Un spectre hante le roman de Kev Lambert : celui du capitalisme.
L’éblouissante Céline Wachowski, architecte de renommée internationale, dévoile enfin le Complexe Webuy, le premier grand projet public qu’elle réalise pour Montréal, sa ville. Aussitôt, les critiques fusent : on accuse Céline de détruire le tissu social, d’accélérer l’embourgeoisement des quartiers, de péchés plus capitaux encore.
Prise dans la tourmente, l’architecte est sommée de réagir.
C’est la classe dominante que Kev Lambert met en scène ici, des gens au sommet de leur discipline et qui pour la première fois risquent de perdre pied. Quelle fiction se racontent-ils pour justifier leurs privilèges, pour asseoir leur place dans un monde qu’ils ont eux-mêmes bâti ? Dans une prose leste, Que notre joie demeure fait entendre les points de vue et pensées secrètes de ses personnages, tout en peignant le portrait clairvoyant du Montréal d’aujourd’hui.
Kev Lambert, auparavant connu sous le nom de Kevin Lambert, né le 17 octobre 1992 à Montréal, est un écrivain québécois.
En 2017, il publie son premier roman, intitulé Tu aimeras ce que tu as tué, et en 2018, Querelle de Roberval, tous deux aux éditions Héliotrope. Son troisième roman, Que notre joie demeure, publié chez Héliotrope en 2022 au Québec et au Nouvel Attila en 2023 en France, est lauréat du prix Médicis 2023.
désolée très fort à toutes les personnes qui aimeront ce livre mais ça représente vraiment tout ce que je déteste en littérature et l'inverse exact de pourquoi je passe mon temps libre à lire c'est plat c'est froid ça se prend au sérieux "critique cynique et satirique des classes dominantes" alors moi je vois juste énormément de phrases de trois cents (chiffre non exagéré) mots de long qui se trouvent trop bien pour s'octroyer des points et des tartines descriptives sur l'architecture I mean bravo superbes recherches théoriques c'est top en attendant je repasserai quand les personnages manifesteront des sentiments palpables parce que la description minutieuse des travaux du centre Webuy à Montréal tu m'excuseras mais ça me fait moyennement frétiller les ischio-jambiers - PS je précise oui il y a une recherche oui il y a une maîtrise oui c'est un parti pris mais on ne me forcera pas à trouver ça cool une littérature où la seule chose humaine que l'on puisse trouver est le nom de l'auteur sur la couverture
Winner of the Prix Médicis, Prix Décembre, and Prix Ringuet 2023 In Querelle de Roberval, Lambert shows the working class on strike and gives us a young, beautiful, queer, antihero protagonist inspired by the infamous Querelle de Brest. Que notre joie demeure is the mirror image to this story, as it shows the upperclass trying to navigate our changing cultural climate, and the text does so with quite some nuance. Our protagonist Céline Wachowski is a world-renowned architect, a bona fide celebrity with her own tv show, but when she embarks on the project to build the new headquarters of a company called Webuy in Montréal, the tide suddenly changes.
Lambert illustrates dynamics that by now have become familiar to us: First, Céline, a social climber who defied the odds in a male-dominated field (in many ways, Lambert plays with the ridiculous grandiosity of The Fountainhead), is perceived as an innovative icon, then she gets blamed for speeding up gentrification and the shit storm starts: Former employees complain to the press, her overseas suppliers are scrutinized and she is held accountable, etc.pp. The story is framed with two scenes that show the circles around Céline coming together and discussing the state of their world before and after the incident, and especially the ending ponders how we all are caught up in a web of guilt, dependency, and hypocrisy. Is Céline innocent? No. But who can really throw the first stone?
Lambert frequently shows Céline reading À la recherche du temps perdu, and their text also indulges in lengthy, calm descriptions of circumstances and scenes, showing the mores of the upperclass, but, as the protagonist observes: "Proust was wrong in imagining the decline of a social class that is thriving more than ever." I see what Lambert is doing aesthetically, but really, the many descriptions and explanations of socioeconomic and architectural backgrounds were testing my patience, especially in those framing scenes that give us pages and pages of conversations in indirect speech - yes, it underlines the alienation and the seemingly immovable status quo, but it's also exhausting to read.
Still, Lambert is one of the most interesting Canadian writers working today, and I'm curious what they'll come up with in the future.
Voilà! J'ai écrit une critique, publiée sur marxiste.qc.ca, de cet excellent roman. La voici dans son intégralité pour ceux que ça intéresse.
QUE NOTRE JOIE DEMEURE: DUR DUR D'ÊTRE BOURGEOIS!
