Quarante ans plus tard, le roman de Blaise Ndala revisite le « combat du siècle » entre Mohamed Ali et George Foreman en 1974 au Zaïre. Plus qu’un récit sur la boxe, c’est l’histoire de l’Afrique au lendemain de la décolonisation. Dans un style vif et incisif, l’auteur nous montre l’envers du décor d’un combat mémorable.
La musique, la poésie et la magie servent à nous faire découvrir les Africains sous un jour étourdissant. Ils sont drôles, élégants, pugnaces. Tout y est: les relations campagne-ville, la dictature, la folie des grandeurs, les classes sociales, les croyances diverses, ce qui donne un caractère universel à l’œuvre.
Le personnage principal, Modéro, quitte son village pour Kinshasa dans le but de se joindre à un légendaire groupe musical. Le jeune homme y vivra des aventures et des mésaventures jusqu’à ce qu’il se retrouve dans le sillon d’un proche du président dictateur qui s’est offert le combat de boxe tant attendu et qui prétend remplacer Senghor en tant que guide du monde noir. L’éminence grise du tyran parie sur Ali, ce qui lui permettra d’obtenir un poste de délégué à l’ONU, à New York. Modéro le suivra et s’installera aux États-Unis. Son fils, Modéro Jr, y connaîtra un succès retentissant dans le style de musique rhythm and blues.
Blaise Ndala est né en 1972 en République démocratique du Congo. Il a fait des études de droit en Belgique avant de s’installer au Canada en 2007. Il y a publié deux romans remarqués, J’irai danser sur la tombe de Senghor (L’Interligne, 2014, prix du livre d’Ottawa), et Sans capote ni kalachnikov (Mémoire d’encrier, 2017, lauréat du Combat national des livres de Radio-Canada et du prix AAOF).
J’ai été « envoutée » par la plume et l’histoire de ce premier roman de cet auteur d’origine congolaise vivant à Ottawa. Le récit se construit à partir d’un événement historique : le combat entre Mohamed Ali et George Foreman à Kinsasha en 1974. La musique, particulièrement la rumba congolaise, est au cœur de ce roman porté par le personnage principal Modéro, un villageois congolais d’abord victime de nombreuses kinoiseries (actions des racketteurs kinois peu enclins à aider les nouveaux arrivants) qui finira par s’élever au-delà de ses misères grâce à un ami musicien rencontré dans la rue et surtout, le savoir chamanique de son grand-père. En fond de scène, le régime autoritaire de Mobutu au temps du Zaïre et de l’affirmation postcoloniale. Un coup de cœur.
Un livre très intéressant (malgré quelques passages qui le sont moins) qui se termine d’une façon très créative. Pour ceux qui ont vu Kinshasa, on y sent vraiment la nature des gens de la place. Et plus encore pour ceux qui suivaient le monde du sport à l’époque du « Rumble in the jungle », en 1974.
J’y ai également vu le nom d’une ancienne collègue (sa première lectrice, selon les notes de l’auteur), avec qui j’ai travaillé en Afrique peu après la parution de ce livre - une autre coïncidence qui nous montre combien le monde est petit.