« Ce qui manque furieusement à notre époque, c’est un art de vivre avec les technologies. Une faculté d’accueil et de filtre, d’empuissantement choisi et de déconnexion assumée. Des pratiques qui nous ouvrent le monde chaque fois que l’addiction rôde, un rythme d’utilisation qui ne soit pas algorithmé, une écologie de l’attention qui nous décadre et une relation aux IA qui ne soit ni brute ni soumise. »
À San Francisco, au coeur de la Silicon Valley, Alain Damasio met à l’épreuve sa pensée technocritique, dans l’idée de changer d’axe et de regard. Il arpente « le centre du monde » et se laisse traverser par un réel qui le bouleverse.
Composé de sept chroniques littéraires et d’une nouvelle de science-fiction inédite, déploie un essai technopoétique troué par des visions qui entrelacent fascination, nostalgie et espoir. Du siège d’Apple aux quartiers dévastés par la drogue, de rencontres en portraits, l’auteur interroge tour à tour la prolifération des IA, l’art de coder et les métavers, les voitures autonomes ou l’avenir de nos corps, pour en dégager une lecture politique de l’époque et nous faire pressentir ces vies étranges qui nous attendent.
La nouvelle de science-fiction est accompagnée d'une mise en sons exceptionnelle de Floriane Pochon.
Alain Damasio, né Alain Raymond le 1er août 1969 à Lyon, est un écrivain français de science-fiction. Il choisit ce patronyme en l'honneur de sa grand-mère Andrée Damasio.
Né d'un père carrossier et d'une mère agrégée d'anglais1, Alain Damasio obtient un bac scientifique. Après une classe préparatoire HEC, il intègre l'ESSEC, qu'il quitte en 1991. Il choisit de s'isoler (d'abord dans le Vercors puis à Nonza, en Corse) pour s'adonner à l'écriture. Son domaine de prédilection est l'anticipation politique. Il marie ce genre à des éléments de science-fiction ou de fantasy.
Jeune, il écrit de nombreuses nouvelles. Son premier texte long vendu à plus de 50 000 exemplaires est La Zone du dehors, roman d’anticipation qui s’intéresse aux sociétés de contrôle sous le modèle démocratique (inspiré des travaux de Michel Foucault et Gilles Deleuze).
Son second livre est récompensé par le Grand prix de l'Imaginaire 2006 dans la catégorie Roman. Il s'agit de La Horde du Contrevent (roman accompagné d'une bande-son composée par Arno Alyvan), véritable succès public qui s'est vendu à plus de 100 000 exemplaires2, régulièrement cité dans les incontournables de la science-fiction française.
En 2008, il pose sa voix sur Bora5, un morceau de musique de Rone. En 2009, il écrit La Rage du sage (essai politique et poétique sur notre époque) pour le single gratuit Memento mori du groupe SLIVER. Alain Damasio scénarise également Windwalkers, un film d'animation tiré de La Horde du Contrevent, avec Jan Kounen à la réalisation et Marc Caro à la direction artistique.
Vallée du Silicium est ce qui arrive quand un universitaire tout pépère tente le journalisme gonzo. Tout ce que je retiens du style Damasio c'est son insupportable passion des jeux de mots et des envolées lyriques clinquantes qui noient les quelques réflexions intéressantes du bouquin.
Je découvre la plume d'Alain Damasio, qui est indéniablement féconde et inventive, pleine de fantaisie tout en employant (en inventant) le mot juste pour capter l'essence d'une réalité. Il me tarde à ce titre de lire ses romans car c'était une expérience de lecture "mélodieuse" ! Un vrai travail d'orfèvrerie par moment. Vallée du silicium rassemble des chroniques sur la Silicon Valley, avec un angle technocritique qui me parle beaucoup. Je suis plutôt mitigée sur les déploiements poético philosophiques de son analyse car il m'a souvent semblé qu'il "enculait les mouches", pour le dire vulgairement. La forme est très belle, mais certaines phrases ont plus l'air d'avoir été ciselées pour la beauté du geste que pour faire sens. J'ai trouvé plusieurs développements assez prétentieux, comme si ça se donnait à peine la peine (allitération) d'être intelligible et que ça se contemplait en se répétant "ouhlala ce que je dis c'est très intelligent dis donc". J'ai passé ces paragraphes et suis tombée aussi sur des aphorismes qui m'ont marqués, et ont heureusement contrebalancé mon scepticisme. Je suis globalement très en phase avec ce que dit Damasio, mais c'est dommage que l'écriture soit un peu boursouflée pour dire des choses convenues. Comme le veut la dure loi du temps qui file, plus je vieillis, plus je deviens réac, mais je m'en vante pas. Damasio lui est droit dans ses bottes et se donne en plus des allures de prédicateur. Ca peut agacer. Heureusement, la nouvelle inédite de la fin, qui mélange domotique et fin du monde, était haletante : là, malgré les pistes un peu trop éparpillées du récit, j'ai compris le talent d'Alain Damasio pour la prose. Il me tarde de le lire dans ce qu'il sait faire de mieux maintenant.