Kevin Lambert nous ouvre les portes closes du monde des ultra-riches avec son excellent dernier roman, Que notre joie demeure. On y suit Céline Wachowski, une célèbre (et extrêmement riche) architecte montréalaise, qui se retrouve dans la tourmente après que son dernier projet, construit dans Parc Extension, soit accusé de contribuer à la gentrification. Puis un mouvement social éclate, ponctué de grèves étudiantes et de manifestations. Tout au long du récit, nous pouvons suivre les déboires de Céline et de plusieurs autres personnages, comme son bras droit Pierre-Moïse, ou encore Gabriela, jeune stagiaire qui subit la pression de la part de sa boss « starchitecte ».
Sorti au Québec à l’automne 2022, ce livre « hanté par le spectre du capitalisme », comme le souligne la quatrième de couverture, a ensuite été couronné en octobre et novembre 2023 de deux prix littéraires français prestigieux, le prix Décembre et le prix Médicis. Ce succès est bien mérité. Non seulement s’agit-il d’une œuvre fouillée qui, par sa beauté, enrichit le lecteur, le roman est aussi une déclaration politique forte : dans son exposition impitoyable de la vie des riches et puissants, il donne des munitions à tous ceux qui veulent mettre fin aux injustices et à l’exploitation.
Invitation chez les riches
À travers ce roman, Kevin Lambert nous permet d’apercevoir des gens dont on parle souvent, mais dont on ne connaît rien de la vie réelle : la classe dominante et ceux qui gravitent autour d’eux. Dans une longue et délectable scène d’ouverture, on fait la rencontre de Céline lors d’une fête d’anniversaire dans un luxueux condo – probablement situé dans une de ces fameuses tours hors de prix du centre-ville de Montréal qui restent à moitié vides à des fins spéculatives. Lambert crève l’illusoire bulle de bienséance entourant ces bouffons qui nous gouvernent : complètement saouls, les invités se lancent dans la piscine du salon, ruinant une robe à plusieurs milliers de dollars; un « ancien premier ministre en procès pour diffamation contre le gouvernement du Québec » se déhanche et « déboutonne sa chemise pour laisser apparaître une bedaine velue ».
Ce ton moqueur et cynique imprègne le roman du début à la fin. Lambert, qui a par le passé appelé à la dépossession des grandes richesses, est impitoyable avec ses personnages. Cette partialité ne dévalorise pas l’œuvre au contraire; elle permet à l’auteur d’exposer les riches sous toutes leurs coutures et donc de dresser un portrait bien plus vrai de leur vie que n’importe quel ouvrage soi-disant « neutre » ne le ferait.
Comment pense un bourgeois?
Tout de suite en ouvrant le livre, on remarque l’écriture : de longues, très longues, phrases, au ton lyrique. On reconnaît l’influence, maintes fois soulignée par Kevin Lambert, de la grande écrivaine québécoise Marie-Claire Blais. Blais, décédée en 2019, est connue pour son cycle Soifs, dans lequel les phrases interminables presque dénuées de ponctuation permettent d’accéder à la vie intérieure des personnages – à la manière du « courant de conscience », une technique notamment développée par des écrivains comme Virginia Woolf et James Joyce.
Le lecteur qui tombe sur ce style pour la première fois se sentira presque assurément essoufflé, mais, s’il redouble d’efforts, il sera récompensé. Car on a alors accès aux joies, aux peines, aux craintes et à la honte des personnages, ce qui nous permet d’explorer les mille et une justifications que s’inventent les riches pour être en paix avec eux-mêmes. On accuse Céline Wachowski de contribuer à la gentrification — mais n’est-elle pas une femme de gauche, sensible aux demandes de ceux-là mêmes qui la critiquent? On critique ses investissements louches — mais n’est-elle pas une victime des machinations du système financier international? Il faut bien placer son argent quelque part…
La psychologie des personnages est ici présentée dans toute sa complexité et ses contradictions. À plusieurs reprises, jusqu’aux plus privilégiés d’entre eux nous font pitié, englués dans des impératifs de rentabilité qu’ils contribuent eux-mêmes à maintenir. Le roman nous rappelle que même eux sont aliénés dans la société capitaliste où la production pour le profit prime sur tout. Mais à travers leurs peines, ce qui ressort toujours est leur hypocrisie : s’il est vrai que les bourgeois individuels ne sont que des rouages dans l’engrenage d’un système qui les dépasse, lorsqu’ils pensent à leur troisième maison, leurs contrats faramineux, ou leur trésor à l’abri du fisc aux Bahamas, nous nous rappelons qu’ils profitent de ce système et n’ont tout simplement pas envie de s’y opposer. Leurs chagrins sonnent creux.
