Chez Torrents, fleuron de l’entrepreneuriat vert, chaque défi écologique trouve une réponse. L’entreprise transforme des gratte-ciel en forêts, ravive les espèces éteintes, envoie des microalgues avaler les marées noires. Clémence Saint-Pierre croit à cette mission comme à sa vie, jusqu’au jour où un problème insoluble se présente : une inexplicable zone vide au cœur du golfe du Saint-Laurent.
Née en 1986 à Québec, Christiane Vadnais est romancière, nouvelliste et scénariste. Ses fictions explorent l’instabilité du réel, la transformation du corps et les connexions intimes entre vivants. Faunes, son premier livre, lui a valu le Prix des Horizons imaginaires, le Prix du CALQ – Œuvre de la relève dans la Capitale-Nationale et le Prix de création littéraire de la Ville de Québec et du Salon international du livre de Québec, en plus d’être traduit en six langues. Titulaire d’une maîtrise en création littéraire, elle participe régulièrement à des œuvres collectives où ses mots s’hybrident avec d’autres arts.
Une dystopie écologiste qui prend position contre le green capitalism et qui nous fait rencontrer une jeune femme qui y croyait... et qui va perdre ses illusions. Très efficace et magnifique plume.
Grand tour de force de Christiane Vadnais! S’inscrivant dans la lignée du genre d’écofiction, l’autrice de Faunes dévoile une adaptation de la réalité actuelle inquiétante que nous vivons. Fortement ambitieux, Christiane Vadnais dépeint tout un écosystème en perdition et ce vouloir de l’ensemencer par une technologie de réanimation, au travers de robots et de caméras. Au travers de tout ce désordre environnemental et une solide prise contre le capitalisme vert décadent, la plume se veut sophistiquée, astucieuse, proche du réalisme magique. Une certaine étrangeté émane tout au long du récit, bercé par un aspect poétique et un vocabulaire de grande qualité glorifiant le beau dans un contexte apocalyptique.
Faisant également l’éloge sur l’Anthropocène, Christiane Vadnais scénarise une dystopie qui met en affront nos choix éthiques et environnementaux en tant que société. De par son aspect multigenre, sa prose puissante et ses qualités philosophiques, Les Ressources Naturelles est un roman d’une grande efficacité qui démontre le grand pouvoir de la fiction pour des enjeux sociétaux.
En fait, j’ai lu la première page à la librairie et j’ai tout de suite su que ce livre m’engloutirait. Le pacte littéraire est un peu difficile à cerner – quelque part entre la prémisse d’un roman de science-fiction et une forme de réalisme magique qu’on ne parvient jamais à saisir complètement –, on suit la chute de Clémence, directrice des communications d’une grande firme tech "verte" et ancienne militante. Et quelle chute.
Alors que l’utopie d’un capitalisme vert semble promettre le sauvetage de la planète, un trou noir avale une partie du fleuve Saint-Laurent. Le trou noir aspire toute la vie. Mais que faire lorsque tout nous engloutit ? Clémence perd à son tour les pédales, comme toutes ses prédécesseuses. Elle se retrouve littéralement avalée par le fleuve, mais contre toute attente, est rescapée par une communauté située derrière le « mur ». Au fond, ce livre nous pousse à réfléchir à comment vivre autrement.
Bref, c’est un roman d’anticipation captivant, qui pose d’excellentes questions sur l’avenir du capitalisme – et qui est extrêmement bien écrit.
Christiane Vadnais propose un roman d’anticipation écologique dans la lignée de son précédent ouvrage chez Alto, Faunes. Cependant, alors que ce dernier était un recueil de nouvelles, Les ressources naturelles est un roman dans lequel nous suivons tour à tour deux personnages principaux du récit, dont les histoires et les vies vont se croiser.
L’histoire se déroule dans un Québec futuriste, alors que le fleuve Saint-Laurent a envahi certaines parties de son littoral oriental, entraînant des déplacements des populations humaines et animales vers des zones moins affectées. Dans cette société nouvelle, la compagnie Torrents cherche à régler les problèmes écologiques qui se présentent à elle: raviver des espèces éteintes, nourrir des forêts, restreindre une marée noire… Clémence Saint-Pierre gère les communications de la boîte lorsqu’un jour, on apprend qu’une zone vide a été observée dans le golfe du Saint-Laurent, un événement inédit.
J’ai aimé l’écriture fine et réfléchie de l’autrice, révélant une culture et un vocabulaire de grande qualité. Les ressources naturelles est dans la lignée de Faunes en raison du sujet et de la préoccupation de Christiane Vadnais pour l’avenir de la planète et l’influence de l’humain sur celui-ci, mais également pour la qualité du texte et des questionnements éthiques qui sont soulevés. Une très belle lecture pour moi!
Le récit nous plonge dans l’univers de Clémence Saint-Pierre, employée chez Torrents, une entreprise écologique qui se vante de pouvoir relever tous les défis environnementaux. Qu’il s’agisse de transformer des gratte-ciel en forêts, de déployer des algues pour maîtriser les marées ou de faire triompher le climat, rien ne semble l’arrêter. Cependant, lorsque Torrents se retrouve impuissante face à la disparition de toute vie dans une partie du golfe du Saint-Laurent, c’est Clémence qui part personnellement en mission pour comprendre pourquoi les solutions habituelles de l’entreprise ne fonctionnent plus.
Le roman se distingue par son mélange unique de genres. Christiane Vadnais y explore le futurisme technologique, mais le pare d’une poésie et d’une richesse narrative qui le transforme en une sorte de fable moderne. Rapidement, les frontières entre les thèmes s’estompent, et le récit se mue en une réflexion profonde qui dépasse la simple histoire de Torrents, de Clémence ou de la nature.
C’est cette profondeur qui m’a le plus marqué. L’autrice va bien au-delà des craintes habituelles liées à l’intelligence artificielle et aux avancées technologiques. Elle s’interroge sur notre rapport à la Terre, au capitalisme et à nos valeurs. Clémence, par exemple, passe d’activiste à employée d’une grande corporation. Chacune de ses actions est alors imprégnée d’une culpabilité qu’elle peine à surmonter, et elle doit se demander s’il est possible de faire des compromis pour trouver une solution, même imparfaite. Ces réflexions, dans un contexte de fin du monde, résonnent avec une urgence particulière aujourd’hui.
Avec Les ressources naturelles, Christiane Vadnais nous offre un roman à la fois psychologique, philosophique et, surtout, très puissant. Il est certain qu’il fera beaucoup parler de lui, et c’est une œuvre dont nous avons plus que jamais besoin.
J'avais eu un coup de coeur pour Faune et j'avoue que les premiers mots de celui-ci mon plu. Toutefois, plus l'histoire avançait et plus je trouvais cela tordue et que l’autrice avait quitté le bon filon.
Si Les ressources naturelles captive par ses images poétiques et sa prose atmosphérique, il laisse cependant une impression de travail inabouti. Le trou noir, annoncé comme pivot narratif, demeure une énigme décorative, jamais intégré à une véritable dramaturgie. De même, la fusion humain-IA, leitmotiv du récit, se réduit à des métaphores sensorielles de dissolution. On attendait la mise en scène d’une conscience élargie, d’un véritable « nous » collectif : on n’a droit qu’à des effleurements lyriques.
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