Un arbre à soi
Parfois, c’est l’auteur ou le titre qui nous font choisir un livre et d’autres fois, c’est la couverture. C’est la cas pour celui-là. En cette période caniculaire de ce mois d’août 2025, je l’ai trouvée rafraîchissante. Mais comme je ne connais pas l’écrivaine, je n’avais pas d’attentes particulières. Mais ce fut au final une révélation. J’ai eu l’impression que ce livre parlait de moi, car moi aussi je me suis effacée pour mes enfants et mon mari. Ce n’est pas une jérémiade, mais un fait, que j’expose sans regrets. Alors je me suis reconnue, mais j’ai aussi reconnue des amies mères, qui ont mis leurs ambitions et envies de côtés pour être une mère et une épouse qui s’approche au mieux d’un semblant de perfection. Pour toujours être là, présente pour les enfants et l’époux quitte à n’être pas là pour soi-même. Alors, je répète que c’est sans regret. J’ai des filles que j’adore et un mari que j’aime depuis une trentaine d’années. Mais quand même, on ne peut se demander ce que la vie aurait été si on avait choisi ce chemin qui nous était tracé avant leurs apparitions.
J’ai mis de côté quelques passages qui m’ont ébranlé tant elle collait à mon existence de mère et sans doute que nous sommes nombreuses à y voir le reflet de notre vie :
Toute mère est plus qu’un arbre : à elle seule, une forêt. Qui rafraîchit humidifie ombrage. Qui abrite recèle protège cache. Qui gronde menace souffle punit. Qui murmure chante invente sourit. Qui passe derrière tout le monde, tout le temps. Et pense à tout ce qui concerne les autres, parce qu’ils n’en font pas l’effort, parce qu’ils savent bien que je serai là pour leur servir de pense-bête, ainsi que je l’ai toujours fait.
Renoncer aux choses est moins difficile qu’on ne croit : le tout est de commencer. Une fois qu’on est arrivé à faire abstraction de quelque chose qu’on croyait essentiel, on s’aperçoit qu’on peut se passer aussi d’autre chose, et puis encore de beaucoup de choses.
Une chambre à soi, énonçait Virginia Woolf, est nécessaire à toute femme pour écrire. Parce que nécessaire à toute femme pour penser. Et penser est indispensable pour inventer. Imaginer. Créer. Plonger dans la fiction. Trouver son langage. Autrement, on n’écrit que des listes. Virginia Woolf affirmait qu’une femme voulant écrire devait tuer la fée du logis en elle.