Bela alliage de non-fiction et fiction - j'avais jamais vu ça - le résultat est puissant. J'aurais mis 5 si il s'était un tout petit peu moins écouté parler en écrivant
Ça commence par un récit …. Chaque fois que l’auteur commence à parler de tech en essayant d’analyser sa rencontre avec Arnaud, Gregory ou de revenir sur la théorie des 4 corps…il se perd dans les mots et commence à utiliser une ponctuation bizarre avec des > < | et autres signes qu’on ne rencontre que lorsqu’on est perdu et qu’on essaie de s’accrocher à quelque chose… il est vrai que l’auteur lors de son voyage en Californie croyait avoir tout vu, tout compris…12 mois plus tard ChatGPT est venu tout révolutionner et tout remettre en cause !… Les meilleurs passages de ce livre sont ceux, un peu philosophiques qui comparent la tech à une religion et l’Apple-store à un temple ou bien ceux décrivant Arnaud, homme augmenté qui grâce à ses capteurs prévoit et soigne la maladie avant qu’elle ne se déclenche, ainsi que le passage ou la tech nous uni en tant que séparés, simul & singulis. L’auteur essaie aussi de donner des pistes pour un meilleur monde ami de la tech préservant au minimum ses valeurs humaines… Ça se termine par une cinquantaine de pages d’horreur décrivant ce qui se passe dans un petit appartement totalement géré par AI, où vivent un couple et leur fille de 6 ans et où l’électricité est coupée suite à une sorte d’orage…. Ça se termine sur une note bien négative… 2,5 ⭐️
L'auteur de science-fiction français Alain Damasio, connu notamment pour La Horde du Contrevent, a passé un mois à la Villa Albertine à San Francisco, l’équivalent américain de la Villa Médicis à Rome, dédiée aux artistes français distingués. Durant cette résidence, il a exploré les confins de notre présent et de notre futur proche, notamment en observant les évolutions technologiques de la Silicon Valley.
Damasio s’est attaché à décortiquer ce qu'il appelle le "techno-cocon" : un repli de l’humanité sur une technologie omniprésente, symbolisée par nos écrans de poche, que même les grands auteurs de science-fiction n’avaient pas anticipé. Il analyse avec profondeur les ramifications sociétales et intellectuelles de cette nouvelle façon d’être au monde, soulignant des perspectives souvent inquiétantes. Nous sommes désormais confrontés à des "Léviathans technologiques", des géants tels que Twitter/X, contre lesquels les pouvoirs publics semblent impuissants.
Damasio propose une réflexion à mi-chemin entre la fascination pour l'Homo Numericus, incarnation de cet avenir numérique, et le rejet total de ce mode de pensée, typiquement américain, fondé sur l’individualisme et le communautarisme. Il contraste cette vision avec les idéaux européens d’égalité et de fraternité, illustrant les inégalités choquantes entre quartiers comme Tenderloin, où règne la misère, et les sièges des grandes entreprises technologiques à seulement quelques mètres.
Toutefois, Damasio ne s’arrête pas à une critique unilatérale de cette nouvelle ère. Malgré quelques répétitions et le prisme anarchiste qui teinte son analyse, il imagine ce que pourrait être une technologie positive, capable de s’hybrider avec notre nature humaine. Il souligne que, face à l'essor de l’intelligence artificielle, il est essentiel de domestiquer notre avenir plutôt que de le subir.
La dernière partie de l’ouvrage s’éloigne des chroniques pour renouer avec la science-fiction pure, offrant une vision radicale pour ceux qui s’intéressent à la futurologie. Au final, cette œuvre érudite constitue une réflexion profonde sur le techno-capitalisme et la trahison des promesses d’un futur radieux, autrefois véhiculées par le cyberpunk.