C’est justement cette hypocrisie qui était complètement passée au-dessus de la tête de François Legault en 2022 lorsqu’il avait publié une critique généralement favorable du livre. Le premier ministre avait écrit qu’il appréciait cette « critique nuancée de la bourgeoisie québécoise » dans laquelle « des groupes de pression et des journalistes cherchent des boucs émissaires à la crise du logement à Montréal ».
Kevin Lambert avait avec justesse qualifié cette prise de position de Legault de « minable ». « Il faut lire les yeux fermés pour ne pas voir comment le portrait de la ville qui est dépeint dans le roman va à l’encontre des politiques destructrices, anti-pauvres, anti-immigrants, pro-propriétaires et pro-riches de votre gouvernement », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux. « On sait déjà tout le tort que votre gouvernement, la classe sociale qui le constitue et qu’il représente, fait au tissu social. »
Comme la fictive Céline Wachowski, notre bien réel François Legault a réussi à se faire croire qu’il n’est qu’un « bouc émissaire », et n’a rien à voir avec les problèmes de la société. L’hypocrisie et la fausse conscience des bourgeois débordent des pages du livre même! Y aurait-il une meilleure démonstration possible du propos du roman?
Où sont les masses?
Dans le livre, on ne suit pas que les pensées des bourgeois : de temps en temps, dans les craques du récit, se glissent des personnages plus « ordinaires ». Une jeune militante pour le logement fait du vélo. Amalia, une travailleuse d’une compagnie de nettoyage, réfléchit en passant le chiffon.
Ce dernier exemple est particulièrement intéressant. Alors qu’elle se prépare à passer l’aspirateur, Amalia se remémore ses souvenirs de ses études en histoire de l’art où elle étudiait Bruegel l’Ancien. Elle réfléchit au chaos de la société et à comment le vieux maître, par ses peintures, « harmonisait la grande cacophonie du monde » dans ces œuvres. Cet épisode court, mais émouvant, dévoile l’intelligence des gens de la classe ouvrière et à quel point leur vie intérieure est tout aussi riche que celle de ceux qui les exploitent.
Le hic, c’est qu’on ne retrouve pas cette même richesse dans les actions politiques posées par les masses. Lorsque les travailleurs et les jeunes en lutte sont dépeints, c’est généralement en arrière-plan. Et lorsque, vers la fin du roman, des militants prennent les devants de la scène, c’est sous la forme d’une « action directe » stérile d’un petit groupe qui, de façon évidente, ne change rien aux racines du problème. L’action politique peine à dépasser le cadre individuel.
Que leur joie s’effondre – faisons la révolution!
Il est vrai qu’un roman n’a pas à être jugé comme le serait un manifeste politique ou une analyse socio-économique. Il ne vise pas la même exhaustivité. Tout de même, si le roman nous permet de nous imaginer comment vivent les riches, il ne nous aide pas beaucoup à imaginer comment y mettre fin.
À ce titre, Que notre joie demeure s’insère dans un courant culturel récent, avec des films comme Parasite ou Triangle of Sadness, ou encore des séries comme Succession: il fait une critique cinglante des puissants, mais ignore complètement comment les renverser, voire refuse de croire qu’un meilleur monde est possible. Ce courant reflète la prise de conscience chez des couches grandissantes de gens de l’impasse de la société capitaliste, en même temps que l’absence de direction offrant une solution révolutionnaire. Résultat : de plus en plus d’artistes abordent sans détour les thèmes du capitalisme et de l’exploitation, mais très rares sont ceux qui pointent vers la voie révolutionnaire; trop peu envisagent une sortie du capitalisme. Cela donne des œuvres critiques, cyniques, souvent drôles, souvent enrageantes – mais il faut chercher ailleurs les solutions aux problèmes dépeints.
Ni Kevin Lambert ni son œuvre ne sont à blâmer d’appartenir à cette mouvance. C’est à nous, révolutionnaires, de nous organiser dans le monde réel – c’est seulement ainsi que les portes de sortie et la réelle possibilité d’une révolution commenceront à prendre forme dans la tête des artistes, des travailleurs et des jeunes.
Que notre joie demeure est une lecture passionnante pour tout révolutionnaire. Retenir contre cette œuvre qu’elle n’offre pas un programme politique tout fait serait exagéré : c’est notre travail de l’élaborer. Cette critique impitoyable de ceux qui détruisent nos villes et nos vies est belle, riche, bien travaillée, irrévérencieuse et perspicace. Simplement pour les sentiments de juste indignation qu’elle provoque, elle mérite d’être lue. Celui ou celle qui le fera n’en sortira que galvanisé pour les luttes à venir.
Au début, j’ai carrément haï le style trop alambiqué, les phrases interminables, je voyais juste un auteur qui étale sa richesse de vocabulaire et sa recherche de sujet. Je comprenais mal l’engouement autour du livre en 2023. J’acquiesais avec les mauvaises critiques en ligne.
