À l’ombre de Winnicott avait, sur le papier, tout pour me séduire. Un manoir réputé hanté dans la campagne brumeuse du Sussex, en 1934, une Europe encore traumatisée par la Grande Guerre tandis que l’ombre du nazisme s’étend, et une galerie de personnages prometteurs : un enfant aveugle à la vive intelligence, une mère anxieuse et étouffante, un père archéologue perpétuellement absent, et une préceptrice française atypique venant troubler l’équilibre familial. Autant d’éléments qui convoquent l’imaginaire du roman gothique que j’affectionne, de Rebecca à La Tour d’écrou. Hélas, cette accumulation de promesses narratives ne suffit pas à faire un grand roman. J’ai refermé ces presque cinq cents pages avec le sentiment amer d’un immense potentiel sous-exploité. Non pas que la lenteur m’ennuie en soi : elle peut servir l’atmosphère et nourrir le suspense. Mais ici, il ne se passe finalement pas grand-chose. Les manifestations surnaturelles – meubles déplacés, fantômes facétieux, pendules figées – restent anecdotiques, plus cocasses qu’inquiétantes. Le malaise ne s’installe pas, le danger ne se fait jamais sentir, et un certain ennui finit par s’imposer. L’écriture, assez neutre, peine à donner de l’épaisseur à une intrigue qui avance sans véritable enjeu. Le manoir hanté apparaît alors comme un simple décor, un accessoire narratif dont les auteurs ne semblent pas savoir quoi faire. À quoi bon choisir une époque aussi chargée que 1934 si elle n’influence que marginalement le récit ? Ce qui m’a néanmoins retenue jusqu’au bout, ce sont les personnages, et plus particulièrement le duo formé par George, enfant aveugle à l’esprit vif, et Viviane, sa préceptrice française. Leurs échanges, empreints d’humour et de tendresse, comptent parmi les plus beaux moments du roman. Leur relation évolue avec une justesse touchante, et c’est essentiellement pour eux que j’ai poursuivi ma lecture. En définitive, À l’ombre de Winnicott demeure pour moi une lecture en demi-teinte : agréable et facile, portée par des personnages attachants, mais frustrante par son manque de souffle, d’audace et de véritable trouble.