C'est le délai qui a été donné pour mettre aux enchères un pays, un peuple. Le Groenland. Quatre nations sont en jeu : les USA, la Chine, la Russie et le Danemark. Sous les yeux médusés de milliards de spectateurs, le Premier ministre groenlandais, Frederik Karlsen, donne le départ. Trahison ? Non. Il est menotté à sa chaise. Séquestré loin de tout. Sa femme et sa fille tenues en otage, suspendues à un câble d'acier, au-dessus de la banquise.
La première fois que je suis “allée au Groenland”, c’était à travers le thriller Qaanaaq de Malø, qui m’a plongée dans une enquête criminelle. Cette fois encore, il est question d’un enlèvement et d’une course contre la montre — mais le plus grand crime mis en scène reste celui de puissants hommes jouant un jeu prédateur pour s’approprier un pays.
Si Qaanaaq avait parfois été critiqué pour le regard extérieur de Malø et pour un certain “male gaze”, ce roman déplace son attention ailleurs — vers la fragilité de la masculinité qui alimente les absurdités de notre tardif capitalisme. Et ici, page après page, on ressent aussi un profond respect et un véritable amour pour la terre groenlandaise.
Sur le plan narratif, l’histoire est rythmée et prenante : une enchère s’ouvre entre les États-Unis, le Danemark, la Chine et la Russie pour le contrôle du territoire inuit, tandis que le Premier ministre du Groenland se voit contraint d’y participer après l’enlèvement de sa femme et de son enfant. Bref mais instructif, le récit éclaire les grands enjeux géopolitiques d’un jeu auquel, malheureusement, nous participons déjà toutes et tous.
Certes, le développement des personnages est limité — mais l’auteur reconnaît lui-même que ce livre a été écrit sur commande de son éditeur (et soyons honnête, les Éditions de La Martinière sont vite devenues l’un de mes grands coups de cœur côté maisons d’édition). Ayant déjà lu Qaanaaq, cela n’a en rien diminué l’urgence ni l’importance de ce roman dans l’air du temps. C’est un texte vif, actuel, et que je recommande vivement.
Gros merci à NetGalley et aux Éditions de La Martinière pour cette lecture en avant-première.
Pour être sûr que tout le monde a bien compris, même ceux dont la peau vire à l'orange (!), Mo Malø y va d'une petite fable, en forme de mini-thriller, pour rappeler à tous que le Groenland (pas plus que d'autres pays) n'est à vendre. Une petite leçon salutaire.
Mo Malø est le pseudonyme exotique d'un auteur bien de chez nous : Frédéric Ploton ou Frédéric Mars (un autre pseudo encore). Un auteur que l'on connait depuis sa série de polars qui nous ont transportés régulièrement au Groenland (la série des Qaanaaq). Des polars ethnico-nordiques dans la même veine que ceux d'un autre frenchy, Olivier Truc qui, lui, nous faisait voyager en Laponie.
Cette fois-ci, Mo Malø nous plonge dans une dystopie, une anticipation de quelques années où le Groenland est devenu indépendant du Danemark. Mais ça ne s'arrête pas là : le Premier Ministre vient de se faire enlever et ses ravisseurs l'obligent à ... vendre le Groenland aux enchères ! Toute ressemblance etc ... et le lecteur pourra évaluer si l'anticipation se compte en mois ou en années et si la dystopie est vraiment si "dys" que cela ... Une situation plutôt paradoxale pour ce pays où « de tout temps, la terre n’avait jamais appartenu à qui que ce soit en particulier, mais à la nation dans son ensemble. La notion de propriété individuelle y était inconnue. »
Dis donc ! Cette année Mo Malø n'a pas fait dans la dentelle et son thriller démarre à toute allure en nous laissant un peu pantois au départ : le dirigeant, qui vient tout juste de mener son île à l'indépendance, se voit contraint de vendre son pays aux enchères ! Avouons tout de même que c'est un peu fort de café ! « Même Hollywood n’aurait pas pu scénariser un truc pareil. » Les enchères sont diffusées sur internet et organisées par de mystérieux hacktivistes pour trois "grands" (Chine, Russie, États-Unis) et un "petit", le Danemark : « toutes les grandes chaînes d’information étrangères, de CNN à Al Jazzera . Toutes diffusaient sans relâche cet improbable spectacle : la vente aux enchères d’un état souverain. Une tragédie aussi inédite que fascinante, il fallait l’avouer. » Mais ok, admettons les bases de cette comédie satirique : le lecteur confiant se doute bien que Mo Malø ne va pas se contenter de nous trumper en surfant sur l'actualité mais va plutôt en profiter pour nous instruire sur les enjeux géopolitiques de la région. « Ressources naturelles à foison, position géostratégique cruciale, voies navigables dans l’Arctique, espaces infinis, réserves en eau douce… Les motifs d’intérêt ne manquaient pas. » Effectivement, Mo Malø va nous apprendre à évaluer le "prix", ou plutôt la valeur d'un pays, une valeur qui dans le cas d'un petit pays comme le Groenland, flirte avec celle des plus grandes entreprises comme Toyota ou Nestlé, des multinationales aussi puissantes que des états.