J’ai continué à lire, en m’habituant peu à peu au style d’écriture corsé, pas évident. Et les qualités du livre se sont révélées tranquillement, totalement. Un livre hautement réfléchi, qui dresse un portrait tellement intelligent et lucide de notre société d’aujourd’hui. Et c’est fait de manière fluide et unique, au fil des longs paragraphes. La lutte des classes, l’immobilier, le carriérisme, la politique, l’art et le journalisme sont autant de prismes au travers desquels on est amené à regarder notre société québécoise et toutes ses contradictions.
Le tout est porté par une belle variété de personnages et une constante ligne floue entre les deux côtés de la médaille. Impressionnant travail d’écriture. Un grand livre.
La profondeur du plongeon dans la psyché d’une femme architecte émérite, qui trône au sommet de la hiérarchie capitaliste, et des individus qui gravitent autour d’elle, est épatante. Une critique ironique et satirique moderne du monde des ultra riches, qui évite le piège des clivages manichéens. J’adore la nuance qui m’a forcé à éprouver de la compassion pour le sort d’une artiste devenant le bouc émissaire d’un système dominé par un club sélect. Les intérêts s’entrechoquent dans un monde où l’individualisme règne en maître insidieux, érigeant des systèmes justificatifs protégeant l’ego et la bonne conscience. Superbe.
Oh que j’ai tergiversé. Le verdict : il vaut la peine de s’accrocher. Vraiment. Par contre, le niveau de lecture est relevé. Ce qui a empêché le 5 étoiles c’est l’accessibilité. C’est dense et ardu. Tenez vous le pour dit.
Les 200 premières page sont pénibles, puis les 200 autres un page turner. Alors au final, tout d’emboîte et on fini par être fière de l’œuvre globale. L’auteur a tissé un fil conducteur avec une grande finesse. La richesse de ce livre c’est sa capacité à passer d’un personnage à l’autre avec une fluidité déconcertante, et ce, malgré les phrases interminables et les chapitres quasi inexistants.
Pour tout dire, je me suis accroché, mais ai du déclarer forfait aux deux-tiers du livre. Contrairement à la plume vive et aux arcs dramatiques forts de ses deux premiers livres, Lambert nous entraîne ici dans un récit extraordinairement bavard et, pour ce lecteur-ci du moins, lassant. Je garde espoir pour le prochain tome.
En littérature comme ailleurs il faut dépasser ses préjugés. Et je dois avouer que sur ce point, Kevin Lambert m’a donné une bonne leçon. Lorsque j’ai vu apparaître son visage dans les journaux et sur les écrans suite à la polémique déclenchée par son collègue écrivain Nicolas Mathieu à propos de l’intervention d’un sensitive reader – et donc d’une suspicion de censure, gros mot de la littérature – dans le processus d’édition du livre du québécois. La polémique a souvent l’effet inverse de celui recherché et un doute a commencé à poindre dans mon esprit. Et si je passais à côté de quelque chose ?
L’écriture est déroutante au premier abord. Le début du livre surtout et sa narration portée par le vent emporte le lecteur jusqu’à presque l’étouffer. Mais il faut résister car cette tempête de phrases se calme peu à peu, pour laisser la place à un flot bien plus facile à suivre. Alors on ne peut qu’admirer le travail de l’auteur qui excelle dans plusieurs registres, celui de l’écriture, de la construction de son livre et de la connexion avec son époque. Cette dernière qualité s’explique facilement par sa jeunesse, mais il faut tout de même être doté d’une sensibilité exacerbée pour en capter tous les signaux – ce n’est pas pour rien qui revient longuement sur Proust. Pour le reste, paradoxalement, ce sont souvent des signes de la maturité et il faut dire qu’il est impressionnant de maîtrise – même si certains pourraient lui reprocher d’en faire un peu trop. Ses personnages sont simplement esquissés et pourtant parfaitement incarnés alors qu’il aurait facilement pu tomber dans les stéréotypes. Le prisme de l’architecture qu’il a choisi pour articuler son roman constitue, avec l’urbanisme, le point névralgique des clivages sociaux et des marqueurs de classe. Que notre joie demeure, que les privilèges ne soient jamais abolis. C’est l’un des meilleurs romans que j’ai lu cette année.
Le sujet est bien traité, mais la forme est vraiment lourde. Pas de paragraphes, pas de chapitres. Ça donne un rythme étouffant, ce qui est probablement le but, mais ça enlève du plaisir et rend la lecture stressante.
