Un roman touchant et juste sur la réalité derrière l'éclat des grandes écoles, qui aborde une multitude de sujets : la misogynie, la course à la popularité, l'alcoolisme, la pression d'être et de faire comme les autres pour être accepté.e, les violences sexistes et sexuelles, mais aussi l'importance de l'amitié et le féminisme.
Ce qui m'a le plus frappée dans ce roman, c'est son réalisme. Les personnages, les interractions : tout fait très réel. Les SMS de Raphaël, par exemple, sont hyper bien écrits, on ressent bien tout son paternalisme et sa misogynie derrière une couche de fausse bienveillance. Tous les faits et gestes de Raphaël sont hyper frustrants à lire parce qu'il est le parfait reflet de l'attitude d'une grande majorité d'hommes, et Élise Giraudau a parfaitement réussi à décrire tous ces mécanismes.
J'ai également trouvé la psychologie des deux personnages principaux très bien traitée. L'emprise et la manipulation de Kale sont très bien amenées. Tout en lui en voulant pour ses choix et ses paroles, je comprenais ce qui le menait à faire ça. Pareil pour Vanille, cette plongée en apnée dans cette détestation d'elle-même et de son corps est bien développée et bien menée. Le tout sonne très juste et très réaliste.
Je vais juste mentionner des points qui m'ont moins plu et moins convaincue, évidemment ça n'engage que moi et ne gâche en aucun cas la qualité du texte (attention, je vais essayer d'être floue mais si vous voulez absolument ne rien savoir, il vaut mieux ne pas lire la suite !) :
- La fin est un peu trop rapide à mon goût. À la fin, les personnages se pardonnent et changent d'avis un peu trop facilement, quelques paragraphes de réflexion de plus n'auraient pas été de refus. Également, par exemple, il n'y a pas vraiment de résolution/conclusion pour ce qui touche aux TCA.
- J'avoue ne pas avoir compris tout le drama Océane/Kale, certes je suis on ne peut plus d'accord pour dire que Kale fait de la merde tout au long du livre et je comprends qu'Océane lui en veuille, mais on dirait qu'il l'a trompée alors que... Non ? Pareil pour la dispute après sa cuite, est-ce que ça mérite vraiment une rupture ?
- J'ai été pas mal décontenancée par la conjugaison utilisée dans les dialogues, avec les verbes se terminant en "-é" : « répliqué-je », « l'encouragé-je »... C'est aussi parce que c'est la première fois que je lis un livre écrit de cette manière. Je vais éviter de dire que c'est moche parce qu'on dirait les vieux mecs qui veulent pas dire autrice mdr, mais ça me sortait de la lecture quasiment à chaque fois parce que je ne trouvais pas ça naturel du tout.
- À certains passages, l'écriture manque d'un peu de subtilité en nous précisant des choses plutôt évidentes (par exemple, Kale engueule quelqu'un, et il est précisé dans l'incise qu'il est « menaçant », alors qu'en lisant le dialogue on peut déjà le sentir).
- Clairement, je chipote sur ce point parce que ça ne dérange pas la lecture, mais je ne sais pas si les interludes sont si pertinents que ça. Ça aurait été plus fluide et naturel que ces moments entre frère et soeur soient racontés dans la narration principale. Là, ça cassait un peu le rythme du récit pour pas grand chose je trouve.
C'est un roman juste, fort, touchant et réaliste que je conseille vivement à celleux qui se sentent de le lire. J'aimerais le recommander à tout le monde, mais il faut savoir que (il faut sachez que comme qui dirait) c'est un livre très sombre du début à la fin (avec évidemment ses moments de douceur, d'amitié et de lumière). Énorme trigger pour les troubles du comportement alimentaire et les violences sexistes et sexuelles. Faites attention à vous.
Vanille et Kale vont me manquer.