressionnistes qui nous révèlent un tableau émouvant. On se laisse bercer par son propos et par la grande humanité de ses personnages.
Marie Charrel possède une plume tout en nuances et en douceurs et avec une poésie touchante. Elle écrit merveilleusement bien. Ses plus beaux moments ? Quand elle décrit le paysage, le village et surtout, la montagne. Ou mieux, quand ses personnages parlent de la poésie.
« La poésie dit ce que seul le cœur peut comprendre. Elle porte l’écho des vies d’autrefois. Certains mots se cachent à l’intérieur d’eux-mêmes : ils se méritent. D’autres sont de petits cœurs fragiles palpitant entre nos mains. Surtout : nul besoin d’être un grand sachant bardé de diplômes, il suffit d’être au monde pour les recevoir. » Pages 217-218
Une belle histoire, un moment d’un pays à découvrir, des mots qui flottent finement vers notre cœur de lecteur et de lectrice et des personnages inoubliables. Lancez-vous dans cet univers et suivez les vies de Sarah, d’Elora et de Dritan, le collectionneur de poèmes.
Ils sont faits d’orage, mais entre les nuages, perce une ode à la liberté ! D’un pays ! De soi-même !
Bonne lecture !
Nous sommes faits d’orage Marie Charrel Éditions les Léonides 2025 398 pages
Un très beau roman, parfois terrible, mais habité d'un véritable souffle. J'aime les histoires qui me font voyager. C'était ici pleinement le cas. Immersion en Albanie avec l'histoire, les croyances, les montagnes, les drames...Le style littéraire était au diapason. Je me suis retrouvée emportée.
J'ai aimé le personnage d'Elora, sa force et son choix d'indépendance par dessus tout. Mais c'est là qu'interviennent les quelques bémols.
Un voyage en Albanie, pays méconnu, où je ne pensais pas me promener un jour. Et pourtant, Elora, héroïne incandescente, m’a entraînée avec elle dans les montagnes et le village sans nom. C’est un récit épique, d’un grand réalisme mêlé à toutes les légendes et les croyances ancestrales de ce pays que l’on suit des années 70 à nos jours. L’occasion de découvrir un peuple malmené par un dictateur , Enver Hoxha, qui fit régner la terreur au sein d’un régime communiste basé sur la délation et les emprisonnements arbitraires. On se promène dans les montagnes albanaises, où l’on croise des êtres plus qu’humains, libres et pourtant soumis aux lois ancestrales qui veut qu’une mort doive être vengée, dans un cercle interminable, de générations en générations. Et où la Kulshedra, être mythique, étend sa menace tout autant que sa protection sur les habitants, où le Kanun, sorte de texte de lois, guide hommes et femmes tel un code civil d’un autre âge. J’ai aimé ce voyage, j’ai aimé Elora, j’ai suivi le récit de sa vie tumultueuse avec un bonheur de lectrice sans cesse sous le charme d’une écriture riche et poétique. La découverte d’un auteur dont je vais lire d’autres œuvres, ne serait-ce que pour le plaisir de la langue tout autant que le souffle romanesque.
Nous sommes faits d’orage de Marie Charrel est un roman sensible et puissant qui raconte le retour aux sources de Sarah, élevée en Islande par une mère albanaise réfugiée, taiseuse sur son passé, son pays et ses origines. En revenant sur la terre de sa famille, dans un village sans nom niché au cœur des montagnes albanaises, Sarah découvre la force des traditions, la mémoire collective et les blessures laissées par le communisme, qui a profondément marqué et détruit le pays. À travers ce voyage intime et politique, le roman explore la transmission, le silence, l’exil et l’identité, avec une écriture à la fois poétique et incarnée. Le récit, riche en émotions et en rebondissements, surprend par sa justesse et touche durablement, donnant envie de poursuivre la lecture et de s’imprégner longtemps de cette histoire profondément humaine. Cela m'a personnellement donné envie d'aller découvrir les montagnes albanaises !
"Nous sommes faits d'orage" nous démontre une fois encore que Marie Charrel est une formidable conteuse . Je vous pose là, les dernières lignes de la quatrième de couverture pour vous mettre l'eau à la bouche en ajoutant que la langue sensitive et charnelle du récit a enchanté ma lecture : "De Tirana aux fjords islandais, Marie Charrel dresse une fresque lumineuse servie par un imaginaire éblouissant, où s’entremêlent résistance, ôde à la nature et pouvoir des mots." Voilà ! il va falloir patienter mais vous savez déjà par quelle lecture commencer à la rentrée ...
une écriture magnifique, un souffle épique et poétique qui nous emporte en Albanie, sur les hauts Monts. Les références sur l'histoire politique de l'Albanie sont aussi très intéressantes. un livre difficile à lâcher, qui laisse son empreinte !
4.5/5 Marie Charrel persiste et signe un superbe livre, romanesque à souhait, rempli de légendes et de souffle. presque aussi bien que les Mangeurs de Nuit.
À mes yeux le meilleur livre de la rentrée littéraire 2025. Il m'a fait lâcher une larme à la fin. Une magnifique plume, prenant dès les premières pages, touchant. Lisez-le, vous ne regretterez pas
Excellente lecture. Une écriture originale ou j’ai beaucoup appris sur l’Albanie. Il faut aimer le silence, la nature particulièrement la montagne, les rites et traditions mais aussi la poésie.