On voudrait nous faire croire que la poésie n’est que douceur inutile et bonté impossible, beautés incompréhensibles et ruineuses, aspirations prétentieuses, charabia, gaspillage, enfantillages, rimes quétaines, littérature. Mais notre vie serait-elle pas plus intelligible, plus lumineuse, plus habitable si nous ménagions un peu d’espace pour accueillir une certaine magie de l’existence? Véronique Côté entreprend le fragile inventaire des traces de notre besoin de poésie sous toutes ses formes, miraculeusement intact sous les couches de gros bon sens, de pudeur, d’individualisme et de déception.
Je m’attendais à un essai ou à une réflexion sur la poésie dans son sens principal, i.e. littéraire. Je trouve inacceptable qu’un ouvrage arborant le mot « poésie » sur sa couverture soit finalement un manifeste moralisateur et cheap sur la beauté, ou sur le fait d’être sensible à celle-ci, ou sur le fait que les militantEs de gauche sont les gentilLEs de l’histoire, et que les seuls poètes dont il soit rapidement question soient Miron et Godin.
L’auteure confesse que lorsqu’elle lit de la poésie, c’est en tant que touriste. Dans ce cas, pourquoi publier un livre sur ce sujet ? Je ne comprends pas. Admirer des rayons de soleil, voir la beauté présente dans la nature, être émue en regardant les flocons tomber, ce n’est pas de la poésie; c’est être sensible. Mais non, attraper des papillons et s’extasier devant un tracteur, ce n’est pas de la poésie. Et utiliser le terme uniquement dans ce sens, c’est faire ce que l’auteure condamne justement à un moment de son ouvrage: vider un mot de son sens, l’utiliser selon la mode du moment, contribuer à sa mort.
Je ne peux concevoir que l’auteure s’aventure dans une vision personnelle de la poésie tout en n’étant pas apte à mettre de l’avant les causes sociales ayant par exemple inspiré les poètes. Pourquoi ne pas avoir même daigné faire des recherches de base sur le sujet ? Le Québec regorge d’exemples exceptionnels: Nicole Brossard et les droits des femmes, Josée Yvon et son intérêt pour les travailleuses du sexe, Anne-Marie Alonzo et les individus en situation d’handicap, Marie Uguay et les relations hommes-femmes, les droits des autochtones et Joséphine Bacon, etc. De nombreux et nombreuses poètes s’inspirent ou se sont inspiréEs des injustices et du monde qui les entourent à l’international (Mohammed al-Maghout, Hyam Yared, Anne Sexton, Sylvia Plath, Carole David, Huguette Gaulin, Gary Klang, Frankétienne, Hélène Monette, Maya Angelou, etc.) et ne pas en faire mention, ne pas même effleurer le sujet, c’est démontrer hors de tout doute sa méconnaissance en la matière et c’est manquer de respect envers les poètes, les « vrais », ceux et celles qui s’assoient et qui écrivent, qui se donnent corps et âme à leur écriture dans le but de toucher, de choquer, d’inspirer, etc.
Les poètes changent le monde, « pour de vrai ». Et par « poètes », je ne parle pas ici de celles et ceux qui se considèrent désobéissantEs parce qu’ils et elles aiment compter les lucioles l’été et prendre des bains chauds l’hiver.
Un regain de l’amour du terroir, la beauté, les petits bonheurs du quotidien et de la nature. On pense aller en profondeur mais on ne reste qu’en surface.
