En apprenant la mort de Marc-Alain Gauthier-Gagnon dans le journal, le narrateur commence à écrire cette histoire vieille de vingt ans. Une histoire à laquelle il ne pense pratiquement jamais. Il y a pourtant des choses à dire. Dire qu’à dix-sept ans, il était déjà trop vieux pour Marc-Alain, qui en avait trente-sept. Dire qu’il a vécu deux ans avec lui, à le désirer en vain, à l’attendre. Dire qu’il a découvert, longtemps après la rupture, les crimes sexuels de Marc-Alain, accusé d’avoir leurré des mineurs en se faisant passer pour une fille de seize ans sur Internet : Cindy_16. Les crimes avaient-ils déjà lieu à l’époque? Aurait-on pu le savoir? Avait-on des soupçons? A-t-on soi-même été une victime de Marc-Alain ? Dans Cindy_16, cette histoire resurgit, avec ses trous et ses doutes. C’est un objet brûlant, raconté à un bras de distance, avec les bons mots et les bonnes astuces. Il faut toutes sortes de ruses pour apprivoiser la langue et ses effets. Il faut toutes sortes d’inventions pour éviter la honte et le réel.
«Peut-être que Marc-Alain n’est pas autre chose que ça : une peur, un mirage, une chimère, une histoire empêchée, projetée, contournée, un grand vide qui prend de l’épaisseur à force d’être contourné et contemplé.»
Louis-Daniel Godin est né en 1987. Professeur au Département d'études littéraires de l'Université du Québec à Montréal, il enseigne la création littéraire, la littérature québécoise et l'approche psychanalytique des textes littéraires. En plus de se mériter le Prix Ringuet décerné par l’Académie des lettres du Québec, son premier roman Le compte est bon a été finaliste pour de nombreux prix, notamment le Prix Wepler, en France, le Grand Prix du livre de Montréal, le Prix littéraire des collégien·ne·s et le Prix du Gouverneur général.
C’est difficile de concevoir le nombre d’écueils (moraux, éthiques, esthétiques) que ce livre parvient non seulement à éviter, mais à transformer en tremplins vers d’autres seuils, d’autres points de vue, d’autres fulgurances. Un livre qui réfléchit énormément à ce qu’il veut ou doit ou pourrait être mais qui ne rechigne pas non plus à sauter sur l’occasion quand elle se présente. Avec CINDY_16, Louis-Daniel Godin a écrit une œuvre qui brille par et pour elle-même et qui en plus fait briller la littérature.
« Il faut bien toucher le soleil du bout des doigts pour mesurer le bras de distance qui nous en sépare. »
Dans ce 2e roman , Louise-Daniel Godin explore sa relation avec Marc-Alain, un homme avec qui il a partagé 2 années de sa vie entre ses 17 et 19 ans. Marc-Alain est aujourd’hui accusé de crimes sur des mineurs et l’auteur revient sur le temps qu’il a passé avec lui.
J’ai lu le premier roman de Louis-Daniel plus tôt cette année et j’ai beaucoup aimé le style d’écriture. C’est très original comme approche, il utilise l’écriture comme thérapie et outil de psychanalyse. Et c’est encore mieux exécuté dans Cindy_16. On sent l’auteur bien solide et ancré dans son écriture.
Un thème très touchant de ce roman est la découverte et l’exploration de sa sexualité comme jeune homosexuel. On peut tous y voir une part de nous-mêmes.
Un roman difficile, mais engageant à propos d'une question hyper-complexe: la victimisation.
Le narrateur découvre vingt ans après les fait que son ex-conjoint était un prédateur sexuel et à partir de ce moment, il recontextualise ses deux années de vie communes et découvre des comportements manipulateurs et parfois même criminels de ce dernier. Ce roman illustre à merveille à quel point ça demande un effort considérable de se concevoir en tant que victime après être passé à travers de moments à haute tension pour lesquels on s'est toujours blâmé, ne serait-ce que dans l'abstrait.
Le Louis-Daniel de Cindy_16 passe en revue une série de moments difficiles, voire blessants, mais pas nécessairement clairs. Un principe de la manipulation c'est d'entretenir le flou et le silence. Le Marc-Alain revu par Louis-Daniel est un expert là-dedans et ce n'est qu'en connectant les moments à travers les néant et les silences qu'un portait plus laid et difficile à accepter qu'il ne l'aurait voulu. Un roman bouleversant sans être manipulateur.
