Je vais partir de l'objet livre, ce sera plus simple lol. Au-delà des petites coquilles subsistantes, le papier est agréable à feuilleter et le livre, malgré sa taille imposante, est également sympa à lire. Par contre, j'ai eu plus de mal avec la police d'écriture choisie, difficilement lisible pour moi quand il y a autant de texte dans les bulles.
Les illustrations conviennent bien au registre et au propos. Il y a des pages très riches et colorées, c'est joli.
Passons maintenant au contenu/fond… Immense déception, pour le résumer en deux mots, alors que j'aime beaucoup le travail des éditions Delcourt habituellement. Je ne connaissais pas l'ouvrage originel de Georges Bensoussan. Je le lirai sûrement pour voir les différences avec l'adaptation en BD.
Pourquoi cette déception ? 1) Le scénario me semble construit de manière trop littérale, résultat : le livre paraît décalqué directement sur la BD. La structure globale est chronologique et cohérente mais, lorsque l'on se penche sur les pages individuellement, c'est très chargé en texte et c'est très lourd en informations. Certains personnages s'expriment du coup de manière peu naturelle, on dirait qu'ils lisent un livre d'histoire par moments.
2) Il manque une postface pour aborder rapidement la suite, on finit trop abruptement là. Et SURTOUT, il manque un lexique. Quand on connaît vraiment bien le sujet, ça va. Je ne me suis pas sentie perdue. MAIS il me serait quasi impossible de faire lire ça à mes proches moyennement renseignés sur le sujet sans me sentir obligée de leur fournir un lexique moi-même qui recense les noms des organisations, des personnes et des événements non explicités en notes de bas de page.
3) C'est trop lourd en informations mais malgré tout on arrive à éluder des événements importants en les résumant en une bulle. Plus spécifiquement, je me suis sentie extrêmement mal à l'aise lorsque j'ai constaté que les massacres arabes contres les Israéliens/Juifs prenaient plusieurs cases, alors qu'à l'inverse les massacres israéliens contre les Palestiniens étaient souvent vite expédiés. Ce deux poids deux mesures rythme l'ouvrage dans son intégralité. Et on vient ainsi à mon quatrième point de gêne.
4) Il est profondément malhonnête intellectuellement de marketer cet ouvrage comme une introduction purement historique, scientifique et apolitique. Il y a là un parti pris clair et évident en faveur d'Israël, qui passe notamment (mais pas exclusivement) par des preuves d'empathie exacerbées envers les sionistes et les Israéliens, que je dis exacerbées car elles sont biennn moindres à l'égard des Palestiniens et des Arabes.
5) Plus grave encore que le point précédent, s'il n'avait été que question – dans cette BD – d'indulgence et de compréhension envers les premiers colons Juifs, ok bon c'est une position. Mais là on frôle carrément le négationnisme et l'effacement de faits historiques avérés. Pour rappel, l'historien cité en toute dernière page (page d'ailleurs abjecte du début à la fin), Benny Morris, n'est pas un simple chercheur : il s'agit d'un homme d'extrême droite dont les conclusions historiques ont clairement vocation, depuis 20 ans, à soutenir une vision gravissime de ce « conflit israélo-arabe » qui antagonise et dénigre/déshumanise les Palestiniens.
Je pourrais analyser encore longuement cette BD pour pointer toutes les phrases et bulles délirantes quand ce n'est pas problématiques, mais ça n'a pas d'intérêt. Je ne déconseille pas pour autant cette lecture. En effet, j'ai tout de même appris beaucoup et il s'agit d'un excellent outil pour apprendre à affuter son esprit critique et adopter un regard + oblique :)
Aborder le conflit israélo-arabe est toujours un exercice périlleux d'autant plus qu'il est au cœur d'une actualité vive. Avec Les Origines du conflit israélo-arabe de Georges Bensoussan fait le choix d'une démarche exigeante, celle de restituer "cet enchevêtrement complexe (...) sans jamais céder ni aux clichés réducteurs, ni aux prises de position partisanes". L'auteur insiste sur ce point fondamental : la Palestine n'est pas un territoire vierge de toute histoire, homogène de population, au sein duquel un conflit contemporain aurait émergé soudainement. Toute lecture sortie de ce contexte historique et culturel efface cette réalité complexe, pourtant essentielle à la compréhension des tensions actuelles. Co-écrite avec Danièle Masse et illustrée par Yana Amadovic, la version graphique de cet essai paru dans la collection Que sais-je ? renouvelle encore l'approche, en rendant lisible une histoire longue, souvent mal comprise, sans jamais céder à la simplification que pourrait suggérer le format bande-dessinée.
