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Le Crépuscule de la veuve blanche: Une enquête de la cellule Sakura

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Rien ne sert de mourir, il faut savoir disparaître. Un youtubeur suscite l'engouement en remettant en lumière l'histoire de la Veuve blanche, une tueuse en série aujourd'hui disparue qui a terrorisé Tokyo au début des années 2000. Lorsque Junichi Kudo, détective privé dont le destin a été broyé par cette femme apprend que d'autres crimes ont été commis selon le même modus operandi, il décide d'enquêter. Il s'engouffre seul dans le monde des "évaporés", où la Veuve blanche pourrait avoir trouvé refuge. Bientôt, il disparaît à son tour. Hayato Ishida et Noémie Legrand, de la cellule Sakura, partent sur ses traces. Ils plongent dans les méandres d'un Japon fracturé et mettent au jour un puzzle funeste, où les fantômes d'hier continuent de hanter le présent.

400 pages, Paperback

Published October 8, 2025

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Cyril Carrère

12 books8 followers

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Displaying 1 - 4 of 4 reviews
Profile Image for Aude Bouquine Lagandre.
725 reviews224 followers
November 6, 2025
Après « La colère d’Izanagi », Cyril Carrère poursuit son exploration de la société japonaise dans « Le Crépuscule de la Veuve blanche ». Au Japon, une série de morts brutales finit par dessiner l’ombre d’une tueuse en série surnommée la Veuve blanche. Quelques années plus tard, suite à une vidéo YouTube qui provoque la disparition du membre fondateur de « Total Life Support », une agence de détectives privés, une petite cellule d’enquête rouvre ce dossier. La cellule Sakura, déjà rencontrée précédemment, et ses deux enquêteurs, Hayato Ishida et Noémie Legrand, remontent le fil de deux affaires : le parcours de la Veuve blanche et la disparition de Junichi Kudo. Une occasion parfaite pour Cyril Carrère de photographier la société japonaise et de plonger son lectorat dans un univers envoûtant.

Il est fascinant de savoir qu’au Japon, il est possible de disparaître sans laisser d’adresse, un phénomène qui concerne plus de cent mille personnes par an. Le jōhatsu ou disparition volontaire, permet d’échapper à une dette, à des violences dans le cercle privé ou public, ou à une honte (le déshonneur est en effet une disgrâce terrible dans une société où il ne faut jamais perdre la face). Ainsi, il y a dans « Le Crépuscule de la Veuve blanche » la description précise de cette économie parallèle avec ses codes : la yonigeya, personne qui organise la fuite, les faux papiers, les itinéraires, etc. Il s’agit ici de montrer les coulisses des « évaporés », de se mettre dans leurs têtes, au cœur de leurs émotions et de leurs fuites. Souvent, disparaître est synonyme de survie.

Cyril Carrère met ainsi en lumière les invisibles et les fractures sociales dans un pays qu’il connaît fort bien puisqu’il y vit. Derrière une image très policée, il nous ouvre les portes d’un Japon « de l’intérieur ». Le paraître vacille, la vitrine de perfection se fissure… et quoi de mieux que le polar pour raconter les angles morts ?

En marge des grandes villes grouillantes survivent des travailleurs précaires et des structures d’accueil de fortune. La clandestinité de ces disparitions volontaires se paie au prix fort, et à travers « Le Crépuscule de la Veuve blanche », une enquête qui commence par une vidéo « true crime », il dépeint une réalité de la société japonaise et démontre combien le droit local protège la vie privée. Cela veut dire qu’on ne cherchera pas celui qui a décidé de s’évanouir. Où sont les limites de ces zones grises entre loi et protection ? Que penser de ces yonigeya qui aident à la disparition ?

Car « disparaître » implique de laisser en héritage des retombées intimes, et souvent empoisonnées. Le désarroi de ceux qui restent est immense… « Disparaître » s’apparente alors à une mort symbolique.

 « Le Crépuscule de la Veuve blanche » avance sur deux rails parallèles. D’abord, un présent balisé qui se situe en 2024. Ensuite, grâce à des retours dans le passé datés, qui comblent des lacunes, éclairent des méthodes ou révèlent des mobiles. Le lecteur voit ainsi l’horloge tourner, et reconstitue, petit à petit, un puzzle qui apparaît assez flou au début du roman. Ce travail sur la temporalité formalise une délicieuse incertitude. Sans créer de confusion, et sans perdre son lecteur, Cyril Carrère joue la carte de la cohérence progressive, et non du twist à tout va. Plus la chronologie se densifie, plus les différents mobiles changent de couleur.

Dans le paysage du polar, Cyril Carrère se distingue par un ancrage documentaire important. Le jōhatsu est un système restitué par une écriture précise où les procédures et ses acteurs sont dépeints avec soin. Cette rigueur qui permet de faire évoluer une intrigue criminelle en une plongée socio-culturelle apporte au lecteur francophone quelque chose de dépaysant, mais aussi d’instructif.

