Une BD qui permet, dix ans après les terribles faits, de faire le point.
À l'époque, j'étais au collège, je ne saisissais pas tous les enjeux de ces événements. Je sentais le deuil national, l'immense tristesse des Parisien·nes, mais je ne connaissais pas tous les détails de l'affaire. C'est donc précieux pour moi d'avoir accès à autant de productions cinématographiques et littéraires, pour entendre ces témoignages et les lire encore dix ans après.
Je ne connaissais pas du tout l'histoire tragique d'Ali Oulkadi. J'ai été touchée par son récit et révoltée par le fait que tant d'années lui aient été volées par la privation de liberté. Que des années aient été volées à Ali, mais aussi à son épouse, à ses enfants, à sa famille et ses ami·es. Tout ça pour avoir été au mauvais endroit, au mauvais moment, et pour ne pas avoir compris assez vite l'impact de ce geste pourtant anodin pour lui à l'époque. On pourrait lui reprocher de ne pas s'être livré aux FDO dès qu'il a compris ce qui se tramait. Mais ça ne ramènera aucune des victimes du 13 novembre et ça n'a jamais aidé aucun·e des rescapé·es ni des proches endeuillé·es.
Habituellement, je ne me tourne pas vers ce style de dessin en BD, mais là je trouve qu'il colle assez bien au récit qui nous est conté et à la gravité de son ton. J'ai moins aimé les références nombreuses à Emmanuel Carrère, même si je comprends bien qu'il a compté pour Virginie Lorentz dans son suivi du procès.
L’homme du dernier kilomètre, c’est Ali Oulkadi, chauffeur de Salah Abdeslam le 14 novembre 2015 à son arrivée en Belgique sur quelques kilomètres. Parce qu’il n’a pas eu le courage d’indiquer où il a laissé Abdeslam, parce qu’il était un des meilleurs amis de Brahim Abdeslam, parce qu’il a trainé dans les mauvais quartiers, sa vie va basculer. Bien sûr rien à voir avec ce qu’ont vécu les victimes et leurs familles, mais la lecture de cet ouvrage est très intéressant et facile d’accès. On ne peut s’empêcher d’avoir de l’empathie pour lui. Les plus assidus auront déjà lu tout cela dans V13 de Carrère (avec plus de force) mais ça reste intéressant.