"Je croyais que mon besoin de poésie était une chose intime, personnelle, mais commune, dans le sens de partagée, de normale, de régulière. Je croyais que ce besoin brûlait au cœur de chacun d’entre nous – qu’il faisait partie du kit de base des besoins, en quelque sorte. Avoir besoin d’un toit, de chaleur, de nourriture, d’amour, d’éducation, et de poésie. Je l’ai cru longtemps. Puis, devant toutes sortes de fêlures, petites et grandes, je me suis surprise à peut-être cesser d’y croire – ils ne devaient pas ressentir ma soif de poésie, ces conducteurs qui s’amusaient à faire peur aux cyclistes sur la route, à l’invitation d’animateurs de radio encourageant publiquement ces âneries; ils ne devaient pas avoir besoin des mêmes lumières que moi, ces dirigeants de pétrolières s’apprêtant à saccager la plus belle île du Québec, et s’en félicitant à belles dents dans ma télévision; ils devaient avoir oublié leur désir et leur foi des débuts dans le service public, ces politiciens qui avaient ouvert toutes grandes les portes de cette scandaleuse dépossession collective. C’est là que se loge l’erreur, la mienne, et celle de plein de monde. Celle de se croire tout seul de sa gang. Celle de perdre confiance. Celle de renoncer à voir ce qui brille au fond des gens, même ceux avec qui on ne partage apparemment aucune valeur; celle de cesser de s’adresser, chez nos contemporains, à cette part qui tremble, qui cherche la beauté, qui aime; celle de nier que le besoin de poésie existe au cœur de chacun. "
Wow wow wow. J'aurais donné 6 étoiles. Cet essai a été comme un coup dans le ventre de mon humanité, de ma poésie interne. Un nouveau souffle tellement vital. Un petit bijou que je vais certainement partager encore et encore
Publié en 2014, cet essai de Véronique Côté vise à démontrer que le pouvoir qu’a la poésie sur ceux qui y touchent et y goûtent est si manifestement vibrant, positif et constructif qu’elle pourrait bien être le matériau indispensable à la saine continuité de notre vie en société.
L’auteure utilise son propre parcours pour démontrer l’influence de la poésie sur sa vision du passé et du quotidien actuel. Elle ramène Miron et Godin dans le portrait québécois : comment ces hommes ont laissé leur poésie parler pour eux, parler pour une nation en manque de mots.
Quelques invités se greffent à l’essai : Daniel Weinstock, Cécile El Mehdi, Serge Bouchard, Catherine Dorion et Hugo Latulippe y vont également leur représentation de la poésie. Qu’est-elle? Que signifie-t-elle? Quelle place prend-elle dans nos vies?
J’ai renoué il y a quelques années avec la poésie : Merci à Josephine Bacon de m’y avoir ramené. Depuis, j’y plonge presque quotidiennement, quelques pages, quelques vers. La puissance des mots et surtout la beauté (ou la dureté ou la violence) de ce qu’ils sous-tendent a une portée telle qu’une pause est généralement nécessaire pour saisir où voulait aller l’auteur et surtout jusqu’où le lecteur veut aller. Une petite dose suffit.
LA VIE HABITABLE m’a cependant permis de comprendre que la poésie n’est pas seulement véhiculée par les mots. Le beau, le bon que nous côtoyons au jour le jour, qui meublent nos souvenir et qui devraient gorger les lendemains ont le même pouvoir que celui des mots : ouvrir l’esprit, éveiller l’espoir, inventer l’avenir « pour que tout reste vivable ici, pour que nos existences demeurent habitables…».
Un passage m’a particulièrement touché : celui où le cinéaste Hugo Latulippe relate « une expérience poétique forte où une beauté imprévisible a jailli et opéré ». Il explique avoir appris, en cours d’année scolaire, que son fils « de sa propre initiative, [a] décidé de s’assurer que sa petite sœur [handicapée] allait bien et que tout se passait normalement pour elle… Cette bienveillance, ces petits gestes secrets qu’il pose pour elle lorsqu’il se croit à l’abri des regards sont le gisement de la poésie le plus grand que je connaisse ».
C’est avec une dose acceptable d’illusionnisme, et parfois assaisonnée d’alarmisme un peu gauchiste, que l’auteur propose une vision quand même assez cohérente du monde dans lequel elle évolue et celui dans lequel elle aimerait vivre. Elle invite le lecteur à embrasser cette représentation, à intégrer le bon et la beauté dans le quotidien et, puisqu’il le faut, à l’inventer lorsque nécessaire. C’est là une vision difficile à ne pas épouser.