Un roman fouillé, riche en réflexions, comme une grande fresque mouvante dans laquelle on prend place et dans laquelle on est souvent décoiffé, fasciné par les points de vue des personnages. J'ai trouvé que l'auteur réussissait à aborder des enjeux complexes et variés sans aucun ton trop forcé ou didactique. Il y a évidemment des descriptions ici et là mais au final, j'ai trouvé le rendu tellement juste et écrit avec finesse.
J'ai trouvé ce roman un peu dense et corsé a priori dans sa première partie (la fête de Dina), ou la forme m'a rappelée avec bonheur Marie-Claire Blais (surtout Petites cendres ou la capture - longues phrases, fresque de personnages aux identités diverses sur fonds d'inégalités sociales). Les très longues phrases dans lesquelles les virgules donnent le tempo créent un rythme saccadé et rapide auquel j'ai mis une centaine de pages à m'habituer pour ensuite le trouver riche et incontournable. La dernière partie du livre m'a semblée époustouflante, surprenante.
Certains éléments suscitent encore des questionnements pour moi, comme ce fameux courant d'air qui s'insinue dans une multitude de scènes, la fleur qui pourrit et son parfum et la définition de vengeance.
J'ai trouvé le personnage de Céline absolument fascinant du début à la fin. J'ai aimé lire sur le thème de l'architecture. Je lis rarement un roman deux fois, mais je planifie relire celui-ci pour mieux capter ses nuances et messages.
Je viens d'arrêter exactement à la moitié. Pus capable. Long, verbeux et pédant sans raison. Je n'ai pas pu déterminer si c'était un brûlot anticapitaliste, un roman pseudo philosophique ou un exercice de style visant à montrer la grande connaissance du français de l'auteur. J'avais pourtant aimé "Tu aimeras ce que tu as tué".
Des trois romans de Kevin Lambert, c’est sans doute celui que j’ai le moins aimé – ce qui signifie que je l’ai « juste » trouvé excellent : il faut dire que la barre était placée démesurément haut avec Querelle de Roberval, alias ma plus grosse claque littéraire de ces dernières années.
Céline Wachowski, célèbre architecte montréalaise, dévoile le projet censé être le couronnement de sa carrière : le complexe Webuy (équivalent d’Amazon dans l’univers du roman). Rapidement, la controverse éclate quant aux retombées sociales du projet – à la grande surprise de Céline qui, bien qu’ultrariche, se considère encore comme étant de gauche…
L’histoire se découpe en trois parties, qu’on pourrait très grossièrement résumer à « avant, pendant et après » le scandale. La première partie, qui décrit une fête mondaine sur près de cent pages, m’a d’abord parue moins forte et plus longue à démarrer que le plongeon brutal dans les deux romans précédents de l’auteur. Une impression d’autant plus marquée que Kevin Lambert, avec les très longues phrases de cette première partie, rend à l’une de ses autrices fétiches Marie-Claire Blais un hommage stylistique un peu trop appuyé pour mes goûts personnels.
Il m’a fallu arriver à la deuxième partie pour être véritablement rassurée – enfin, rassurée, façon de parler. Disons plutôt pour retrouver ce qui m’avait tant plu dans Tu aimeras ce que tu as tué et dans Querelle de Roberval : l’impression d’assister, phrase après phrase, à une implacable succession d’événements, marqueurs d’une violence sociale inouïe, jusqu’à un point insoutenable où le drame ne peut qu’éclater. La troisième partie renoue stylistiquement avec la première, mais cette fois, la lecture a coulé toute seule, soit parce que cet aspect est moins marqué, soit parce que j’étais véritablement rentrée dedans.
La plongée dans la psychologie des personnages et l’analyse sociologique est encore une fois incroyable et percutante. L’auteur a le don pour nous dépeindre la réalité intérieure des personnages, leurs failles, leurs distorsions cognitives, l’influence plus ou moins consciente et assumée de leur milieu social, et les idées toutes faites qu’iels ressassent et auxquelles iels se raccrochent en croyant mener de profondes réflexions intellectuelles sur la société (on se reconnaît parfois là-dedans et c’est assez embarrassant). On avait déjà cet aspect dans Querelle de Roberval avec des personnages issus des classes populaires. Mais ici, l’auteur nous montre que les classes supérieures, si instruites et éduquées soient-elles, n’échappent pas à ce travers – et c’est même pire, dans la mesure où leur instruction, leur éducation et leur richesse les amènent à se croire plus intelligent·es que les autres, alors qu’iels ont simplement plus de pouvoir. Et même leurs bonnes intentions et leurs bonnes actions ne suffit pas à compenser les ravages que cause le simple fait qu’iels soient si riches.
