6 août 2017, deux heures du matin. Les yeux collés par la fatigue, je termine mon quatrième “dernier chapitre avant d’aller dormir” sur Wattpad. Un simple scroll, geste devenu mécanique à force, m’amène sur une page de recommandations à laquelle je n’aurais d’ordinaire pas prêtée attention. Parfois, j’aime à penser que c’est le destin et sa main invisible qui ont accroché mes yeux à cette couverture. Un titre, une tagline, deux silouhettes bleutées sur fond blanc. C’est ce soir là que mon histoire avec Océane Ghanem a commencé.
En juin de l’année suivante, après avoir tari mes larmes avec le final de l’Âme Bleue, celle qui est devenue mon autrice préférée choisi d’en remettre une couche et de publier l’histoire de MKT, le meilleur ami un peu trop intense, un peu trop cassé, que j’aime autant que je le déteste. C’est là, dans les premières pages de cette nouvelle aventure, que j’ai fait la rencontre d’Ambroise Garcia Lopès. Dès ses premières mentions, j’ai su. J’ai compris. Et le développement de son arc narratif, sa manière d’évoluer en arrière plan des vies d’Heath, puis d’Inès, n’a fait que confirmer mon obsession pour ce personnage double, multiple, bien plus sournois et intelligent qu’il ne veut bien le faire croire.
Apprendre qu’il aurait droit à son propre tome, qui plus est comme point d’orgue d’une saga aussi déchirante et simplement géniale que celle des Oiseaux de la Liberté, a été à la fois le plus beau et le pire jour de ma vie. Parce que si c’est quelque chose dont je rêvais, quelque chose que j’ai attendu pendant 7 ans, et même en ayant en Océane une confiance aveugle quant à ce qu’elle peut accomplir avec sa plume, je savais également que ce livre signerait d’une part la fin d’une ère que j’aurais aimé être éternelle, et d’autre part la fin d’un mythe, puisqu’il allait nous plonger directement dans sa tête et nous révéler tous ses petits secrets – et oui, j’avoue, je n’étais pas sûre de le vouloir.
Je suis entrée dans ce tome 3 avec beaucoup d’appréhension, beaucoup d’excitation et des attentes qui crevaient le plafond. Je l’ai refermé un peu plus vide, un peu moins vivante que la veille. Une part de moi est restée entre les pages de ce roman et je ne sais pas trop comment continuer sans. La plume d’Océane, crue, dévastatrice, incisive, sublime, insuffle une vie, une volonté, à chacun des personnages, chacun des décors, chacune des scènes qu’elle a imaginé, met en scène des tableaux d’une brutalité séraphique, d’une beauté belliqueuse. Il y a une véritable magnificence dans le carnage qu’elle s’évertue à nous narrer, page après page, dans un jeu de narration sur deux époques, qui nous racontent deux histoires d’amour, deux histoires de vengeance, deux tragédies inéluctables, minutieusement construites par des personnages architectes de leur propre destruction.
Dire au revoir à cet univers, à ces personnages est très doux-amer, parce que leurs aventures, leur vie, ont rythmé presque une décennie de la mienne et, si eux resteront à jamais figés sur le papier, leurs noms et leurs derniers mots prisonniers de leurs épilogues, je n’ai d’autres choix que de continuer à avancer, et je ne sais pas encore comment faire.