3 1/2 ⭐️ Lecture agréable mais le titre est trompeur, je m'attendais à ce que ça traite de la poésie au sens de la littérature. Ça parle plutôt de la magie et de la beauté dans nos vies que l'autrice appelle de la poésie. Bon d'accord j'ai joué le jeu mais je n'ai pas été charmée complètement, ça manquait de poésie sans vouloir être ironique.
La vie habitable est un court essai lumineux sur la place de la poésie dans nos vies, de la création et de l’art; sur ce qui constitue en fait l’expérience humaine. Plusieurs passages sont si beaux et inspirants qu’on les relie quelques fois afin de ressentir pleinement la chaleur qu’ils nous diffusent dans le cœur. J’ai beaucoup aimé les définitions recueillies par Véronique Côté auprès différents acteurs : psychologue clinicienne, militante, réalisateur, anthropologue… elles enrichissaient son propos, l’incarnaient dans le monde. Ce livre est pour tous les amoureux de littérature, d’art et d’humains, à tous les artistes de cœur que je connaisse, qui se sentent dépassés, à la recherche de petites pépites d’espoir et de possibles, question de revenir à une vie habitable.
Oeuvre tout simplement magnifique. Je me laissais transporter par les propos de l’autrice, par sa plume qui me touche droit au coeur. Je n’ai qu’un désir ardent : il faut réenchanter le monde ✨
Et si on se réappropriait l'usage de la poésie, des mots, de l'écriture et des grandes figures de styles pour nous permettre de traîner les pieds un peu? La productivité s'est emparée de notre horaire, de la liberté nécessaire à la contemplation, à l'émerveillement. Elle s'est immiscée dans nos institutions publiques, et a rendu indifférent.e.s nos représentants.es élus.es au nom d'un pragmatisme soi-disant fondamental à notre bien-être. Mais au final, quels sont les discours qui vous ont le plus marqués? Ceux qui vous promettre une diminution du taux d'imposition ou ceux d'un amoureux du Québec qui a transporté sur lui une cause qui transcende encore les générations d'aujourd'hui?
Recommençons à nous imprégner des petites choses, à vivre dans l'irrationalité, à désobéir par l'anticonformisme en usant de la richesse de notre vocabulaire. De notre langue. De notre culture. Et si comme moi, on vous a enfoncé dans la gorge la conviction que votre besoin de lumière ferait de vous un.e citoyen.ne innacompli.e, accordez-vous cette lecture. En espérant qu'elle apaise vos maux.
aux premières images que ses mots ont dessinés dans ma tête, une inspiration grandissante, une longue respiration, une envie de beau s'est faufilé jusqu'à ce qu'il en ai trop. j'ai fermé le livre, j'ai commencé à écrire. les lucioles te prennent, te dessinent de leurs souvenirs et de ce qui loge en leur poésie. cet essai m'a envoûté dans une couverture de douceur, de regarde comme la vie est belle quand on le veut - et peut-être un peu trop une fois le recul prit - c'est en lisant les critiques et en refermant les pages que j'ai réalisé que le mot poésie en avait été tordu, étiré, embelli? - ma lecture et le moment flottant, hors du temps qui m'a abreuvé en est resté intacte malgré la parfois stagnation pointée de la définition de Côté. j'en garde que la poésie est propre à chacun, libre de sens, ouverte au beau au laid au tapis de lichen comme aux enclos de béton.
Quel plaisir, mais surtout quel réconfort, j'ai ressentis en lisant cet essai. Sorti en 2014, mais ça résonne encore incroyablement fort aujourd'hui. Un tout petit livre qui donne espoir, qui ne peut pas apporter de solution miracle à cette morosité ambiante (qui donc le pourrait ?), mais qui nous éclaire le chemin pour éviter d'y sombrer.
Adoré la majorité du livre, détesté les dernières pages. J'en ai marre qu'on se gargarise avec le «printemps érable» et qu'on soit bandés sur Gabriel Nadeau-Dubois.
Je m’attendais à ce qu’on parle un peu plus de poésie dans son sens littéraire. Je suis la première à dire que la poésie est partout — dans la nature, dans le quotidien — mais là, j’ai l’impression qu’on s’éloigne un peu trop de l’aspect littéraire pour se concentrer sur une vision plus large de la poésie comme expérience de vie. J’aurais aimé qu’on explore davantage le travail des poètes, leur langage, leurs inspirations.
