Dzejniece un rakstniece. Dzimusi 1976. gadā Rīgā. Beigusi Rīgas Centra humanitāro ģimnāziju (1993), studējusi literatūras teoriju, vēsturi un kritiku, kā arī teātra, kino un TV dramaturģiju Latvijas Kultūras akadēmijā. Saņēmusi Klāva Elsberga prēmiju (1999), Annas Dagdas fonda balva (2004), Ojāra Vācieša prēmiju (2004, 2012), Dzejas dienu balvu (2007) un žurnāla "Latvju Teksti" balvu (2012). 2012. gadā saņēmusi Prozas lasījumu galveno balvu par stāstu "Piena ceļi". Kā arī Literatūras gada balvu par dzejoļu krājumu "Vai otrā grupa mani dzird?". Prozā debitējusi ar romānu "Stikli", kuram 2019. gadā sekoja "Skaistās". Ir sarakstījusi arī detektīvromānu "Neredzamie" un izdevniecībā Mansards izdots stāstu krājums "Piena ceļi". Latvijas literatūras gada balva par prozas darbu "Skaistās". Jaunākais darbs ir romāns sērijā "Es esmu" (Dienas grāmata) par rakstnieci Ivandi Kaiju - Rakstītāja. par to rakstniece saņēmusi Kilograms kultūras balvu literatūras kategorijā, kā arī nomināciju Latvijas literatūras gada balvai prozas kategorijā. Dzejoļu krājums "Nakts" iznācis 2021. gadā.
BELLES DE SANG d'Inga Gaile (superbement traduit du letton par Nicolas Auzanneau, paru aux Éditions Emmanuelle Colas) est de ces romans qui ne s'apprivoisent pas facilement. De par leur thème déjà : la souffrance de femmes depuis 1941 jusqu'à 2006 ; de par l'écriture enfin, qui emmêle les flots de pensée et les dialogues en confondant les deux. Roman du non-dit, du secret de famille, de l'échec, mais également de la persistance, de l'amitié, et de la survie coûte-que-coûte. Si le texte de quatrième de couverture parle de trois destins de femme, c'est plutôt d'une dizaine de personnes dont il est question, majoritairement des femmes, liées par des attaches familiales - dont elles n'ont parfois même pas conscience -, amicales, ou juste de parallélisme des vies. Le roman commence par exposer la vie de Violette, enfermée pour raisons politiques au camp de Ravensbrück. Superbe femme complètement objectifiée, on suit surtout son destin au travers du regard de ses tortionnaires, et notamment d'un médecin letton pas nazi pour deux sous, ce qui ne l'empêchera pas de participer à l'horreur des camps par lâcheté. Et déjà avec ce personnage de Kārlis, on entre dans cette histoire par les yeux d'un narrateur que l'autrice s'attache à nous faire comprendre sans jamais cacher l'abjection de sa lâcheté, de ses renoncements, de son comportement. Car comprendre n'est pas pardonner loin de là, et c'est bien la première chose formidablement maîtrisée de ce roman que de nous accrocher en voyant l'intérieur du crâne d'un personnage antipathique. La suite du roman tourne autour de Magda, l'ex-femme de Kārlis, abandonnée en Lettonie alors qu'il est retourné en Allemagne. Quelques années après la Guerre, dans un petit village du nord du pays sous occupations soviétique, on suit cette femme qui élève seule son fils dans sa quête de liberté - une liberté avant tout sexuelle, et qui choque même certaines des amies avec qui elle vit. Parmi elles, Ilma, idéologue parfaite à la tête d'un kolkhoze, et Lidija, la plus belle femme du coin, malheureuse dans son mariage car attirée par les femmes dans une société où le lesbianisme est puni de mort. Chacun traverse à sa manière les années 50 puis 60, affublées d'hommes falots et alcooliques, égoïstes et lâches. Entre disputes et paniques, désintérêt des enfants pour leur mères et conditions de vie brutales, on découvre des femmes emplies d'idéaux, de désirs, d'aspirations à un mieux - pour le monde ou pour leurs enfants - qui tentent, si ce n'est de s'affranchir, du moins de trouver un espace où être soi. De la troisième partie je ne dirai presque rien, car la surprise est nécessaire pour que cela fonctionne, mais ce sont les générations suivante qui est au coeur du récit.
Ce qui fait selon moi la force de ce roman, c'est justement ce qui pose toute la difficulté de lecture au début : les choix de style et de construction : pour tresser ce qui apparaît au final comme une saga familiale en peu de pages, l'autrice s'emploie à retranscrire les pensées de ses personnages lors des moments de grande tension. Événements traumatiques qui prennent place dans le quotidien, désaccords, menaces de goulags, ruptures. Les pensées s’emmêlent, la perception est confuse, les choses apparaissent toutes derrière le voile de la panique, la peur d'être découverte, la glace du jugement peu amène qu'on porte sur soi et sur les autres.
BELLES DE SANG est un roman de la faiblesse humaine, de la dépréciation et de l'épreuve sociale... mais c'est un roman qui montre également comment on continue malgré les obstacles, un roman incroyablement humain, qui ne laisse pas de place aux monstres, mais montre que le Mal n'existe pas à l'état pur, ou si peu - seul un personnage, de scientifique nazi évidemment, en semble l'émanation direct. Ce qui organise la condition du mal, c'est plutôt le mensonge - celui de la société, celui de la famille -, la lâcheté, les infimes renoncements qui, accumulés, font advenir l'horreur, parfois même alors que l'on souhaite au contraire épargner celles et ceux qui nous sont proches. À ce titre, aucune figure masculine n'est à sauver dans ce roman, non, si les femmes prennent à bras le corps, comme elles peuvent, le travail de vivre, les hommes préfèrent l'évitement, par la fuite, l'alcool ou les deux à la fois.
De cette dureté s'extraient des figures lumineuses : Magda et sa pulsion de vie, Violette, rescapée de Ravensbrück qui s'accomplit à la fin de sa vie, et surtout Lidija et ses grands yeux bleus, sans doute la seule à systématiquement refuser le mensonge comme solution.
Et c'est incroyablement beau ce qui se produit au fil de la lecture, lorsque le lecteur, après une période de réglage plus ou moins longue, entre en harmonie avec les flots de pensées, se laisse bercer par une narration qui, si elle paraissait de prime abord saccadée, chaotique, se révèle enfin dans toute sa puissante harmonie. L'émotion n'a fait que monter en moi au fil de la lecture jusqu'à ce que le destin de chaque personnage se dénoue dans une apothéose empathique... bref, tous ces grands mots pour vous dire que j'ai eu la larme à l'oeil durant toute la fin du roman, et que j'ai mème bien pleuré lorsque l'autrice évoque la mort d'un personnage en une phrase à peine.
Moralité, on n'a pas toujours l'occasion ni la disponibilité pour le faire, mais accordez-vous aussi la possibilité, une ou deux fois par an, de peiner un peu sur un texte. Ça ne fonctionne pas à chaque fois, mais quand ça marche, que c'est bon !!