Le hasard a fait que j’ai d’abord lu Retour à Killybegs, que j’ai beaucoup aimé.
En lisant Mon traître, je n’ai donc pas découvert toute cette période de l’histoire irlandaise, l’IRA, la lutte, les horribles conditions de détention des prisonniers politiques, la misère mais aussi la camaraderie et la solidarité au sein de cette classe ouvrière . Je me suis replongée dans cette ambiance avec plaisir et j’ai essayé de me mettre à la place de ce « petit français », Antoine, qui se prend de passion pour cette Irlande du Nord si éloignée des clichés folkloriques, au point de se considérer comme un membre à part entière de cette communauté, d’en épouser les luttes et d’en adopter les rites, avec pour figure paternelle le grand Tyrone Meehan, activiste de l’IRA et véritable héros de la lutte nationaliste. Une amitié qui grandit au fil des années et des séjours irlandais d’Antoine jusqu’à ce qu’éclate cette terrible révélation : depuis 25 ans, Tyrone est un traître à la solde des Anglais . Fracassante révélation qui laisse le petit français chaos debout : qui était donc le vrai Meehan, puis je encore croire en son amitié ou a t´il , avec moi aussi , joué un rôle, s’est il servi de moi ?
A peine fini le livre, j’ai repris Retour à Killybegs ! J’avais envie de me remettre dans la peau de Meehan, de voir les événements de son point de vue . Et j’en ai encore plus aimé la 2ème lecture !
On sait que cette histoire est en fait inspirée de la propre expérience de Sorj Chalandon et de l’ amitié nouée avec des activistes républicains à la faveur de ses reportages en Irlande comme journaliste. Sorj a bien eu « son » traître, Antoine est son double. Et ce livre , ces deux livres en fait, étaient pour lui une façon d’évacuer ces épisodes douloureux .
Eh bien, Sorj, je suis désolée de vous dire que j’ai le même ressenti que « votre traître » : Antoine « joue » à la guerre, il se déguise en Irlandais « Depuis que je lui avais acheté une casquette pareille à la mienne, vingt ans plus tôt , je l’avais toujours vu avec. C’était son déguisement d’Irlandais. À Belfast, il pensait qu’elle le faisait des nôtres. A Paris, il s’en servait pour se croire exilé. » « Il avait la casquette, les badges, mais aussi le frisson du clandestin ». J’ai trouvé son personnage un poil excessif (dans ses ses colères contre ses amis qui ne le comprennent plus, dans son engagement même dans la cause irlandaise ) et un peu décevant lors de son ultime rencontre avec Meehan.
En résumé, pour moi , Mon traître est un bon livre mais Retour à Killybegs est beaucoup plus prenant, va plus loin aussi dans l’explication qu’il donne de cette période douloureuse de l’Irlande du Nord, et il creuse davantage la question de la trahison et des dégâts qu’elle peut causer dans une vie... Il faut lire les deux et dans l’ordre de préférence, c’est encore une fois du très bon Chalandon !