Le titre, déjà, m’interpelle: moi qui aime me perdre dans les papeteries, qui collectionne les cahiers, qui est fascinée par les calligraphes de tous horizons, je sens que nous avons des atomes crochus, ce roman et moi.
De plus, j’ai découvert des petits bijoux de romans grâce aux éditions Philippe Picquier, qui m'ont ouvert l’univers des littératures asiatiques. Je me souviens encore du premier roman lu chez cet éditeur: c’était une œuvre bouleversant de Yan Lianke, un auteur chinois, qui s’est inspiré d’une réelle catastrophe: la contamination au HIV de centaines de milliers de personnes dans la province de Hunan. Pour les intéressés, il s’agit du roman Le rêve du village des Ding, aujourd’hui interdit de publication en Chine.
On est toutefois dans un univers tout en douceur et en légèreté dans ce roman. La papeterie Tsubaki se trouve au Japon. Hatoko, une jeune femme diplômée en design et la narratrice, revient à Kakamura pour reprendre la boutique à la mort de sa grand-mère. Non seulement est-il possible de se procurer des instruments d’écriture et de beaux papiers à la papeterie Tsubaki, mais il est également possible de recourir à l’écrivaine publique qui la gère. Sa grand-mère disparue, c’est à Hatoko de devenir le cœur, la tête et la main de celles et ceux qui lui confient un mandat d’écriture. Peu importe l’occasion, Hatoko compose le texte, choisit la calligraphie et le support qui touchera le cœur de la personne à qui le message est destiné. Car tout est pensé, de la qualité du papier au choix du timbre, en passant par la dilution de l’encre qui doit parfois donner l’impression d’avoir été mouillée par les larmes.
C’est très séduisant, n’est-ce pas? Les plus beaux moments du roman se déroulent, selon moi, entre les murs de la boutique, où Hatoko installe le cérémonial associé à l’accueil de ses clients. On la suit dans ses réflexions sensibles pour ne rien laisser au hasard. Autour de sa nouvelle fonction, la vie s’organise doucement pour la jeune femme. Les saisons passent, les cérémonials aussi. Des connaissances gravitent autour de la boutique et Hatoko tente de faire la paix avec la mémoire de sa grand-mère, avec laquelle elle avait une relation explosive. En filigrane, on mange, on visite des temples, on regarde passer les saisons. On comprend que tout est important dans la vie de la jeune femme. Les saveurs, les textures, les couleurs et les odeurs: cette grande sensualité nourrit son art d’écrivaine publique.
C'est doux, c’est léger et tendre et poétique. J’ai maintenant envie d’ouvrir une petite boutique de toutes petites choses dénichées au petit bonheur la chance et d’écrire pour les autres. Une autrice à découvrir si vous avez le cafard.