On pourrait même dire que « Le Crépuscule de la Veuve blanche » dialogue à la fois avec un lieu, mais aussi avec une époque. Le rôle de Genji fait remonter à la surface une affaire oubliée de tous. C’est par une vidéo, des commentaires, une communauté que l’affaire revient dans l’espace public. Et c’est bien révélateur de notre époque…

La mécanique de l’intrigue ne tourne jamais à vide, et c’est ce qui fait sa réussite. « Le Crépuscule de la Veuve blanche » regarde les victimes, les proches, les anonymes, les survivants. Le roman sait s’attarder sur les existences minuscules, celles qui ne comptent pas. Là où d’autres écrivains convoqueraient une avalanche d’atrocités, Cyril Carrère suspend le spectaculaire pour faire naître l’empathie.

Ce choix bouscule le lecteur puisqu’il lui est demandé de ressentir des émotions pour une meurtrière qui a tué pour des raisons plus que discutables, mue par un sentiment de jalousie féroce. Remonter l’histoire d’Ayumi pour comprendre la genèse de ses crimes rend possible l’attachement, et c’est grâce à ses relations avec sa fille, qu’elle peut baisser le masque de la cruauté. « Le Crépuscule de la Veuve blanche » maintient le poids des crimes tout en livrant un texte non manichéen : toutes les couches de souffrance de cette femme empêchent le lecteur de se rabattre sur son seul compas moral. Cette sensation, étrange, d’être du côté de la « méchante » permet à chacun de s’interroger sur son empathie. Et c’est là, précisément, que le talent de Cyril Carrère se déploie. Il a mis en place un dispositif narratif qui multiplie les prismes et les points de vue. Ensuite, il a nourri ce mécanisme avec les thématiques précises citées plus haut.

« Le Crépuscule de la Veuve blanche » s’impose comme un polar documenté, humain, qui laisse à voir une autre face d’une même pièce. L’angle des jōhatsu permet à la fois d’informer d’une pratique et de retisser des destins. Le montage temporel est d’une belle clarté qui nourrit fort bien le suspense, sans en faire des tonnes. En mettant en lumière ces existences qui ont décidé de vivre hors cadre, dans un Japon policé, Cyril Carrère nous invite à voir au-delà de la surface. Dans le polar français, il apparaît très clairement que Cyril Carrère a trouvé sa patte. Il conjugue avec brio réalisme social, et recherches in situ pour nourrir ses intrigues. J’ai hâte de savoir ce qu’il nous prépare pour la suite. À suivre de très près !
Profile Image for Sonia Pupier Goetz.
859 reviews36 followers
December 5, 2025


« Rien ne sert de mourir, il faut savoir disparaître. » Jean Baudrillard

Cette phrase, que le lecteur découvre en début de roman, résume à merveille l’atmosphère que l’on va trouver entre les pages de ce nouveau récit de Cyril.

Un voyage au cœur du Japon, entre ombres et disparitions

Venez avec moi, je vous embarque pour un voyage fascinant au cœur du Japon, à la fois moderne et ancestral, lumineux et terriblement sombre.
Cyril Carrère, auteur français expatrié au Japon, connaît son pays d’adoption comme peu d’étrangers le peuvent. Il en restitue les contrastes avec justesse : la frénésie des mégapoles, la solitude des individus, la pression sociale et ce besoin viscéral de disparaître.

« Ils étaient installés dans un de ces petits bistrots typiques, coincés sous les rails de la gare de Shimbashi, où le fumet des grillades et des plats en sauce se mélangeait aux relents d’alcool bon marché. »

Ce roman est la suite des enquêtes de la cellule Sakura (cf. « La colère d’Izanagi »), mais il peut se lire indépendamment. Dès les premières pages, Cyril nous facilite d’ailleurs la plongée dans son univers : il reprend la liste des personnages et ajoute une carte du Japon, deux éléments précieux pour se remettre dans le bain et situer les lieux clés de l’intrigue. Une attention rare et bienvenue, surtout dans un récit aussi dense et immersif.

Un polar inspiré du Japon des « jōhatsu »

Au centre du roman, un thème à la fois méconnu et bouleversant : celui des jōhatsu, littéralement « les évaporés ». Ces hommes et femmes qui, écrasés par le poids de la honte, des dettes ou de l’échec, choisissent de disparaître volontairement de la société japonaise.
Cyril aborde ce phénomène avec une sensibilité et une précision remarquables. Il interroge le besoin d’effacement, la disparition comme acte de résistance ou de survie dans une société où l’individu peine à exister.

Dans ce contexte, la Veuve blanche, tueuse en série disparue depuis des années, devient presque une figure mythologique : un fantôme issu d’un Japon malade de ses silences.

L’intrigue : entre passé et présent, entre réel et légende

Tout commence lorsqu’un youtubeur sensationnaliste ravive la légende urbaine de la Veuve blanche, une criminelle ayant terrorisé Tokyo au début des années 2000.
Lorsque de nouveaux meurtres surgissent, imitant son mode opératoire, Junichi Kudo, détective privé, reprend l’enquête. Son obsession le mène dans le monde clandestin des évaporés, ces disparus volontaires. Puis, à son tour, Kudo disparaît…

C’est alors qu’entrent en scène Hayato Ishida et Noémie Legrand, enquêteurs de la cellule Sakura, déterminés à le retrouver. Leur investigation les entraîne dans un Japon fracturé, tiraillé entre son passé et sa modernité, où chaque disparition révèle un pan d’une société en souffrance.