L'ouvrage s'ouvre sur une date qui résonne fortement dans l'actualité récente : l'attaque perpétrée par le Hamas le samedi 7 octobre 2023, suivie en réponse, de l'opération militaire israélienne "Épées de fer" sur Gaza. Ce choix narratif n'a rien de provocateur. Cela permet au contraire de poser une question centrale, traitée avec sobriété, celle de la disproportion de la riposte et, surtout, d'interroger les racines profondes d'un conflit, dont l'émergence est habituellement liée à la proclamation de l'État d'Israël en 1948 par David Ben Gourion.
Or Georges Bensoussan montre que le conflit israélo-arabe ne naît pas au sortir de la Seconde Guerre mondiale, plutôt à la fin du XIXe siècle, dans les années 1860. À cette époque, la Palestine est encore une province de l'Empire ottoman, divisée en plusieurs districts administratifs appelés sandjak. La conquête turque de ce territoire remonte aux années 1510, cette région est alors intégrée à l'Empire ottoman depuis le XVIe siècle ! La population est diverse : Arabes musulmans, Arabes chrétiens, une minorité juive ainsi que d'autres communautés. En effet, la société est également partagée entre sédentaires et nomades, dans un équilibre fragile qui réside dans le fait que "[la] conscience identitaire n'est pas nationale au sens occidental du terme, mais clanique et musulmane".
C'est à partir des années 1860, qu'une renaissance culturelle juive commence à émerger, encore marginale à cette époque. Celle-ci s'affirme à partir de 1881, avec la première Aliyah (terme qui désigne l'immigration d'une personne juive en Israël). Malgré l'interdiction officielle du sultan ottoman, des Juifs principalement originaires de Russie, poussés par des raisons économiques, arrivent en Palestine, souvent par le port de Jaffa, dans un contexte de corruption administrative. Cette première vague se prolonge jusqu'en 1903, dans un contexte de défiance grandissante au sein d'une population arabe à majorité rurale, peu instruite, divisée, et sur fond d'un pouvoir ottoman en déclin. En effet, l'immigration juive s'accompagne de la disparition des pâtures collectives traditionnelles, les terres agricoles étant vendues aux Juifs en raison du poids de l'imposition turque qu'ils ne peuvent plus supporter.
Si dans un premier temps, les Arabes perdent leurs terres, ils gardent leur travail. Avec la seconde Aliyah à partir de 1905, la volonté de "supprimer le travail arabe au profil du seul travail juif" s'affirme, dans la perspective d'une "conquête par le travail" des terres agricoles acquises par l'achat. La fondation de Tel-Aviv en 1909 et la destitution du sultan Abdülhamid II la même année déstabilise l'Empire ottoman et par conséquent la situation en Palestine. Si le conflit n'a pas encore éclos, un déséquilibre progressif s'accroît au fil des années, nourri par des flux migratoires de plus en plus importants et par l'émergence d'un projet politique sioniste structuré.
L'essai graphique met particulièrement en lumière le rôle du Royaume-Uni et des puissances européennes, dont les intérêts géopolitiques viennent attiser les tensions locales. La déclaration Balfour de 1917 en est le parfait exemple, en promettant la création d'un "foyer national juif" en Palestine, une déclaration qui s'inscrit dans le contexte de la Première Guerre mondiale et des jeux diplomatiques entre grandes puissances faisant partie de l'entente, à savoir le Royaume-Uni, la France et la Russie. Des promesses tantôt faites aux populations arabes, tantôt concédées aux dirigeants sionistes, alimentent un climat explosif qui se cristallise dans les années 1920 et 1930. Tout d'abord la nomination d'Hitler au poste de chancelier en janvier 1933 accélère brutalement les dynamiques migratoires. Les violences antisémites en Allemagne provoquent une nouvelle vague d'arrivées en Palestine : sur les 20 000 immigrants juifs de cette seule année, 2 440 sont allemands. Ces chiffres rappellent combien L Histoire européenne contemporaine a eu une influence directe sur celle du Proche-Orient. Les partis arabes se radicalisent et s'islamisent en réaction à ce flux migratoire juif.
Face à cette montée de la violence entre les deux communautés, le rapport de la commission Peel, publié en juillet 1937 tente de proposer des mesures afin de dénouer les tensions. Il est envisagé de créer deux entités politiques souveraines, l'une juive, l'autre arabe, tout en régulant l'immigration et en répartissant les populations sur le territoire : "Le partage semble offrir au moins une chance de paix ultime". Cependant, cette tentative de solution loin d'apaiser les tensions, contribue à leur radicalisation de part et d'autre. La Seconde Guerre mondiale achève de figer les antagonismes, chaque camp se durcissant dans un climat de violence croissante.