Le lien avec le Printemps 2012 et l’aspect politique m’a un peu perdue, un peu comme lors de certaines entrevues où certains détails semblaient trop longs ou secondaires.
Je comprends l’intention de sortir la poésie des cadres traditionnels et de la rendre plus accessible, plus vivante. Peut-être qu’un juste milieu entre cette approche élargie et un retour à une réflexion plus littéraire aurait permis de mieux saisir toute la richesse de la poésie…
Avril 2024. Si tu souhaites lire un essai « littéraire » sur la poésie, c’est pas ça. Je ne pense pas que ç’a avait cette prétention, le titre étant La vie habitable. Aimer, reconnaître et célébrer la poésie à travers la beauté, c’est parfait.
(Et, justement, pas besoin d’être une personne qui s’y connaît pour parler de la poésie. Essayons donc d’être ailleurs que dans le jugement et de pitcher la poésie du côté des « lettrés » et de l’intelligentsia renvoyée comme une mode! Fuck!)
Personnellement, la lecture de cet essai est entrée en résonance avec mon cheminement. Les livres, les mots, la beauté, c’est salvateur. Il faut revaloriser ça dans notre vie.
Nous éloigner de la valeur marchande, de la valeur commerciale.
« Il y a un écho poétique qui advient dans le sillage des catastrophes : elles nous reconnectent à ce qu’il y a de plus humain en nous, et nous recréons spontanément les liens perdus, les liens enfouis. Nous nous remettons à faire confiance à ce que nous sentons. Nous nous permettons de nous sentir concernés par le malheur des autres, alors que le reste du temps, nous fuyons dès que la compassion tente une percée trop prenante dans nos consciences. Comme si soudain, nous nous redonnions la permission d’être submergés par quelque chose de plus grand que nous. La nature implacable. La mort tragique. La grandeur de la résilience humaine. La beauté de nos vies, des nôtres, de ces liens qui pourraient nous être arrachés n’importe quand. » (p. 78)
"Je n'avais jamais vu de baleines, et pourtant j'en rêvais - la nuit, je veux dire. Leurs grandes formes mouvantes habitaient ma conscience, comme une sorte de paix en forme de poissons géants. Fragile et immuable, magnifique, insaisissable. Les baleines, dans mon esprit, représentaient toutes ces choses dont on peut être certains qu'elles existent, même si on ne les a jamais vues, même si elles sont menacées. Je croyais au baleines comme on croit à l'amour quand on ne l'a pas encore connu, ou qu'il tarde à revenir se poser dans notre vie."
Je donne 4 étoiles pour les premières pages, dans lesquelles l'auteure réussit à te convaincre qu'il y a de la poésie presque partout et qu'on en a besoin pour vivre. L'écriture de Véronique Côté, pleine de vie, est réjouissante et fait sourire continuellement. Malheureusement, les entrevues insérées dans le texte sont moins intéressantes. Le ton y est beaucoup plus conventionnel. À la fin, le ton et les propos sont carrément politiques et la magie disparaît. Dommage.
"La poésie nait spontanément du choc d'images, de la mêlée de sens, de l'accident. Elle jaillit de l'imprévisible, et par son surgissement elle nous lave le regard, la tête, le coeur."
"Il existe un intervalle entre entendre et écouter, voir et regarder, sentit et ressentir, entre un mouvement et un geste." -
"Démentir les imbéciles est un travail sans fin [...]"
Un nombre d'essais magnifiques qui ont profondément articulés plusieurs de mes sentiments sur la poésie et l'esprit humain. J'ai bien aimé que l'essai "Mouvements de foule et poétique des catastrophes" a exprimé en prose ce qu'exprime Franny Choi dans son poème "Catastrophe is Next to Godliness."
Quoique ce livre porte un beau message et mène à plusieurs réflexions riches, certaines parties m’ont parues inutilement complexes. J’ai tout de même adorer les entrevues avec les experts et la majorité des parties de Veronique Côté.