Je ne suis généralement pas une adepte des jeux de mots (effet neutre ou négatif sur moi). Ici, je les tolère presque, quand leur rôle est d'attirer mon attention sur des paradoxes. En travaillant dans le domaine de l'IA, j'ai été exposée à un certain nombre des idées qui sont présentées. C'est tout de même un bon exercice de se confronter à cette pensée critique, sans être totalement catégorique, qui pose frontalement la question de l'humanité face à la délégation d'un nombre croissant de tâches auxquelles on associait notre individualité (capacités professionnelles, écriture, dessin,...) Le principal bénéfice que j'ai tiré de cette lecture, c'est d'être plus consciente dans les jours suivants lorsque je faisais le "choix" de déléguer certaines tâches aux modèles, en particulier celles que j'associe à une forme de créativité et de plaisir. Être plus lucide de la manière dont la technologie sculpte mes actions me rend plus critique envers moi même lorsque je cède ou bénéficie de ses facilités. La question qui me reste est "comment co-évoluer avec ses outils"? Comment gagner en qualité d'existence à l'échelle individuelle et sociale en intégrant la technologie ? Est ce en devenant un artisan de ses algorithmes, comme proposé dans un exemple, en décalant la créativité d'un ou plusieurs niveau d'abstraction ?
Je trouve toujours intéressant le point de vue d'Alain Damasio sur nos sociétés. Je trouve que son positionnement d'auteur de science fiction est très pertinent pour analyser le monde proposé par la Silicon Valley car il est issu de visions d'une poignée de personnes qui inventent un futur pour l'humanité et essaie de nous convaincre de le rejoindre. Et j'aime son écriture engagée, sa manière de jouer sur les mots de manière poétique et pleine de sens.
Un Alain Damasio lucide, il met les images et les mots sur des choses que nous voyons venir dans cet avenir dystopique pour certains et utopique pour d'autres. Il nous permet d'avoir quelques outils pour y faire face et d'y réfléchir. Et bien évidemment, il y a des jeux de mots à n'en plus finir. Certains aimeront, d'autres non. Moi, j'aime bien le style Damasio, ça revigore l'esprit.
Toujours un plaisir de lire Damasio. Cette fois, il s'agit d'un ensemble de petits essais, sous forme de réflexions écrites durant un séjour dans la Silicon Valley, à l'occasion duquel il confronte son point de vue technocritique avec le réel de l'observation et des échanges locaux. Les thèmes sont choisis pour tenter une photographie précise de l'état d'esprit de ces personnes qui vivent dans ce petit endroit qui modèle en bonne partie notre société occidentale. C'est au minimum éclairant, voire décisif. Et j'apprécie toujours le goût de Damasio pour les néologismes... Pour terminer, une nouvelle de bonne qualité clôt l'ouvrage, même si la fin plutôt positive me semble un peu forcée.
J’ai un peu de mal à suivre le gars qui craint de perdre “l’ivresse de la vitesse”, sa liberté de réfléchir au volant de sa voiture, etc... Je pense qu'il perd à ne pas voir l'autre côté des choses: moins de morts par accident de voiture.
Oui les choses évoluent, comme elles ont évolué à leur manière pendant la révolution industrielle. Je doute que beaucoup d’entre nous aimeraient retourner au début des années 1800.
Aussi il a l’air de beaucoup s’arrêter sur la couleur de peau des chauffeurs de taxi...
On reconnaît la plume de Damasio, et quand je dis ça c’est aussi péjoratif que mélioratif… C’est tout de même un essai qui convoque des sujets intéressants, et l’auteur est assez drôle par moments, ce qui nous fait oublier son narcissisme un poil cinglant.
livre surprenant sur le fond mais surtout sur la forme. sur le fond, pensée techno critique qui fait gamberger avec des passages très interessants. sur la forme, mélange d’essai, de SF et de poésie. le style prend parfois le dessus sur le fond et ça alourdit pas mal la lecture je trouve.
Analyse très bien menée des aberrations de la société américaine. Le chapitre sur Apple et celui sur l’habitat m’ont paru particulièrement bons. La finesse de l’analyse n’est pas toujours constante au fil des chapitres, mais tout est intéressant. Le style est partout bon, et l’usage subversif de la ponctuation m’a généralement convaincue, malgré quelques passages pour lesquels il m’a semblé trop lourd. Lorsque pour quelques pages, l’essai s’interrompt pour une illustration dystopique, on se rappelle du talent de l’auteur pour la science fiction : ces excursions m’ont beaucoup plu !
