Six autrices des plus singulières de la littérature française contemporaine s'en vont explorer l'étrange. Six expéditions qui bousculent et métamorphosent le réel pour s'en émanciper. Six voyages à travers l'envoûtement du féminin, de la nature et de la création. Six immersions dans les mystères du monde et de l'intime. Six aventures épousant les reflets profonds de l'ombre. Six expériences comme autant d'incantations pour l'obscurité, la sorcellerie et la littérature. Ce morceau de nuit qui a toujours une longueur d'avance.
Fictions inédites de Caroline Audibert, Marie Cosnay, Bérengère Cournut, Clara Dupuis-Morency, Hélène Frappat, Karin Serres accompagnées par les paysages décomposés de l’artiste lillois Jérôme Minard.
Dans ces six nouvelles, l'étrange est féminin. Par leurs autrices d'une part, et par leur personnage principal ou leur narratrice d'autre part, car elles sont toutes des femmes.
Le fil conducteur est donné, mais un thème semble se superposer, celui de la création. Les nouvelles sont tour à tour créatives ou destructrices mais toutes les héroïnes sont indépendantes et s'inventent elles-mêmes.
La première héroïne est une femme du fleuve qui peint le ciel troublé, la deuxième réinvente les rapports entre genre et domination, la troisième nouvelle est un femmage à Mary Shelley qui s'inspire de son expérience de la maternité pour écrire, la quatrième construit sa propre maison et enfante des êtres asexués, la cinquième puise sa vision de la création du monde dans la fiction, la dernière doit se créer une nouvelle vie loin de son environnement naturel et noue une relation profonde avec une humaine.
J'ai eu deux gros coups de cœur pour les nouvelles de Bérengère Cournut et Karin Serres. Dans la première, je pensais suivre une femme préhistorique, Pierre-Luisante, dans son quotidien fait de chasse, cueillette et masturbation jusqu'à ce que paraissent les contours d'un fascinant univers fantastique minéral. La deuxième décrit les humains avec toute la cruauté qu'ils méritent et m'a rappelé le film "The Shape of Water", en mieux car la créature est féminine et son alliée une sorcière.
Ces nouvelles, tour à tour fantastiques, gothiques ou horrifiques, sont à lire au coin d'un feu crépitant, le cœur palpitant. Je suis très contente que cette sublime couverture avec son titre en relief ait capté mon attention, car ce livre est une très belle découverte.
6 nouvelles de 6 autrices. J'ai saisi l'envie et le potentiel de la première nouvelle qui pourtant est un vrai flop pour moi. Je n'ai pas réussi à aller au bout de l'avant dernière nouvelle qui m'a réellement ennuyée. Seule la dernière nouvelle était un vrai délice, pleine de nature et de sorcellerie et une autre était agréable à lire. Il faut s'accrocher pour voir le potentiel d'une autrice à l'autre et se faire sa propre idée de ce recueil.
Des six nouvelles, "Jaune vif, veiné de noir" de Bérangère Cournut et "Niglo" de Karin Serres sont les plus remarquables. Si ce n'était que pour elles j'aurais mis 5 ⭐.