Le travail d'illustration d'Yana Amadovic accompagne avec intelligence le texte de Georges Bensoussan et de Danièle Masse. Les images constituent un réel support visuel permettant de rendre lisible un enchaînement chronologique dense et complexe. le format graphique favorise une lecture fluide, sans sacrifier la densité du propos. Pour autant, il m'a été parfois difficile d'identifier les personnalités politiques représentées, n'ayant pas une connaissance aussi fine du sujet que l'auteur à l'origine de cet essai. Chaque page tournée donne le sentiment d'un engrenage historique, où aucun événement n'est isolé, mais un maillon s'inscrivant dans une chaîne de causes et de conséquences.
Les Origines du conflit israélo-arabe se distingue par sa volonté de comprendre ce conflit plutôt que de juger les différents acteurs à l’œuvre. Georges Bensoussan expose ainsi avec rigueur la chronologie des événements dans lesquels s'ancrent les multiples enjeux de la problématique palestinienne, qui ne relève pas seulement d'une question territoriale mais rejoint des aspects internationaux ainsi que les deux guerres mondiales le montrent. Cette version graphique constitue ainsi un outil précieux pour dépasser les réactions à vif et appréhender la complexité historique d'un conflit toujours en cours.
Cette bande dessinée est l'adaptation du livre éponyme qu'a écrit Georges Bensoussan. J'ai trouvé cette lecture très intéressante et instructive sur les origines de ce livre. On prend conscience de plusieurs choses notamment l'implication des pays de l'Europe. Je n'en dirais pas plus pour vous laisser découvrir cet ouvrage. Petite précision : nous ne sommes pas ici pour faire de la politique. Nous nous intéressons sur les origines, c'est ce que fait d'ailleurs ce livre. Évoquons tout d'abord les dessins, la couleur, l'esthétisme pour résumer. Je trouve que le style est totalement adapté pour cette bande dessinée. En effet, on a de la précision, on met en avant les personnages que ce soient les hommes politiques, le peuple et les différents peuples du Moyen-Orient entre les Arabes, les Juifs qui débarquent dans cette région, etc. C'est vraiment vivant et montre la complexité de ce conflit puisque 3 religions aussi différentes les unes que les autres doivent cohabiter et intégrer également les Juifs. Je trouve que l'on montre bien cette complexité dans les personnages. Quant aux paysages et aux lieux, nous remarquons bien les différences entre l'Europe, le Moyen-Orient (Palestine, Irak, le futur Israël...). Cependant, le dessin n'est pas réellement mis en valeur car nous sommes surtout concentrés par les dialogues qui sont denses. Les dialogues prennent beaucoup de place et mettent le dessin au second plan. Cela semble cohérent puisque le livre dont cette bande dessinée est son adaptation, a des visées pédagogiques ; cela entraîne alors l'idée d'insérer de nombreuses informations pour qu'on puisse comprendre. Quant aux couleurs, il n'y a pas de couleurs très voyantes, flashy. Nous restons dans des couleurs réalistes, ce qui renforce la réalité et l'idée de présenter des faits véridiques. Évidemment, nous avons que certains points de vue de l'Histoire mais cela permet de montrer la complexité de ce conflit. En tout cas, les couleurs sont vivantes avec sa diversité dans un ton réaliste. Concernant la structure du livre, la structure poursuit cette cohérence puisqu'elle est chronologie et nous montre l'évolution des origines de ce conflit avant la genèse jusqu'à de nos jours. J'ai particulièrement apprécié l'introduction qui commence par les attentats du 7 octobre 2023 en Israël. C'est un point de départ pour évoquer le passif complexe et haineux entre les Arabes et les Juifs. Pour conclure, je trouve que le dessin est intéressant avec ses couleurs mais il est noyé - si on peut le dire - par le texte, les dialogues qui nous fournissent beaucoup d'informations. Néanmoins, tous les éléments (structure, dessin, couleurs) nous offrent une immersion dans le passé.