Un début de lecture un peu difficile, je ne suis pas une lectrice assidue de Damasio et j’ai eu parfois la sensation qu’il se faisait plaisir à parler (écrire) en oubliant un peu ses lecteurs sur le côté de la route ! Puis petit à petit, j’ai eu la sensation qu’il voulait partager son engouement pour cette résidence à San Francisco et ces visites au coeur de la Silicon Valley et j’ai eu l’impression de le voir exulter d’être où il se trouvait !
7 chroniques pour 7 thèmes, même si finalement ils n’en forment qu’un seul mais cela a permis à l’auteur de traiter les sujets en profondeur et à donner libre cours à ses idées et ses extrapolations !
Dans un langage soutenu et adapté à ce qu’il découvre, voire créé pour coller aux avancées technologiques, il analyse et extrapole vers une dystopie qui me semble déjà bien plus proche d’année en année ! Il y a beaucoup d’humour et de dérision dans ses propos et j’ai ri quelques fois !
Sa relation du passage en douane et des voitures autonomes sont, pour moi, des grands moments de littérature sarcastique ! Grâce à lui, j’ai appris ou compris ou mieux cerné des choses qui sont allées très vite dans le temps et si pour certains c’est intellectuellement fascinant, pour d’autres c’est manifestement une recherche de pouvoir et d’argent.
Encore plus qu’ailleurs où tout ce qui va devenir “demain”, la Silicon Valley est un milieu très fermé, replié sur lui-même et cela m’a fait songer plus d’une fois à une secte qui ne s’intéresse qu’à ceux qui lui apporteront le plus mais jamais à ceux dans le besoin le plus élémentaire !
La nouvelle de science-fiction qui clôture ce livre est tout à fait adaptée à ce qui commence à émerger dans la population qui se veut “à la pointe de...” !
Je reconnais qu’avec quelques années de moins j’aurais vraiment aimé travailler à développer toutes ces techniques et technologies pour aider à vivre mieux, tout en sachant que les inventions gardent rarement leur usage premier ! Et puis il y a beaucoup trop de choses que j’aime du monde vivant, celui où l’on marche, où l’on hume les odeurs, où l’on parle avec un autre être humain pour me laisser aller à être imprégnée de cette culture et dépasser le stade de la geekette !
Merci à Alain Damasio de remettre les choses à leur juste place et avec leur juste valeur ; je pense que ce livre peut aider à se faire une opinion et peut-être décider de la manière dont la technologie va nous aider à mieux vivre.
J'avais acheté ce livre avec enthousiasme ayant adoré le grand œuvre d'Alain Damasio que j'avais lu peu avant La horde du Contrevent et m'attendais à un autre plaisir de lecture ... las ! Le livre n'est pas une fiction mais un essai et c'est précisément là que la bât blesse sérieusement.
Damasio est un génie lorsqu'il se fait inventeur d'histoire et de personnages, mais pour ce qui est d'exprimer des idées, de les mettre en forme sous forme non-fictionnelle, cela n'a pas vraiment marché pour moi. Les idées et la critique féroce de la Silicon Valley, de cette espèce de snobisme tech qui y prévaut ainsi que de l'usage abusif, voire prométhéen des technologies, n'est pas nouveau et ne m'a personnellement pas appris grand chose. Je ne considère pas, et surtout pas après ce livre Damasio comme un penseur. En revanche, personne ne peut nier que Damasio est un styliste, un style qui se coule merveilleusement dans ses récits mais qui là, se contente d'exprimer une idée peu originale, de manière certes fleurie, avec un savoureux sens de la formule mais aussi de manière répétitive, amusante certes, au début, agaçante au milieu, épuisante à la fin. C'est un peu comme un article de Frédéric Lordon qui ne durerait pas deux pages mais deux-cent-trente, c'est dire si c'est épuisant.
La nouvelle de science fiction qui clôt l'ouvrage est plutôt bien, en fait, les trois premiers quarts sont vraiment supers (une réécriture moderne du Ravage de Barjavel), mais le dernier quart se perd dans un fourbi technologique qui vient en atténuer l'effet, c'est dommage.
Enfin, juste un mot sur la note finale sur la féminisation des pluriels qui a achevé de discréditer le livre à mes yeux. Il a beau expliquer qu'il n'a pas employé les autres techniques pour porter le combat politique au cœur de la grammaire française afin de conserver la fluidité (...) de l'écriture, peut-être, mais je lui fait remarquer que cela handicape considérablement la fluidité de la lecture, rend le texte plus difficile à comprendre et oblige le lecteur à être toujours sur ses gardes pour être bien sûr d'avoir compris ce qu'il veut dire. Ce qui rend le livre encore plus épuisant à lire, ce dont il n'avait vraiment pas besoin.
