Ce roman est un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) ! Il est à découvrir rien que pour sa construction totalement atypique. D’une part, nous installons nos valises de lecteur dans un fjord de Norvège. Un accident se produit sur une énorme plateforme pétrolière surnommée Sigurd. Noah, ingénieur géologue et enfant du pays, se rend sur place pour définir la nature de cet accident qui pourrait présager d’une catastrophe à venir sur le glacier. Son climax, c’est-à-dire son équilibre naturel, risque d’être irrémédiablement bouleversé.
Et d’autre part, nous lisons avec délectation des chapitres de jeu de rôles où le lecteur est le héros, avec comme thème les contes et légendes scandinaves sur la fin du monde.
Ce roman peut donc se lire de plusieurs façons : à la file, en alternant le récit de la catastrophe écologique et celui du jeu de rôle, ou bien ne lire que l’un ou l’autre. Original, donc, où le réalisme côtoie le fantastique. Un mélange des genres où chacun y trouve son compte. La partie où le lecteur est le héros est passionnante. Moi qui adorait ces romans quand j’étais ado, je me suis régalée !! Ces moments ont été une véritable bouffée d’oxygène, une pause permettant de respirer dans le récit.
Les chapitres mettant en exergue la catastrophe écologique à venir est frissonnante. On se dirige vers l’inéluctable, sans rien pouvoir y faire. Cela raisonne étrangement sur ce que nous ne pouvons que constater à l’échelle planétaire et aux catastrophes naturelles qui se déclenchent un peu partout. On en peut pas s’empêcher de se demander si le climax global de notre Terre n’est pas ébranlé ? Et quelles vont en être les conséquences ?
La plume de l’auteur est particulière, elle aussi. Il m’a fallu un temps d’adaptation, car les phrases sont longues, très longues. Mais cela se prête bien au récit, qui se déroule en apnée totale. Le style reste fluide malgré tout, il est très photographique et détaillé, vraiment riche. Il embarque le lecteur dans un récit au rythme exponentiel jusqu’à son climax littéraire (point culminant du récit avant le dénouement).
Le travail de documentation nous fait vivre un roman d’aventures immersif, dans des paysages magnifiques, nous offrant la possibilité de mieux comprendre les conséquences désastreuses du réchauffement climatique. Le point de vue de l’auteur est passionnant, le lecteur découvre la nature, les animaux menacés. Mais parallèlement à tout cela, il nous révèle que certaines personnes sans scrupules se réjouissent de ce réchauffement, tirant leur épingle du jeu.
Parlons-en du jeu…Doit-on encore lancer les dés ? La partie peut-elle encore basculer à l’avantage de la Nature et de la Terre ?
Les personnages sont intéressants et permettent une belle ode à l’amitié. Noah va retrouver ses amis d’enfance, Magnus, Anders, Knut, et surtout Anå, son premier amour. Cette bande d’ados qui avaient monté un groupe de jeu de rôles, dont Noah était leur chef, le maître du jeu. L’auteur réussi à nous rendre proche des personnages, on en apprend sur eux, sur leur façon de penser, leur passé, leurs doutes, leurs rêves. On peut donc facilement s’identifier à eux.
Que dire de la fin ? Rien, sinon le spoil serait énorme….Mais je peux juste vous chuchoter que j’ai été scotchée, retournée, et que cette fin-là, eh bien, elle est conforme au reste du récit. Il ne pouvait pas y en avoir une autre que celle-ci. Chapeau Monsieur Reverdy, j’ai été conquise !
« Il en faut peu parfois, il suffit d’un accident, d’un grain de sable dans l’équilibre fragile des jours pour que tout s’écroule sans prévenir. Il suffit d’un rien. Le temps coule depuis si longtemps. Les secondes s’ajoutent aux secondes. On n’y pense pas. Et puis soudain, c’est comme s’il y en avait une de trop. Elle n’est la cause de rien, cette seconde-là n’est pourtant pas différente des autres, elle n’est qu’un grain de sable de plus, mais soudain, comme dans un sablier, d’est tout le tas qui glisse et qui s’effrite et qui s’effondre sous elle’.
Et c’est la fin du monde. »
Un roman original, passionnant, qui engendre de belles réflexions, qui permet de se sentir au plus près de notre Nature, que je vous conseille absolument, « parce que tout est lié ». Il raisonnera longtemps en moi, c’est certain.
#climax #ThomasBReverdy #Flammarion #RentréeLittéraire