Un regard d’expatrié, entre lucidité et tendresse

Ce qui frappe dans ce roman, c’est la justesse du regard de Cyril sur le Japon. Loin des clichés touristiques, il offre une vision intime, nuancée, presque documentaire.
On sent l’observation de terrain, la connaissance du quotidien japonais, de ses codes, de ses non-dits.
Mais il y a aussi une vraie tendresse dans sa manière d’évoquer la solitude, la loyauté, le poids de la honte.

Les lecteurs attentifs s’amuseront à repérer quelques clins d’œil complices : des pseudos d’internautes, @Lebel_et_labête ou @Ronek_Olive, allusions transparentes à Nicolas Lebel et Olivier Norek, que tout amateur de thrillers connait.

Des personnages habités par leurs fantômes

Les personnages de Cyril ne sont jamais de simples archétypes de flics ou de tueurs.
Junichi Kudo est un homme abîmé, rongé par la culpabilité et l’échec. Hayato Ishida et Noémie Legrand forment un duo d’enquêteurs crédibles, complémentaires, que l’on prend plaisir à retrouver.
Quant à la Veuve blanche, elle plane sur tout le roman telle une ombre fascinante, à la fois troublante et magnétique. Elle semble avoir dépassé sa propre légende, devenue le fantôme d’un Japon qui engloutit ceux qu’il ne parvient plus à sauver.

Un style maîtrisé, à la croisée du polar et de la littérature japonaise

Cyril possède une plume fluide, précise, visuelle. Ses descriptions sont à la fois poétiques et nerveuses, alternant entre l’intensité du thriller et la lenteur contemplative d’un roman d’atmosphère.
Le rythme, bien que parfois ralenti au cœur du récit, trouve toujours sa justification : c’est le temps de l’attente, de l’observation, de la perte.
Le suspense est maintenu jusqu’à la dernière page.

Une construction temporelle savamment orchestrée

Cyril joue habilement avec le temps. Le roman alterne entre plusieurs temporalités, un choix narratif qui densifie l’intrigue et renforce le mystère.
Chaque époque dévoile un pan de l’histoire : les origines sanglantes de la Veuve blanche, les répercussions sur ceux qu’elle a brisés et les conséquences bien des années plus tard.
Ce va-et-vient temporel crée un effet de tension et de miroir, où le passé éclaire le présent et où chaque révélation vient redéfinir notre compréhension des personnages.
Cette construction maîtrisée donne au roman une belle épaisseur psychologique et émotionnelle, tout en maintenant le lecteur dans une attente constante.

Et si disparaître était une forme de survie ?

Ce que j’ai particulièrement aimé dans ce roman, c’est cette immersion totale au cœur du Japon contemporain, entre ses contrastes culturels, ses non-dits et ses zones d’ombre. Cyril nous fait voyager bien au-delà du simple polar : il nous pousse à réfléchir à notre propre rapport au monde, à la fuite, à la disparition.

L’intrigue, finement orchestrée, m’a tenue en haleine du début à la fin, mais c’est surtout l’originalité du sujet qui m’a profondément marquée. À travers ces évaporés, l’auteur interroge notre besoin de sens, notre manière de faire face à la douleur ou à l’échec. En refermant le livre, je me suis surprise à me demander : dans certaines situations, ne serions-nous pas tentés, nous aussi, de tout quitter, d’effacer nos traces ?

Ce roman nous renvoie une image troublante de nous-mêmes, à mi-chemin entre la peur du vide et le désir de recommencer ailleurs…

A lire absolument si vous aimez les enquêtes sensibles et les histoires qui font réfléchir autant qu’elles captivent.

« Il faut que tu aies un rêve. Quelque chose qui te feras te lever le matin, pour lequel tu te battras et qui te permettra de tenir, même quand tout s’effondrera autour de toi. »

#LecrépusculedelaVeuveblanche #CyrilCarrère #Denoël
Profile Image for Patricia B..
97 reviews
December 16, 2025
Une intrigue minutieusement construite, dont la chronologie complexe et la multicité des points de vue qui s'enchaînent laissent entrevoir les rouages. Peu importe. Qu'il est bon de se laisser porter par cette plume au style simple, efficace, dosant très bien suspense & details culturels. Les personnages sont attachants... même si l'alternance des points de vue fait qu'il n'est pas facile de décider à qui s'attacher. Mais au final, quel beau voyage que ce roman !
Profile Image for Katell Le Doaré.
25 reviews
January 18, 2026
Je découvre cet auteur et c’est une belle surprise ! Malgré quelques phrases qui ont pu me sortir un peu de l’immersion car trop littéraires, j’ai pris énormément de plaisir à me plonger dans cet univers japonais, et surtout découvrir le monde des évaporés.
Displaying 1 - 4 of 4 reviews

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