Trois portraits de femmes, dans le cadre exceptionnel de la dernière forêt primaire d'Europe, à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne.
Trois femmes fuyant la guerre (Alma, la réfugiée syrienne), les illusions perdues (Nina, la polonaise) ou « la saleté du monde » (Vera, la journaliste biélorusse).
Le cadre, cette forêt primaire de Białowieża, est le 4 e personnage de l'histoire : un véritable piège mortel pour Alma qui tente de la traverser à tout prix, le symbole de sa vie ratée pour Nina, une renaissance pour Vera.
Si les personnages sont fictifs, ils ont été inspirés par une réalité odieuse :
Depuis 2021, le dictateur biélorusse Alexandre Loukachenko tente de déstabiliser l'Union européenne en poussant des migrants à sa frontière avec la Pologne. En réaction, Varsovie a mis en place une zone militarisée le long de sa frontière et construit un mur de 200km, au beau milieu de la forêt pour empêcher les passages de migrants. Les associations humanitaires de la région ont dénombré au moins 116 morts le long de cette frontière entre 2021 et mars 2024.
En choisissant trois points de vue, trois personnages aux réalités différentes, Caroline Hinault ne limite pas son sujet à cet aspect de la crise migratoire. « Traverser les forêts » est plus largement une réflexion sur l'identité, les choix de vie, le vivre-ensemble, la peur de l'autre, la quête d'une vie meilleure.
L'auteure adapte son écriture aux personnages et ponctue son récit de citations de la Divine comédie de Dante (que relit Vera) pour, dit-elle, « insuffler une force poétique, rendre toutes les facettes de la forêt, métaphore de l'existence, à la fois paradis mais aussi enfer et purgatoire. »
Un roman prenant, mais un peu inégal pour moi. Si j'ai été émue par le récit d'Alma et ai découvert avec intérêt la description de cette forêt exceptionnelle, je suis plus réservée sur l'écriture , très belle dans l’ensemble mais partant par moment dans de grandes envolées poétiques un peu trop « travaillées » à mon goût .
A lire cependant, ne serait-ce que pour contrebalancer le discours ambiant sur les migrants !