Avec le dénouement, Kevin Lambert semble vouloir éviter de faire redite avec ses romans précédents ou de tomber dans une surenchère grotesque après Querelle de Roberval. Les choses sont amenées plus subtilement, la violence est plus insidieuse, parfois même pas perçue comme telle par les personnages – et c’est là tout le point du roman. On gagne en finesse ce qu’on perd en catharsis. Étrangement, c’est une des raisons pour lesquelles je pense que des trois romans de l’auteur, c’est celui-ci le plus abordable pour le grand public, bien qu’il soit (à mon avis) le moins percutant.
Je suis partagée entre 2 étoiles et 3. J’ai souffert et trouvé ma lecture horriblement longue. Les phrases sont interminables. Je comprends l’exercice de style, mais ici je ne trouve pas que ça ajoute, au contraire. Les 100 premières pages auraient, selon moi, pu être réduites à 10. Ensuite, j’ai trouvé le sujet super intéressant et je croyais, à tort, que le verbillage cesserait. Erreur, les parties intéressantes, soulevant de grandes réflexions sur les disparités sociales, sont tellement entrecoupées de descriptions inintéressantes, alourdissant le propos, que je n’y ai trouvé à peu près aucun plaisir.
Je trouve ça vraiment dommage. Le sujet est tellement intéressant et d’actualité que ça aurait pu être une de mes meilleures lectures de l’année. Certains aimeront certainement le style, pour moi ça a été un repoussoir incroyable.
J'aurais vraiment aimé aimer ce livre, or, en dehors du vocabulaire recherché de l'auteur et des tournures de phrases que j'ai beaucoup aimées, je dois dire que l'histoire ne m'a pas accroché du tout. Le rythme est lent, extrêmement lent. Par exemple, les 100 premières pages se déroulent la même soirée et ne sont composées presqu'exclusivement de descriptions. Cela dit la thématique est intéressante et fait réfléchir, il n'y a aucun doute là-dessus !
What a book. Lambert, in one masterful and utterly precise impalement, skewers the wealthy, the woke, and the fascists alike, exposing both the hypocrisies and the humanity of every party. What makes this such a feat, an accomplishment, is that he does this without once speaking didactically, never using his characters as mouthpieces to inject his own, or any, sense of blanket morality. One could argue it’s not even Lambert doing the skewering: he’s simply created, through this book, a microcosm of the urban Western world with non-caricaturistic characters who act in ways we recognize and through this accurate portrayal, expose themselves in their continued acts of self-righteousness and victimhood.
Written in a rollicking style that resembles Krasznahorkai at times, we bounce from perspective to perspective in sentences and pages that go on without pause. The opening scene of the book goes on for 70 pages as it details a lavish birthday party, introducing us to this world of the elite that is already at this point beginning to fracture, showing premonitions of what is to come. Lambert, as an author, is a maximalist, writing with an excess that matches the ideas of the novel.
Lambert has imbued this world of billionaires and activists with nuance, making readers uncomfortable as he humanizes the 1%, diving deep into their psyches and thinking to show the fears, the human at the core, while never shying away from the consequences of wielding such power and wealth, “I’m a good billionaire” she says to herself while lives are ruined, the pawns the proletariat become in the eternal struggle to boost one’s own career, to make happy the shareholders that forever demand more and more.
But it’s not the activists, the detractors, who are heroes in this story, it’s not as simple, not as black and white as that. Their anger is palpable and justified, the injustices of the world that they learn about on Instagram, that they remember maybe reading an article about fuel this resentment, the causes they fight for are noble and worthy, eat the rich they chant, “capitalist whore” they scream at the guilty, but their lack of a collective focus, their “clean consciences, but empty heads” hinders the creation of an effective solution, of a plan that will bring about tangible results.
There are no heroes and there are no answers, Lambert merely holds up a mirror to Western society, reflecting back to us the capitalistic mess we find ourselves in.
One of the most accomplished books I’ve read this year.
The architecture that interested her, which was at the core of Ateliers C/W's mission, was an art of the people; was not architecture the weightiest, the most costly, the most dependent on the political sphere of all forms of artistic expression, but also the most accessible and most democratic? A building, Céline wanted to believe, could transform people's lives, a neighbourhood's vigour, could insert a little beauty into the daily lives of men and women who came its way, her art demanded considerable resources, but it also had the power to ease the suffering and relieve the monotony of existences, to elicit deep, buried feelings, to give individuals a sense that they were part of something greater than themselves.
May Our Joy Endure is Donald Winkler's translation of Kev Lambert's Que notre joie demeure, winner of the Prix Médicis, Prix Décembre and Prix Ringuet, and longlised for the Prix Goncourt, in the original.
