SORTIE LE 20 AOÛT, retenez bien cette date, parce que lors de sa sortie, j’espère qu’il trouvera un grand nombre de lecteurs•rices convaincu•es.
Inutile de redire une millième fois l’histoire sordide et tristement ordinaire de Gisèle Pelicot, victime des viols lors de soumission chimique. Figure emblématique de courage et de détermination, Gisèle Pelicot est le nom que j’écrirai en entier pour qu’on se souvienne d’elle.
Dans ce livre, Marion Dubreuil, journaliste et dessinatrice judiciaire a suivi tout le procès de Mazan, en faisant des dessins croquis de ce qu’il se déroulait devant ses yeux. Elle y révèle dans ce roman essai, les vérités trop longtemps mises sous silence tout en faisant écho à d’autres affaires de feminicides, de viols.
Cette affaire a défrayé la chronique à raison, mais nous avons été bombardé de sensationnalisme, de gros titres et d’énormément de grossièretés, alors Marion Dubreuil remet un peu d’ordre dans ce chaos judiciaire.
Que ce soit avec des références à d’autres cas de viols, ou bien des chiffres édifiants, son statut nous permet de mieux appréhender cette affaire.
👉🏼 « L’assassinat d’une femme, c’est bien souvent l’autopsie d’une justice défaillante. » en mettant en lumière les failles et manquements de la justice et police, on y voit des trous béants, qu’on veut combler à notre échelle.
👉🏼 « Ce ne sont pas des monstres, ils sont des nôtres. » Importance de la démystification de la figure du monstre quant aux faits de viols et d’agressions sexuelles. Ces hommes sont ordinaires.
Pour toutes ces violences proteiformes, Marion Dubreuil apporte sa pierre à l’édifice en explorant une enquête qui a bouleversé le monde.
J’aimerais qu’on retienne que ce sont des œuvres de cette envergure qui font partie des éveils de conscience.
Un livre globalement intéressant, qui propose une réflexion pertinente sur l’affaire Mazan, mais aussi sur d’autres affaires judiciaires liées à des crimes sexuels. J’y ai appris plusieurs choses et certaines m’ont vraiment fait réfléchir. Dans l’ensemble, c’est donc une lecture enrichissante et plutôt rapide.
En revanche, j’ai été un peu dérangée par le style de l’autrice, que j’ai trouvé assez décousu. C’est une question de goût personnel, mais je préfère les ouvrages plus structurés : cela aide à mieux suivre le raisonnement et à ne pas se perdre dans le fil des idées. Ici, on a parfois l’impression de passer du coq à l’âne, ce qui finit par m’agacer.
Enfin, j’aurais aimé que le procès Mazan soit davantage développé. Le livre donne seulement quelques éléments épars, ce qui est un peu frustrant, surtout quand on considère que c’est le sujet mis en avant dans le titre — celui qui attire naturellement la lectrice ou le lecteur curieux d’en apprendre davantage sur cette affaire.
En revanche, ce que j’ai beaucoup apprécié, c’est que l’autrice précise clairement qu’il s’agit d’un essai, avec des réflexions personnelles. C’est très appréciable qu’elle le dise explicitement : cela permet au lecteur de replacer ses propos dans leur juste contexte, sans les prendre pour argent comptant.
Comme pour chaque affaire emblématique, il y a eu beaucoup de livres sur l’affaire de Mazan ; je note qu’il y a aussi eu beaucoup d’ouvrages sur ce qu’il en coûte de couvrir ce type d’affaire. Tous ces ouvrages viennent de femmes, je pense que ça n’est pas anodin. Pourquoi on s’inflige ça c’est une question que je me pose souvent (je travaille dans un métier qui fait que je suis beaucoup confrontée à l’actu, et je dois reconnaitre que je m’intéresse beaucoup aux faits divers en dehors de mon travail aussi) ; j’ai donc beaucoup apprécié de suivre la réflexion de l’autrice. Elle n’y parle pas que de Mazan et c’est très intéressant, elle nous parle d’autres affaires, de son rapport avec la justice et la police, de la manière dont les femmes victimes sont traitées par les institutions… Elle parle aussi de nous qui “consommons” du fait divers, on préfère les histoires un peu dingues de prédateurs mystérieux et monstrueux, le monstre qui se trouve dans la maison d’un côté suscite moins d’intérêt, et c’est aussi vrai chez les enquêteurs. C’est parfois un peu décousu car les sujets s’enchainent pas mal, mais il y a toujours un lien donc ce n’est pas quelque chose qui pose problème
C’est brillant, très bien écrit et ça raconte, bien au delà du procès Mazan, comment une journaliste se retrouve sans cesse confrontée par son métier à une justice patriarcale, qui soupçonne les victimes et ne les protège pas suffisamment.