Poursuivons la chronique en analysant cette BD en profondeur. J'ai trouvé cette bande dessinée vraiment intéressante. Il est difficile d'abréger un livre en une adaptation de 160 pages environ pour expliquer les origines et la complexité de ce conflit. Néanmoins, il est important de tenter de comprendre et de dresser certains constats car nous sommes en plein cœur de l'actualité au vu des derniers évènements comme la guerre entre l'Israël et le Hamas mais également cette poussée d'antisémitisme dans le monde. Ce dernier point est important car on remarque que l'Histoire évoque à de multiples reprises cet aspect-là. En tout cas, cet ouvrage représente bien le conflit que ce soit externe ou interne. En effet, l'externe est représenté par l'implication de l'Europe notamment des Anglais pour leurs intérêts et ce sera la même chose pour les Français. Nous avons de manière interne avec les conflits directement dans le Moyen-Orient, impliquant des conflits de différentes natures : l'espace puisque les Juifs s'installent et rachètent les terres des Arabes, religieux, économique et politique. On assiste d'ailleurs à cette évolution au fil des années voire des siècles à cette idée de cohabitation, à la création du pays qu'est l'Israël jusqu'à de nos jours. On a certes l'histoire du Moyen-Orient mais on a aussi l'histoire juive. On le constate effectivement dans cette idée que les Juifs ont toujours été des victimes de la société depuis tant de siècles. On s'en rend compte davantage dans ce livre dès le XIXe siècle avec les pogroms en Russie, l'horreur de la Seconde guerre mondiale, etc. Nous avons ainsi un aperçu intéressant de l'Histoire même si nous n'avons pas tous les points de vue possibles mais ce livre présente plusieurs points de vue sur des niveaux différents. Il me semble qu'il n'est pas utile de vous présenter les différents thèmes de ce livre étant donné que je les ai abordés de manière indirecte. Nous avons donc une bande dessinée intéressante, tentant de montrer la complexité du conflit israélo-arabe depuis le XIXe siècle. Cette complexité fait qu'il est difficile de tout aborder en peu de pages mais nous réussissons à comprendre les différents aspects de ce conflit, les différents acteurs impliqués dedans ainsi que les différents niveaux de conflits sans oublier la position du Juif depuis tant de siècles.
Pour conclure, j'ai trouvé ma lecture intéressante. On frôle le coup de cœur mais je pense que le fait de le lire en période festive fait que j'ai trouvé la lecture trop intense pour cette période. De plus, je trouve que le dessin n'est pas suffisamment mis en valeur vu le nombre d'informations que nous avons. Néanmoins, cette lecture est intéressante pour nous donner un aperçu de ce conflit à tous les niveaux : les acteurs, les différents conflits (territoire, religion, politique...)... Je vous recommande cet ouvrage pour mieux comprendre ce conflit qui est toujours d'actualités.
N'ayant que peu de connaissances sur ce conflit qui perdure, je me suis dit qu'une bande dessinée pourrait peut-être plus facilement combler ce manque.
"La genèse du conflit israélo-arabe, dont l'actualité est surabondamment couverte par les médias, demeure paradoxalement mal connue. Si c'est au sortir de la Première Guerre mondiale que se cristallise ce qui n'est pas seulement le choc de deux nationalismes, mais un affrontement culturel recouvert par un conflit « religieux » et d'innombrables polémiques sur la nature du projet sioniste, c'est bien avant 1914 qu'il a pris forme dans le discours à la fois des élites arabes, de la vieille communauté juive séfarade et des sionistes d'Europe orientale. Ces discours, dominés par la propagande, Georges Bensoussan montre qu'ils sont à mille lieues d'une véritable connaissance historique. Ce faisant, il met en lumière l'importance de la dimension culturelle et anthropologique dans la connaissance d'un conflit dont aucun des schémas explicatifs classiques - du nationalisme au colonialisme en passant par l'impérialisme - n'est véritablement parvenu à rendre compte."
Autant vous le dire tout de suite, même en bande dessinée, ça reste très complexe. Et puis, finalement, je ne crois pas qu'on puisse réellement rendre compte de ce qui s'est passé dans une si longue période (ça date de la fin du XIXe siècle) en si peu de pages. J'ai donc éprouvé des difficultés de compréhension, car ce sont surtout des événements précis qui sont relatés, avec des protagonistes, que je ne connaissais sans doute pas suffisamment.
Mis à part cela, j'ai tout de même trouvé intéressant d'appréhender tout ce qui a pu se passer, et cela bien avant la Seconde Guerre Mondiale. C'est assez révoltant de voir comment certaines personnes ont décidé du sort des uns et des autres. Décidément, la politique me désespère.
Même si ça demande une certaine concentration (surtout pour celles et ceux qui n'y connaissent rien, comme moi), c'est une lecture qui me semble nécessaire.