" Si la guerre ne finit jamais, qui donc verra la fin des combats ? Qui donc verra la fin des larmes des veuves, de la détresse des orphelins, de la souffrance des pères ? Qui donc, si ce n'est ceux qui sont morts à la guerre ? " Fin d'année 1986, Paris est à feu et à sang. Il faut alors trouver rapidement un coupable pour calmer l'opinion publique. La piste Abdallah, bien que hautement improbable, est choisie, car la raison d'État prévaut souvent sur la vérité, comme le commissaire Caillaux ne le sait que trop bien.
À l'international, Michel Nada a fort à faire car les enjeux sont colossaux : la crise des otages qui dure depuis plusieurs années maintenant vient se mêler de manière toujours plus cynique à la course à la présidence de 1988 entre Mitterrand et Chirac.
Au Liban, la guerre reprend de plus belle après une brève accalmie, opposant cette fois les chrétiens entre eux, en plus de la lutte fratricide entre chiites, et le pays se retrouve bientôt avec deux gouvernements. Cette macabre comédie cessera-t-elle un jour ?
Dans le dernier volet de sa trilogie libanaise, Frédéric Paulin nous emmène jusqu'aux derniers jours d'un conflit long de quinze ans et qui, comme il avait débuté, s'achève dans le chaos, avec, comme toujours, le peuple libanais pour seul véritable perdant.
Que s’obscurcissent le soleil et la lumière – Frédéric PAULIN 12/09/2025
Troisième et dernier volet de la trilogie libanaise de l’auteur, j’ai eu plaisir à retrouver Phillipe Kellermann, Dixneuf et Sandra, mais aussi la famille Nada.
Le récit se déroule de 1986 à 1990, date officiel de la fin de la guerre du Liban qui aura duré 15 ans et 6 mois, vue s’affronter des frères et des voisins, réduit en cendre des quartiers entiers ainsi que le palais présidentiel.
Pendant ce temps à Paris, le juge Boulouque est empêché de faire la lumière sur les attentats qui ont ensanglantés Paris. Il a même eu droit à une caricature par Plantu dans Le Monde. Le juge apparait comme un homme seul fasse aux hommes politiques et à la Raison d’Etat.
Pendant 4 années, il a tenté de comprendre qui a posé les bombes à Paris et si l’Iran était impliqué. Il n’a pas trouvé de réponse.
J’ai eu de la peine pour Sandra qui ne peut aider son confrère, mais j’ai aimé qu’elle tombe amoureuse de Dixneuf en fin de carrière.
J’ai eu de la peine pour Kellermann tiraillé entre son ex-femme et Zia qui fait sa réapparition dans sa vie, fuyant le chef de l’organisation chiite Amal qui devient fou (il veut tuer les otages français plutôt que de les libérer, ce qui va à l’encontre des directives de l’Iran).
Grâce à cette trilogie, j’ai un peu mieux compris la guerre du Liban qui a vu sur son sol s’opposer des israéliens et le Hezbollah ; des syriens contre des chrétiens maronites.
J’ai été étonnée de découvrir que ce pays aurait pu devenir une préfecture syrienne.
En France, l’auteur décrypte les querelles de partis à l’Assemblée devant l’opinion publique, chacun se rejetant la responsabilité du désastre et tentant, au journal télévisé, de faire avaler des couleuvres.
J’ai adoré lorsque les RG découvre où se cache le groupe Action Directe et la réaction d’un policier qui la croise dans une supérette : « Putain, Ménigon est en train d’acheter des oeufs ! » (p.82). Il faut dire qu’ils avaient toutes les polices de France à leur trousse.
Après le problème Eurodif France-Iran, il y eu le problème Iran-Contra entre l’Iran et les Etats-Unis dans ces années-là.
