« J’ai appris à naviguer comme j’ai appris à écrire : juste ce qu’il faut pour tenir le cap. Pas assez pour me préserver, et sans intention de prévenir les creux. » Ce livre, c’est l’histoire d’une fille qui se demande ce qu’elle fout là. Elle s’appelle Sarah et passe son temps à s’enfuir, à errer, pour en revenir souvent au même point. C’est l’histoire du « pou », une bestiole apathique installée dans l’esprit de Sarah, à l’affût de nouveaux plans foireux, et qui l’oblige à acheter un bateau. C’est l’histoire de ce bateau, Dune, un voilier éclopé, vieille bique à coque rouge, de ses mises à l’eau rocambolesques et d’une première traversée avortée qui se solde par un séjour aux urgences psychiatriques. C’est l’histoire d’un père terriblement attachant, fan de Renaud et d’orchidées, avec son accent vaudois, toujours prêt à inviter la Terre entière à partager une raclette. Un père malade, acculé à prendre la décision que redoutait sa fille : celle de renoncer à la vie pour en finir avec la souffrance. C’est l’histoire d’un suicide assisté. L’histoire d’un choix. C’est un deuil qui n’en finit pas, des années qui passent, des amis qui restent, des films en noir et blanc, un chat aveugle qui perd ses dents… Un roman aussi intime que picaresque, sans fard et sans pathos, où l’héroïne raconte sa douleur et ses doutes, ses joies et son envie de chanter quand même, en attendant qu’on l’emmène n’importe où, ailleurs, pourvu qu’il y ait du soleil et des glaces stracciatella.
Un récit autobiographique autour de son père, touchant et bouleversant. Je regrette de ne pas avoir lu Petite avant celui-ci, mais je pense que Emmenez-moi doit être plus intimiste, plus sombre aussi. À partir de la deuxième partie, le récit devient fort en émotion et on touche à un sujet sensible qui peu faire débat. Ce que je trouve intéressant ici c’est qu’il est traité dans sa réalité, sans filtre et aussi bien sur le « positif » que le « négatif ».
Lire Sarah Gysler, c'est toujours un sacré tourbillon. J'avais beaucoup aimé son précédent ouvrage, celui-ci aussi se lit cul sec en tournant frénétiquement les pages d'une histoire authentique et bien racontée. C'est touchant, sincère, brouillon, drôle et marquant.