Classique Goodreads, j'ai mis deux étoiles mais le livre en mérite 2,5. Je n'ai pas trouvé la virgule.
Je suis si reconnaissante d'avoir pu lire cet essai dans le cadre d'une Masse Critique Babelio. Je voue une grande admiration à Alain Damasio, ses romans et nouvelles m'ont profondément marquée, donc je n'étais qu'impatience à l'idée de lire un nouvel ouvrage. Et d'autant plus un essai !
Mais pas n'importe quel essai, non, Damasio fait mieux : sept contre-chroniques et une nouvelle à partir de son expérience à San Francisco. Aller confrontrer sa vision technocritique à celleux qui font la technologie, à celleux qui la vivent et la déploient dans notre monde. Chaque contre-chronique aborde une thématique différente : voiture autonome, intelligence artificielle, réalité virtuelle et augmentée... L'occasion de déployer de nombreuses réflexions, alimentées par d'autres philosophes comme Baudrillard ou Citton.
Et franchement, quel plaisir absolu que de retrouver la réflexion, l'engagement politique de l'auteur à sa plume incisive, drôle et poétique à la fois. De retrouver son sens de la forme, de la typographie, et son appel à un futur différent, non pas bêtement anti-technologique, mais hybride, retrouver une flamme, un souffle, quelque chose qui traverserait nos existences pour redonner du lien, en nous et avec les autres.
La nouvelle est terrible d'absurdité, montrant ce que serait notre monde entièrement domestiqué par la technologie, mais comme c'est Damasio, ce n'est pas juste une critique. C'est aussi une ouverture vers autre chose, une mise en œuvre de son projet d'hybridation, entre l'homme, l'animal, le végétal et le silicium.
C'est intelligent, c'est fin, c'est percutant et ça essaye de voir plus loin que ce qui se fait actuellement sur le sujet à mon sens. Sans oublier l'effort critique que cela demande de se confronter à ce qu'on dénonce, d'y trouver des artistes et des idées, de se remettre en question, sans oublier ses convictions et ses certitudes. J'ai aimé également l'usage d'un pluriel féminin dans une contre-chronique sur deux, une autre manière de proposer l'écriture inclusive, montrant encore une fois son engagement sur des sujets d'actualité.
Je ne suis pas à une contradiction près : je ne lis jamais de SF, sauf Alain DAMASIO.
Je me suis donc empressée de me procurer son dernier ouvrage, avant de prendre le temps de le lire.
Il ne s’agit pas d’un roman mais de réflexions autour de la technologie qui gouverne nos vies, nos corps, nos émotions.
Lors d’un séjour à la Villa Albertine à San Francisco, l’auteur a eu le privilège de rencontrer certains acteurs de la Silicon Valley, mais aussi d’arpenter les quartiers pauvres de la ville. Il nous livre ses réflexions fruits de ces rencontres.
Avec cette passion des mots qui lui est propre, il amène à réfléchir à travers une gymnastique du langage sur nos vies futurs.
J’ai ainsi découvert l’anneau de l’Apple Park, bâtiment circulaire dans lequel personne (hormis ceux qui y travaille) ne peut pénétrer, alors que tout le monde confie à Apple (et consort) des informations sur sa vie.
J’ai découvert les voitures blanches autonomes qui circulent dans la ville, expérimentant la voiture sans chauffeur. L’auteur imagine à ce propos un scenario catastrophe amusant de réalisme.
J’ai aimé ses réflexions sur le nouveau rapport au corps qui passe par des capteurs (cardiaque, sommeil…), éloignant les utilisateurs du ressenti direct plus émotionnel.
Enfin, j’ai aimé le dernier chapitre constitué d’une nouvelle inédite dans laquelle dans un futur pas si lointain, la nature se déchaine et la famille en prise avec les éléments est dépassée par l’Intelligence Amie qui régit l’appartement. Je ne vous dévoile pas la fin, pleine d’espoir tout de même.
Une lecture, comme toujours avec Alain DAMASIO, qui fait réfléchir sur l’emprise des nouvelles technologies sur nos vies sans être manichéenne.
PS : j’ai trouvé original l’utilisation de la féminisation des pluriels, rebattant les cartes du « masculin qui l’emporte », plongeant ainsi un pôle de l’humanité dans l’ombre dans laquelle il avait placé le féminin.