J’ai aimé que l’auteur me fasse sentir à quel point le pays était devenu fou avec cette interminable guerre : un sapin de Noël a été planté entre deux lignes de front, il n’y a qu’à Beyrouth qu’une telle chose est possible. (p.159)
Une question reste en suspend : après la libération des otages, ni le Hezbollah ni les Iraniens n’avaient vu la couleur de l’argent. D’où ma question : où est passée la rançon ? (p.223)
L’auteur met en lumière le problème avec le Hezbollah : dès son apparition au Liban, il a mêlé effort de guerre et soutien social. Il défend les déshérités. Le parti a construit des écoles, des hôpitaux, des centres de soins et des cliniques dentaires, il s’occupe des familles des martyrs et des blessés. Le Hezbollah est un Etat providence à lui tout seul. Il a sans doute évité une plus grande catastrophe sociale chez les chiites. (p.245).
Encore une fois, Frédéric Paulin rend passionnant cette guerre fratricide sans perdre son lecteur.
Quelques citations :
Caillaux sait bien que la DST n’est pas une entité incontrôlée ou folle : elle cherche seulement à empêcher un nouvel attentat. C’est sa communication qui lui pose un problème : le mensonge à l’opinion comme politique, ça l’écœure. (p.44)
Régis Schleicher (membre d’Action Directe) a au moins permis ça : des magistrats spécialisés qui ne ploieront pas sous la pression des accusés. Et celle des ministres… (p.80)
Dixneuf voir surtout que le bordel libanais n’a plus aucune limite, si géographique ni temporelle. (p.90)
Les chiites se foutent de Georges Ibrahim Abdallah, dit Marchiani – Et si ça se trouve, ça les soulage même de le savoir en prison en France pour un bon bout de temps. (p.91)
Il a accepté que seule la Syrie puisse aider le pays à se relever. Mais le problème du Liban aujourd’hui, c’est que la Syrie n’y parvient pas. (p.210)
… dans son pays, les combats ne sont plus le moyen d’atteindre des objectifs stratégiques ou politiques, non, ce ne sont que l’expression pathologique de chefs de guerre, et des miliciens qui leur obéissent. Ces gens se battent entre eux uniquement pour affirmer leur présence. Les anciens alliés se retrouvent désormais ennemis et l’on se massacre au sein d’une même confession : chiites contre chiites, Palestiniens contre Palestiniens, et chrétiens conter chrétiens. (p.210)
… quand des mecs comme Mitterand, comme Chirac, ou comme Pasqua disent à un juge de laisser tomber, il laisse tomber. C’est ça, la justice. (p.267)
L’image que je retiendrai :
Celle qui ouvre et clôt la trilogie : ô mon frère, ô mon ami druze, ô mon voisin chiite ou sunnite, ô mon hôte palestinien, vois ce pays qui est le tien.
Dernier épisode, très attendu, de la trilogie de F. Paulin qui nous éclaire brillamment sur les enjeux de la Guerre du Liban au cours des années 70 et 80. Mais c'est aussi un regard critique porté sur la France de l'époque, ses compromissions et sa diplomatie, ses grandes manœuvres et ses petites combines.
Frédéric Paulin termine magistralement ici sa trilogie sur la Guerre du Liban avec le troisième épisode : Que s'obscurcissent le soleil et la lumière. Tout avait commencé en 2024 avec Nul ennemi comme un frère qui couvrait les années 70 puis 80. Ce fut ensuite, début 2025, Rares ceux qui échappèrent à la guerre qui nous rappelait les années 80. Ce second épisode se refermait sur le bruit de l'explosion de l'attentat de la rue de Rennes (en septembre 86) dont l'écho résonne encore lorsque débute ce troisième et dernier opus consacré à la fin des années 80 jusqu'à la libération des otages français et une nouvelle invasion du pays par la Syrie en 1989.