The novel centres around Céline Wachowski, approaching her 70th birthday, a Pritzker Prize winning, leading world architect, billionaire entrepreneur and Netflix celebrity, friendly with Hollywood stars, but also, in her mind, with a strong social conscience and sense of purpose, as per the opening quote.
As the novel opens, her latest project is coming to fruition, finally awarded a major commission in Montreal, where she lives, to design and build the HQ for a multinational tech company Webuy. But she is engulfed in protests about gentrification and the unaffordibilty of housing, the business model of firms in which she has invested, and, as she personally becomes a target, tax avoidance, and ends up being dismissed by the Board of Directors of her own firm, now a listed company.
The novel's style is distinctive, but built on strong literary pillars. The opening chapter is a bravura 69 page depiction of a high-society party, told in lyrical prose, with the point of view switching between characters in a modern version of Mrs Dalloway, although I believe Lambert's inspiration is also Marie-Claire Blais' Soifs.
Proust also plays a key role, as, suddenly without the demands of running her practice, Céline decides to tackle À la recherche du temps perdu, and in this extended passage she compares Proust's world to her own:
She continues to read The Guermantes Way every night before going to sleep, the horrors shamelessly unleashed by the characters so they can shine in society put her in mind of the old emails she has reread. Céline believes that if the people, the little people, had known what was being said in the salons, if they had known well the world Proust describes, there would likely have been a second French Revolution at the end of the nineteenth century, vague memories of The Political History of France return to her, the Paris Commune, the Black Band, the villainous laws, the social context then was explosive, it's unfortunate that the militants were buffoons most of the time, they even embodied the typical buffoon, thinks Céline, a militant reads nothing that will challenge his simplistic vision of the world, especially not literature, being too attached to his schematic representations of human experience, Manichean social relationships, do not the most popular films today portray heroic struggles against the "forces of Evil"? The Webuy affair would have been much more interesting if the activists had possessed an ounce of intelligence. Her copy of The Guermantes Way is from Gallimard's Collection Blanche, a quality, large-format book that she rests on her pillow because it gets too heavy for her wrist. In the end, nothing has really changed since Proust's time, most people in big business claim they have sprung from nowhere, artisans of their own success, making no mention of their parents who were doctors, bankers, senior civil servants, the private school education in big cities; the aristocracy still exists, several French politicians of her acquaintance have a hereditary "de" in front of their names and head an enterprise they own dating from the Middle Ages, in some barony acquired in battle by dukes of the same bloodline as those who will always remind you of their noble beginnings after two or three meetings, imbued with false humility or exaggerated shame (if they're on the left), betraying a yen for those premodern times, Céline can almost hear in their voices the distant tears of long-gone monarchs protesting, just before being guillotined, the legal manoeuvres that have dethroned them. Today no one goes to Balbec, those seasides have been taken over by the middle classes who have imposed their bad taste on all the beaches; you seek out, rather, private lakes a few hours from a big city, overpopulated and ravaged by human constructions, where you can hardly swim in peace without being struck by a yacht, boats abound on those sullied waters where toxic algae bloat, gorged with gasoline and Chardonnay let spill by chance.
Although she notes that one contrast is that in Proust's world to be rich is to be, or have the option to be, indolent, whereas in her 21st century milieu, work is all consuming.
It's to Lambert's credit that he makes Céline a sympathetic character, and indeed I found myself perhaps falling into the trap of Quebec Premier François Legault who made appreciative comments on the novel on Twitter, seeing it as a well balanced discussion, and Céline a scapegoat.
Which led to a fierce retort from Lambert: "En pleine crise du logement, alors que votre gouvernement travaille à saper les derniers remparts qui nous protègent d’une gentrification extrême à Montréal, mettre mon livre de l'avant est minable."
But having an interest in architecture, my favourite passages were those centered around Céline and her works, and when (in the words of a protege) she is 'forcing herself along the punishing path where the free and high-flying imagination encounters the concreteness of representation, the limits of materials and of human capacity' - although Céline has found, as Jeremy Till advocates in Architecture Depends, a way to bridge the gap between what architecture actually is and what architects want it to be.
3,5 - J'ai beaucoup aimé la plume, beaucoup aimé l'hommage au style de Marie-Claire Blais ainsi que les accents proustiens. J'ai aussi apprécié le propos, la condamnation du capitalisme et l'ironie du dit récit. Nous entrons ici dans la tête d'une femme ultrariche qui est persuadée de faire le bien par ses projets, sans comprendre l'impact sur les gens ordinaires. Ceci dit, j'ai manqué un peu de liens entre les différentes parties mais le parti pris pour illustrer le propos est original et pertinent. C'est loin de mon domaine et je suis zéro connaissante en urbanisme et tout ça, mais j'ai du mal à voir des solutions constructives à tous ces problèmes... c'est un peu... désespérant!