Je suis déchirée! J'étais totalement séduite par le roman en début de lecture. Les phrases courtes et hachées, les répétitions, le clivage du "je" et du "on", le discours méta-littéraire au sujet des difficultés de l'écriture, les voltes-faces subites de l'auteur qui révèle un subterfuge précédent, le sujet, son traitement pétri d'hésitation et de précaution; tout me plaisait. Je lisais sans m'arrêter. Or, passé la première moitié du roman, j'ai senti que le rythme s'altérait, que le récit perdait de son souffle. Les digressons se sont multipliées, et la narration s'est calquée plus franchement au modèle de l'association libre d'une cure psychanalitique - enfilant les anecdotes jusqu'à leur trouver un lien avec Marc-Alain. Cela m'a beaucoup moins convaincue, et les rouages de l'écriture sont devenus trop évidents à mon goût. Vers la toute fin, plusieurs chapitres m'ont paru superflus, me donnant le sentiment d'une conclusion confuse, qui ne s'est pas tout à fait trouvée.
Malgré tout, il est indéniable que Louis-Daniel est un auteur de grand talent. J'ai hâte de lire son prochain roman!
4 ⭐️ | « Au cinéma, une fois assis dans la salle, on ne peut plus reculer. On peut mais c’est difficile. On peut toujours quitter la salle en pleine projection, en plein milieu du film de notre vie, mais c’est rare qu’on le fasse. Il faudrait déranger tout le monde autour. C’est un peu ça, ces deux années de vie avec Marc-Alain : être assis dans la salle à vouloir que le film finisse bien, à pouvoir quitter la salle sans le faire. »
Une fois qu'on accepte le style littéraire de l'auteur, on se laisse porter par le récit. C'est très introspectif, très lent mais en même temps, la tête nous bourdonne de réflexion. L'histoire m'a beaucoup ramené à ma jeune vingtaine dans le village, me forçant à revisiter beaucoup d'événements oubliés avec une nouvelle perspective.
Groooooos coup de coeur. L'auteur écrit avec un recul à la fois intéressant et important. J'ai sincèrement apprécié l'éventails du nuances qu'il apporte, tout en dirigeant le.la lecteur.trice vers la conclusion. On ne tombe jamais dans la victimisation ou le drame, on reste dans les faits avec un regard froid et détaché qu'on lit rarement! C'est dérangeant, certainement, mais enrichissant comme lecture!
Un livre avec des thèmes vraiment importants sur l'abus, la manipulation, le concept de '' oui mais c'est quoi être une victime au fond ''. J'ai un peu moins résonné avec le style d'écriture qui utilise beaucoup la répétition.
autant j’ai moins apprécié le premier roman de cet auteur, car les répétitions m’étourdissaient et me faisaient décrocher, dans ce second manuscrit, je les trouve pertinentes, bien ficelées, intelligentes; qu’est-ce qui est vrai, de cette histoire? qu’est-ce qui est trafiqué? à vous de le choisir, ou d’y croire.
J'avais full aimé Le compte est bon. Je sais pas si c'est le sujet cette fois, mais j'ai moins embarqué rendue à la moitié, j'avais l'impression que ça tournait en rond. Je vais probablement me réessayer plus tard.
Louis-Daniel Godin a vraiment un style d'écriture engageant et dynamique, c'était difficile de décrocher de son premier livre et c'est encore vrai pour celui-là. Beaucoup de remises en question, de réflexions, de conclusions. Un sujet très difficile à approcher, surtout avec son angle, mais tellement bien réalisé.
"Parfois on pense qu'on a fait le tour d'une histoire, qu'on a tout réglé, que le compte est bon, et là on réalise qu'il faut la raconter deux fois, trois fois, quatre fois, cent fois. On réalise qu'il faut raconter chaque histoire plusieurs fois pour en faire vraiment le tour. je vais reprendre ça du début, quitte à revenir au désordre." j'ai adhéré à cette façon de raconter le mensonge ou la vérité, la vérité et le mensonge. C'est une histoire qui fait de grands cercles pour arriver à sa fin, comme Mathilde qui ne tourne pas à gauche, mais à la droite seulement, "car on peut se rendre à gauche en tournant trois fois à droite". Je suis ressortie de cette lecture non pas étourdie mais plutôt ébaubie par tant de talents.
