Un livre qui se lit sans difficultés et rapidement avec un point de vue original.
Susie Morgenstern est bien connue pour ses récits pour la jeunesse, et j'ai croisé son nom sur les couvertures colorées depuis mes premiers pas en bibliothèque.
Cette fois-ci, c'est au rayon des adultes que je la retrouve, pour son second livre 'pour adultes' .(Bien que rien n'empêche les grands de lire aussi ses ouvrages pour les petits !).
Dans ce livre, Susie parle d'elle-même : elle a quatre-vingts ans, mal aux genoux et un problème cardiaque qui provoque un essoufflement lorsqu'elle gravit l'escalier de plus de cent marches qui mène à sa maison niçoise. Elle en profite pour expliquer que, si elle vit à Nice et écrit en français, c'est à cause de Jacques, l'amour de sa vie, son défunt mari, pour qui elle, l'Américaine, a quitté Newark, New Jersey, où elle est née en 1945 - ville, dit son site internet, la plus moche des Etats-Unis, mais patrie de naissance de Stephen Crane, Philip Roth et Paul Auster -. Enfin, ce qui l'occupe surtout, c'est qu'elle se remet de l'opération au cours de laquelle on a remplacé la valve aortique de son coeur par celle d’un porc. Elle s'est renseignée auprès de son beau-fils orthodoxe et auprès d'un rabbin : c'est casher (permis) si ça lui sauve la vie.
Cependant, Susie se sent envahie par la gène, le remord et la culpabilité, à l'idée d'être en vie grâce à une partie de porc. Dans la culture et la religion juives, le porc représente l'interdit alimentaire le plus grand, et, si elle y réfléchit, symbolise assez bien de choses négatives. Non sans finesse et humour, elle perçoit bien l'ironie du destin : en effet, l'interdit alimentaire rabâché pendant l'enfance, eh bien, il est régulièrement bafoué lorsqu'elle craque devant une tranche de porc odorante ou un autre plat. Elle n'est pas la seule, d'ailleurs. Et, finalement, que connait-elle du cochon ? Quelle est sa place dans la culture juive ?
Ce livre est donc un récit au sujet des cochons et de Susie Morgenstern, 80 ans, le coeur réparé. D'ailleurs, elle est amoureuse de Georges ! Et elle reçoit un surprenant message - cochon - de feu son cher Jacques ...
Cette petite histoire est bien sympathique, Susie Morgenstern n'a rien perdu de sa plume légère, drôle, intelligente et porte toujours des lunettes roses en forme de coeur
Petit bémol pour l'évocation d''Israël vers la fin. On sent bien que le délicat sujet est évité pour conserver une vision idéalisée de ce pays, sans doute pour s'éviter des débats et une obligation à prendre position en 2025. Et aussi parce que ce n'est pas le sujet.