Ce roman est écrit de façon très intelligente, très subtile, bien orchestrée. Le message qui y est contenu est clair pour quiconque a des yeux. Il s’agit de plus d’un remarquable exercice de style, de passer l’ensemble de ce message à travers les pensées et paroles d’un groupe de gens qui disent et pensent exactement l’inverse, et ce, sans leur faire avoir l’air fou, sans tomber dans la parodie. Ceci était dit, j’ai eu proche d’aucun plaisir à la lecture de ce livre. C’était extrêmement froid pis long. C’était bourré de beaucoup plus de descriptions architecturales que ce que j’aurais souhaité lire dans toute une vie. La plume, surtout dans la première partie du livre, est insupportable. J’avais envie de corriger la syntaxe du manuscrit. Je comprends la figure de style utilisée mais pousse égal. Je me suis forcée à la finir d’une traite aujourd’hui pis j’ai l’impression d’être sortie de prison. Je félicite l’auteur pis je pense qu’il a de quoi être très fier mais en même temps je recommanderai jamais ce livre à personne.
4,25- Un très bon livre. Je suis en complète admiration devant la prose. J’ai un peu moins aimé la fin qui était bouclée un peu trop vite pour moi. Reste que j’ai beaucoup aimé ma lecture et j’ai hâte de lire les autres livres de Kevin Lambert!
Dans ce roman, on plonge dans l’univers de Céline Wachowski, une richissime et influente architecte montréalaise de renommée mondiale. La trame de fond est intéressante, différente et donne envie de poursuivre la lecture. On peut facilement juger Céline de par ses agissements et ses choix, mais on aime Céline de par sa vision. C’est plein de contradictions sociales et c’est fascinant.
Je donne 3.5⭐️
Ps je recommande de lire ce roman d’un trait. J’ai malheureusement trop pris de temps à le lire à coup de 10 pages et on perd facilement le rythme. L’absence de chapitre à certains moments et les phrases hyper longues peuvent facilement nuire à un lecteur fatigué qui lit avant le dodo.
Écrit de main de maître! Une rare incursion dans le psyché de la caste dominante, j’ai adoré. Le livre mérite toute l’attention qui lui est donnée, et c’est un 4.5 étoiles à mon sens. La scène initiale de la fête donne le ton, et l’image du coup de vent qui se faufile rapidement entre les convives est habile, et donne le tempo pour le reste le livre. J’avoue que le rythme a cependant finalement réussi à me donner le tournis. Le narrateur omniscient passe de la perspective d’un individu à un autre avec tellement d’aisance qu’on a l’impression de faire partie d’un tournage dont la caméra bouge autour des personnages sans cesse. Le narrateur est distant; les protagonistes sont aimables et raisonnables, sans pour autant qu’on se sente particulièrement inquiétés de leur sort. Mais somme toute, une lecture qui en vaut vraiment la chandelle!
Lambert sait indéniablement écrire, mais parfois un peu trop. Les grandes et belles images ne sont pas toujours le chemin qui sied le mieux au propos. Quelques idées semblent arriver de nul part pour disparaitre aussitôt ou revenir le temps de boucler le livre un peu en répétition (Le cahier de son père, Proust, le magnolia).
J’ai beaucoup aimé, mais j’aurais dérivé plus vite vers la fin et malheureusement je ne sais pas à qui vendre ce livre à la librairie.
C'est un grand Riopelle, ce livre là...give me 2 minutes to think about it, damn! Le doute est pas dans le narratif mais vraiment dans l'appréciation pure et dure, genre what sticks and what falls from that wall where all that painting is being done
4 ⭐️, car le niveau de lecture est quand même assez élevé, mais c’est un beau défi!
Le début du roman a un rythme très lent: par exemple, la première partie (d’une centaine de pages) relate les évènements d’une seule soirée en s’immisçant dans les pensées des différents personnages. Le tout comporte beaucoup de descriptions et des phrases, ma foi, excessivement longues en plus des chapitres qui sont presque inexistants.
Cela dit, ça vaut vraiment la peine de le terminer. C’est une lecture engagée qui fait réfléchir et qui dépeint très bien les enjeux de notre société vue sous un angle nouveau. Malgré que ce soit le roman de Kevin Lambert que j’ai le moins apprécié, j’ai tout autant été captivée par son style singulier, sa recherche rigoureuse et son talent indéniable!
Ce n'est certainement pas un livre qui se lit en deux soirées, mais c'est un livre qui m'a épatée par sa nuance, son ton contestataire sous-jacent, sa poésie, ses thèmes, mais également par sa grande compréhension des concepts complexes d'architecture, d'urbanisme, de littérature et des rapports à la richesse. Bravo Kev!