Le bouquin est court, une fable presque une nouvelle et d'ailleurs ne vaut que pour la chute, soigneusement préparée et orchestrée : « Le camouflet était tel, la démonstration si probante, qu’un ange survola la planète tout entière. Avait-on bien compris ? »
Alors, après ce rappel salutaire de Mo Malø, a-t-on bien compris les propos du premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, qui se tenait fin avril de cette année, devant la presse aux côtés de la cheffe du gouvernement danois, Mette Frederiksen, pour rappeler que : « nous ne serons jamais, au grand jamais, une propriété que quiconque peut acheter et c'est le message qu'il me semble le plus important de comprendre ».
Nous avons tous entendu les déclarations fracassantes de Donald Trump, autour de ce territoire, immensément hostile de nature, pour y vivre, mais extrêmement riche en ressources.
Ce court polar, sec, dur comme le climat de ce pays, nous entraine dans une course contre la montre, entre quatre géants de la scène internationale, qui vont enchérir afin de l’annexer.
Bien sûr, il fallait un enjeu dramatique supplémentaire avec le kidnapping de la femme et de la fille du premier ministre.
Mais les apparences sont-elles celles que l’on croit ? N’y a-t-il pas une machination afin de délivrer un réel message, humilier ceux qui le méritent, jouer une partie d’échec avec la scène internationale.
Je n’avais pas lu ses précédents romans, et je ne connaissais pas non plus, son héros emblématique, mais Groenland, m’a vraiment donné envie de découvrir son univers.
Et surtout, on espère que la fiction ne rejoindra pas un jour….la réalité. Un très bon moment de lecture et une intéressante réflexion sur la géopolitique.
➡️ On connaît généralement peu le Groenland et ses problématiques, ce qui n’est pas le cas de Mo Malø, particulièrement attaché à cet endroit.
➡️ Sans doute inspiré par l’actualité et les déclarations du président américain, il imagine une incroyable vente aux enchères dans un futur pas si improbable…
➡️ Le livre est court mais rythmé, il n’en fallait pas plus pour informer et faire réfléchir à propos de ce qui pourrait se passer si les grandes puissances se disputaient ce territoire-là (ou même un autre).
➡️ Entre thriller, anticipation, politique, grands espaces et amour pour le Groenland, j’ai été embarquée par cette course contre la montre. Même si ce n’est pas le but premier, l’auteur arrive malgré tout à surprendre le lecteur.
Un court roman addictif et intéressant qui peut faire peur tant il est crédible...
Merci aux éditions de la Martinière pour ce service de presse numérique via Netgalley.
J’ai bien aimé ce livre, mais j’ai été un peu déçue d’apprendre que l’auteur n’était pas d’origine groenlandaise mais bien française. Je ne pense pas que seul les groenlandais devraient pouvoir écrire sur le Groenland, cependant que je me suis un peu sentie « trompée » de voir que Mo Malo n’est en fait qu’un nom de plume. De plus, je trouve que le livre participe peut-être un peu à la propagation de certains clichés sur le Groenland (la seule policière qui travaille vraiment - hors le chef, est d’origine danoise, alors que tous les autres policiers sont en train de boire de la bière en plein service,…). A voir si tous ses livres sont comme ça.