Parfois je me demande si une histoire sourcée et scientifique mais qui reste accessible et intéressante est possible, et cette BD est vraiment la preuve que oui!! Le mélange des styles dans les illustrations était sublime et tellement pertinent aah je suis fan
Je n'ai pas vraiment les mots pour décrire ce que j'ai ressenti à la lecture de cette BD. Fascination pour une culture brutalement disparue, mélancolie, rage contre ceux qui se sont acharnés à détruire toute trace d'une civilisation qu'ils ne comprenaient pas. Un ouvrage puissant, magnifiquement illustré, chaudement recommandé.
Merci à NetGalley et les Editions Delcourt pour leur confiance.
Original, intelligent et magnifique ! "Les Sentiers d'Anahuac" est l'œuvre d'un vrai travail de recherches ! Ce livre regorge de ressources culturelles.
Le mélange des styles d'illustrations nous frappe dès le début de notre lecture : tout d'abord celui des Aztèques, coloré et plein de symboles, puis celui des gravures en noir et blanc qui rappelle les œuvres du XVème siècle en Europe. Ce dernier lui aussi différent en fonction de la période du récit évoqué.
Cette association permet de montrer les deux points de vue principaux de cette bande dessinée, d'un côté des personnages du peuple autochtone que l'on veut mettre en lumière ou sur lesquels on s'attarde, les Dieux, les habits et les armes, parfois même des bâtiments, mais surtout sur un petit garçon en particulier : Antonio. De l'autre, il s'agit principalement des conquistadors, du peuple espagnol ainsi que les prêtres ou membres de l'église.
On y retrouve aussi des enluminures, des récits sur Dieu et sur les Dieux, des extraits de textes religieux (chant chrétien avec partition et codex Aztèque/Borbonicus).
Beaucoup d'appellations en langues étrangères sont utilisées (notamment en espagnol et Nahuatl) réunies dans un glossaire à la fin du livre, on y retrouve également des glyphes et leurs significations, une liste des Dieux Aztèques, les sources et multiples recherches faîtes pour la création de cet ouvrage.
Le récit est divisé en plusieurs parties bien délimitées sans pour autant que ce soient des chapitres précis et se concentre sur 2 personnages. Antonio Valeriano, un jeune garçon convertit au christianisme qui étudie et enseigne la culture des hommes ayant colonisé son pays, et Padre Bernardino de Sahagùn, un prêtre qui repère les talents du jeune autochtone.
Bien que ce dernier, et ses compères, semblent plus compréhensif envers le changement difficile de religion des indiens que le reste du peuple hispanique. Cela ne l'empêche cependant pas de détruire les idoles du peuple mésoaméricain, et décide, afin de mettre fin le plus rigoureusement possible à cette culture, de préserver cette période de l'histoire en se lançant dans l'écriture d'un ouvrage complet sur la civilisation des Mexicàs avec l'aide d'Antonio et de ses camarades, celui que l'on connaît de nos jours comme étant le Codex Florentin.
"Nous ne sommes pas les juges de ce monde. Nous sommes les gardiens de sa mémoire."
N'ayez pas peur du sujet : oui, les conquistadors (et les germes qu'ils ont transmis...) ont décimé 80 % de la population indigène précolombienne du Mexique, d'Amérique Centrale et d'Amérique du Sud par des massacres et des épidémies. Mais certains envahisseurs ont aussi sauvé les autochtones grâce à des avancées technologiques, et un envahisseur en particulier, à lui seul (ou presque...) a sauvé toute une culture de l'oubli.
Cet album n'est pas (comme le suggère la couverture) seulement un choc des civilisations - l'ange catholique tuant le dieu aztèque. C'est l'histoire de Bernardino de Sahagun, un moine qui, horrifié par le comportement brutal des soldats, a documenté (et ainsi sauvé) la culture aztèque - les croyances, les rites, les habitudes, l'art et la façon de vivre de ce peuple. Et l'histoire d'Antonio Valeriano, son élève, le garçon d'Azcapotzalco qui a vécu deux époques : celle des anciens dieux et celle du nouveau, et qui a raconté sa vie.
L'aspect le plus spectaculaire et immédiatement accrocheur de ce roman graphique, c'est l'art : les éléments aztèques sont dessinés dans le style aztèque, en suivant le Codex de Florence, tandis que les éléments catholiques sont dessinés comme des gravures d'époque. Au fur et à mesure qu'Antonio adopte les nouveaux modes de vie, sa représentation devient plus occidentale, mais il conserve les couleurs vives de ses ancêtres. Mais l'art n'est que la moitié du travail : l'intrigue est bien ficelée, les mots sont justes, et Bertrand et Dytar parviennent à remplir leur mission éducative tout en nous divertissant.
Au lendemain de la conquête de ce qui deviendra Mexico, cette BD retrace les efforts de quelques religieux chrétiens au XVIème siècle pour consigner les traditions, les mythes et la religion des peuples locaux pour mieux les convertir. Le récit adopte le point de vue d'un natif acculturé qui étudie pour devenir prêtre et qui redécouvre avec ce projet la culture de ses ancêtres.
L'ouvrage s'appuie sur des figures historiques dont la vie a été romancée, faute de détails personnels documentés. Les planches sont grandes et travaillées, avec un style qui imite les codex mexica assez sympa. On y trouve pas mal de métaphores visuelles, comme les images de l'ancienne cité affleurant sous les dalles de la ville nouvelle, pour prendre un exemple. J'ai cependant aussi trouvé le dessin un peu trop léché, avec un rendu un peu "fait par ordinateur" qui ne m'a pas totalement convaincu.
L'histoire... est bien, mais je l'ai trouvée un peu trop pédagogique, pas assez incarnée. À la fin du livre on trouve quelque chose qui ressemble presque à un dossier pédagogique, avec les éléments réels de l'histoire et une bibliographie commentée. Je pense que les auteurs n'ont pas osé surinterpréter ou trop imaginer la vie de leurs personnages, ce qui est tout à leur honneur, mais le résultat est très factuel, presque journalistique. Par ailleurs, bien que le contexte de la conquête soit évoqué, j'ai trouvé regrettable que les traditions mexicas elles-mêmes (pourtant au cœur de la mission des personnages) soient finalement assez peu explorées.
En résumé, je pense que cette BD est une bonne porte d'entrée pour les personnes intéressées par le sujet, mais qui ne le connaîtraient pas encore trop.
A travers l'histoire d'un enfant indien élevé par des religieux espagnols après la conquête du Mexique, on voit comment les colons imposent leur religion et leurs coutumes tout en essayant d'effacer celles des indiens.
Le propos historique, les recherches, détails, subtilités du scénario, tout y est. Un livre référence et accessible sur la conquête espagnole du Mexique.
Un livre un peu trop pédagogique mais très intéressant sur le fond. Affrontement des cultures et biais de la religion dans les comportements des espagnols. L’objet est magnifique et les dessins sont au diapason.