Ne vous attardez pas sur la quatrième de couverture qui en dit un peu trop à mon goût, je l’ai juste survolée comprenant rapidement que ce roman avait de grandes chances de me plaire, et ce fut un véritable coup de cœur. Laissez-vous porter par ce thriller horrifique extrêmement efficace, avancez à l’aveugle dans ce manoir ténébreux d’où aucun son ne s’échappe… Vous n’en reviendrez pas !
Emma, huit ans, est placée dans une famille d’accueil du Morvan pour la soustraire à des parents abusifs. Ses « tatas » d’adoption, Audrey et Naïma, vivent dans une maison isolée au coeur des bois, dans laquelle elles espérent pouvoir offrir à la petite fille la reconstruction dont elle a besoin. Mais celle-ci est sujette à des cauchemars, pire elle est persuadée qu’un monstre vit dans le grenier… Elle entend la nuit des bruits étranges, gronder, griffer, râler… Y’a t-il quelque chose dans la maison ou son imagination lui joue-t-elle des tours ? Les adultes qui l’entourent tentent de la rassurer, lui assurent qu’il ne s’agit que d’une fâcheuse conséquence des traumatismes vécus… Mais après une soirée en famille, un événement sordide a lieu, et Joachim, l’oncle adoptif d’Emma, perçoit lui aussi une présence inquiétante. Impossible de lâcher les premiers chapitres: comme entrée en matière, rien de tel que cette exploration d’un vieux manoir : mais où l’auteur compte t-il nous emmener avec cette chasse au monstre dont le but est de prouver à une petite fille durement éprouvée par sa courte vie que nulle créature étrange ne s’y cache ?…
Mais, dans la vraie vie, nous savons tous désormais que les monstres existent bel et bien et qu’ils vivent parfois au coeur de nos foyers. David Coulon écrit à sa manière sur les violences faites aux femmes et aux enfants, et le moins que l’on puisse dire est qu’il marque les esprits. Le murmures des victimes utilise la thématique du conte pour enfants pour explorer ce sujet et la façon dont il est traité dans notre société. Le pouvoir cathartique du conte prend ici un sens implacable, avancer dans les pas des personnages devient vite licencieux et c’est à nos dépends que nous progressons dans le manoir, au risque d’en perdre notre sang-froid et notre libre-arbitre.
Au-delà du thriller horrifique, ce roman est une réflexion sociétale : il est légitime de vouloir que justice soit faite, mais lorsque la Justice est défaillante, jusqu’où peut-on aller pour se faire justice soi-même? J’ai cru qu’un des thémes de ce livre était la folie, on dit de plus en plus souvent le monde est fou, le monde devient fou… mais après l’avoir refermé et digéré, il me semble au contraire que ce roman est très ancré dans la réalité, et qu’il représente une interprétation de ce que pourrait devenir notre société suite à l’inaction de ses dirigeants. Ce roman n’évoque pas de chiffres, mais les sous-entend: ils sont bien réels : selon une étude de l’Institut des politiques publiques datant de mai 2024, 72 % des affaires de violences conjugales, 86 % des affaires de violences sexuelles et 94 % des affaires de viol sont classés sans suite en France aujourd’hui. Ce constat est la base du roman de David Coulon, que devraient peut-être lire nos politiques au lieu de s’entêter à jouer à la chaise musicale… Ce livre que je vous conseille en dépit de son caractère violent est un excellent divertissement qui secoue et qui fait réfléchir… Merci aux Editions Fayard et à Netgalley pour cette lecture.