Comme dans toute bonne série, on a le plaisir de retrouver, aux côtés des personnalités bien réelles de l'époque, ces personnages de fiction qui vont continuer à nous servir de guides dans l'imbroglio libanais où se mêlent trop étroitement politique, guerre et religion : Kellermann l'agent de l'ambassade accro aux anxiolytiques et à la belle Zia al-Faqîh l'interprète chiite, l'arrogant Christian Dixneuf l'agent de la DGSE, la juge antiterroriste Gagliago et son mari des RG, les chrétiens maronites de la famille Nada, ... Aucun n'est tout à fait sympathique, chacun se débat dans une Histoire où les enjeux le dépasse et tous vont être particulièrement malmenés dans ce troisième épisode de la série. F. Paulin nous parle évidemment du Liban mais on (ré-)apprend également beaucoup de choses sur la France de l'époque, celle qui croyait encore tirer les ficelles de sa diplomatie : nous voici au cœur de la cohabitation Mitterrand-Chirac, dans les coulisses où se jouent les grandes manœuvres et les petites magouilles de Tonton pour sauvegarder son pouvoir et celles de la droite pour le reconquérir derrière Chirac et Pasqua. Il n'est jamais inutile de réviser un peu notre propre passé récent, même avec une vue depuis Beyrouth ! « [...] La guerre au Liban n’a jamais été que la guerre menée par des puissances étrangères à travers leurs pions libanais. [...] — Ma guerre ? Mais cette guerre, c’est aussi celle de la France. Celle des Israéliens, des Syriens, des Iraniens, des Français, des Américains, peut-être même avant d’être la nôtre. Dixneuf tire une longue bouffée de sa cigarette, recrache la fumée. — Votre guerre, c’est une putain de guerre mondiale, en fait. [...] Le Liban, ce grand bordel. Le Liban n’en finit pas de se faire la guerre. Les alliances, les mésalliances, les contre-alliances, les fausses alliances. Qui peut encore tenir la chronique de cette guerre ? »
Bien sûr c'est un roman, avec quelques personnages de fiction pour rendre notre lecture agréable, avec des espions et de l'action, des victimes et du suspense, des méchants et des gentils (euh, des gentils, y'en n'a pas beaucoup), mais ce n'est pas un thriller à la James Bond, c'est un roman à la belle façon de Frédéric Paulin : c'est l'Histoire avec un grand "H" qui nous est contée et les faits relatés sont méticuleusement vérifiés par cet auteur scrupuleux qui possède l'art et la manière de mettre tout cela en lumière pour notre bonne compréhension. Question de perspective. La trilogie de Frédéric Paulin fournit un éclairage politique et une vue analytique de l'histoire du pays. Désespérante mais analytique. « [...] Le chaos est, à nouveau, la seule solution qui s’offre. [...] Le chaos va s’ajouter au chaos. » Pour autant, on ne rejoint pas tout à fait le clan des très enthousiastes : au fil de ces trois épisodes, Frédéric Paulin nous semble avoir beaucoup hésité entre le roman (avec ses personnages de fiction, plutôt bien choisis) et la chronique historique (plutôt magistrale) et le lecteur ne sait jamais trop sur quel pied danser.
Ces lectures n'en demeurent pas moins des plus révélatrices du destin tragique de ce pays, véritable Moyen-Orient en miniature. Reconnaissons à F. Paulin le mérite de nous avoir permis de comprendre les enjeux des pays voisins (Syrie, Iran, Israël, ...), les compromissions de la France (ah le fameux prêt Eurodif !) ou celles des États-Unis (ah l'affaire Contra-Iran !), ou bien encore les origines du Hezbollah. Rien que pour cet éclairage donné, cette compréhension, cette trilogie du passé s'avère une lecture primordiale pour mieux saisir le présent et l'on regrette presque que la série se termine ici et que l'auteur n'ait pas encore osé aborder un passé plus récent. Le manque de recul nécessaire sans aucun doute, alors patientons, cela viendra sûrement ! « [...] Dès son apparition, le Hezbollah a mêlé effort de guerre et soutien social. Il défend les déshérités. Le parti a construit des écoles, des hôpitaux, des centres de soins et des cliniques dentaires, il s’occupe des familles des martyrs et des blessés, des nécessiteux, il aide à reloger les exilés ou ceux qui ont tout perdu, il développe des services sociaux parallèles. Dans la Dâhiye où l’État est plus absent encore qu’ailleurs au Liban, le Hezbollah est un État providence à lui tout seul. Il a sans doute évité une plus grande catastrophe sociale chez les chiites. Le Hezbollah est tout ici. »