J'aurais jamais cru dire ça, mais j'ai absolument adoré. Il faut savoir que moi et Le compte est bon on a une relation d'amour haine. Amour parce que j'ai aimé faire le prix littéraire mais haine parce que j'ai vraiment pas aimé le livre. Je n'aimais pas le style des répétitions et je peux le dire parce que j'en ai parlé avec le principal concerné: Louis-Daniel en personne. Tout ça pour dire que Cindy_16 m'a jeté à terre. J'ai tout aimé : les sauts dans le temps, l'auteur qui s'adresse au lecteur, l'écriture au "on", le sujet (important d'en parler!!).Bref vous avez pas fini d'en entendre parler, peut être mon pref de l'année même
une aventure méta-littéraire, l'aventure d'une écriture pascal planté et xavier dolan "marc-alain est une conséquence et non une cause. ma rencontre avec marc-alain est à la fois trop ancienne et pas assez. spéciale et ordinaire"
J'étais pour mettre 4 étoiles car jusqu'à la fin c'était vraiment bien écrit etc mais à la fin, on tourne en rond puis il se met à parler de sa mère biologique etc et ca a pas rapport avec ce livre !! Bref, ce livre est 30 pages trop long mais je vais lire d'autres livres de cet auteur.
Je sais pas si j’suis capable de passer au travers du style d’écriture répétitif qui me donnait l’impression que l’auteur essayait parfois de remplir des pages. (Sans rien enlever au sujet plutôt difficile)
La façon que l’auteur aborde ce sujet est intrigante, l’utilisation du pronom « on », le détachement et en même temps la réalité de ce qu’il a vécu durant ses 2 années avec cet homme, nous fait réfléchir . J’ai adoré être dans la tête de l’auteur.
3.5 J’ai adoré le sujet, les interrogations soulevées, la façon intelligente de construire le récit dans cet entre (entre vérité et mensonge, entre le je et le on) qui montre bien le doute au coeur de ce livre.
Je dois avouer être moins fan du style d’écriture basé sur la répétition (je me souviens que ça m’avait fait tiquer aussi dans son premier roman) et j’ai aussi trouvé que la fin n’aboutissait pas, les chapitres ajoutés après coup (comme le narrateur le dit lui-même, ne sachant pas trop comment boucler l’histoire) n’étaient peut-être nécessaires au final!
Dans ce récit l'auteur interroge sensiblement et sans voyeurisme la conscience qu'on a de soi-même, ce qu'on se tait à soi, l'inconscient et le conscient, le traumatisme ou pas, et l'adolescence en toile de fond. Ça partait bien mais j'ai dès le début eu un peu peur de cette prose répétitive qui me donnait à chaque ligne l'impression d'être au volant d'une voiture ne faisant que caler, mais je crois que l'expérience de l'écriture de ce récit à été comme telle pour l'auteur. Je m'y suis faite mais j'avoue avoir sauté des paragraphes et des paragraphes alourdis par ces répétitions (stylistiques?), et aussi parce qu'au fur et à mesure du livre, l'auteur digresse de plus en plus, cherchant dans son enfances les échos, les prémices, des indices annonciateurs de ce qui allait suivre et qu'il raconte dans le livre : sa relation avec un pédocriminel lorsqu'il avait 17 ans. Ainsi qu'en dissertant de temps à autre sur la littérature. Des éléments qui m'ont donc moins intéressée ou convaincue (que c'est injuste d'écrire ça à propos de la réflexion d'un autre sur lui-même et son expérience !) voire un peu sortie du récit, voire donné envie d'en finir... Est-ce le côté autofiction ?
Bref, j'ai un goût un peu amer car il me semblait que le projet était super dans le sens où le livre aborde des sujets que j'ai l'impression d'avoir peu vu traités en littérature.
Allô la dynamite 🧨 Je me suis laissée emporter par ce livre qui touche une multitude de thèmes peu abordés. Je m’arrête ici pour ne brûler aucun punch, il faut découvrir à l’état brut.
« L'écriture est comme cette longue respiration qu'on prend pour remplir les poumons, pour sentir les parois, pour toucher l'anxiété; cette respiration qui enveloppe la douleur sans l'enrayer, se superpose à elle, donne l'impression de la toucher, d'en être l'artisan. Et quand elle n'est plus là, la douleur, on n'est pas convaincu, on a peur qu'elle soit quelque part, à l'intérieur, au fond, en attente de se manifester. On veut vérifier si la douleur est encore là. Alors on prend un grand respir, pour y toucher, à la douleur. On peut faire ça à l'infini. Et on est soulagé, un peu, de la retrouver la, la douleur. On ne veut pas vraiment la laisser partir, ça impliquerait qu'elle revienne n'importe quand. »