Pensionnaire pendant quelques semaines de la Villa Albertine (résidence d'artistes) à Los Angeles, Alain Damasio explore la Silicon Valley, les sièges sociaux d'Apple, d'X..., le quartier au nom de pièce de boucherie Tenderloin à San Francisco, où des SDF drogués déambulent en cherchant leur prochain shoot de Fentanyl, inspirateurs des zombies des films hollywoodiens (Damasio prétend qu'ils ne peuvent avoir été imaginés que là), ville où se côtoient les plus immenses richesses -X a son siège à quatre blocs- et la plus abyssale pauvreté. Explorant la psyché des 'autistes sociopathes' (Zuckerberg), 'geeks asociaux' (Musk)... de l'endroit, les objets connectés et l'e-phone 'objet nomade et totalitaire', qu'ils nous proposent et qui transforment radicalement notre appréhension du monde, Damasio tend un miroir impitoyable à notre humanité lovée dans son cocon technologique, ses chatbots (IA), ses doudous apaisants qui surveillent notre rythme cardiaque et nous disent quand remplir notre frigo, et quoi se faire livrer. "La loi du moindre effort est anthropologique". Damasio se revendique artiste, il subvertit le vocabulaire en inventant des mots-valise à la façon de Jacques Derrida. C'est à la fois plaisant et désespérant, psychédélique. Moi qui n'ai jamais pu lire aucun roman de Damasio dont l'univers me reste impénétrable (j'ai pourtant essayé), j'ai bien aimé cet essai techno-poétique écrit au féminin neutre -foin du point médian et du tiret (auteur-trice) et des concaténations (auteurice) qui dérangent l'œil en voulant faire inclusif. Y compris la nouvelle de fin d'ouvrage, où un orage électro-magnétique et une pluie diluvienne étrange ravagent San Francisco, ses habitants enfermés dans leurs appartements inviolables à quadruple vitrages pilotés par une IA, appartements qui se transforment rapidement en tombeaux. Mais la vie et la nature n'ont jamais dit leur dernier mot. Il y a un futur après l'humanité.
L’auteur de science fiction Alain Damasio s’essaie à une série de chroniques sur la Silicon Valley, ses acteurs et son envers, avant de nous offrir une nouvelle de fiction - anticipation. Le sujet est bien sûr central dans la réflexion sur le cours du monde actuel. Comme indiqué dans une autre critique, les chapitres qui décrivent l’univers d’Apple comme une religion du lisse (sans aspérité ni effort), et d’Arnaud, start-upper obsédé par ce que la tech permet dans le monitoring des fonctions corporelles et de leur performance, sont particulièrement éclairantes et réussies.
C’est le premier livre d’Alain Damasio que je lis, et j’apprécie beaucoup son écriture fluide et ludique, laquelle est pour beaucoup dans l’intérêt de cet ouvrage. Je regrette cependant qu’il n’y ait aucune réflexion sur les développements de la biométrie et surtout de la surveillance algorithmique (celle des comportements).
Même si la Chine, et non les Etats-Unis en paraît le centre, les acteurs américains de la high-tech ne sont sûrement pas en reste. D’ailleurs cette émergence de la Chine comme challenger de la puissance technologique américaine aurait mérité une réflexion et un chapitre à elle seule. Il est étonnant qu’elle n’ait pas émergé des échanges avec les acteurs de la Silicon Valley. Ou bien celle-ci est-elle tellement sûr d’elle qu’elle ne voit pas émerger cet autre centre de la technologie moderne ?
un énorme 5/5 à la première partie essai. Non seulement Alain Damasio écrit bien, quitte à inventer des mots qui manqueraient à la langue pour être exact, mais sa critique de la technologie est philosophique, documentée, illustrée et universelle. Après un séjour sur place, dans le noyau du monde binaire actuel, il en tire via des conversations, des échanges, nos expériences, différents aspects qui ont le mérite de faire réfléchir, et de se demander comment et quoi changer.
Pour n'en citer qu'une partie sur 3 pages de notes, sur la conclusion. [Mon rôle est d'aller à l'encontre des] quatre moteurs du désir [de la technologie] : - le fantasme de dépasser la condition humaine - la conjuration des peurs - la volonté de pouvoir - la paresse jouissive
[Parmi les enseignements à pourvoir] : - [...] interroger cette immunité numérique [...] - interroger l'oubli du corps [...] - interroger l'interaction [...] ersatz de la présence [...] - interroger la mnémose [...] - discuter l'impact des technos sur la planète, sur notre santé, sur nos cancers, sur nos déchets, sur la misère... [...] - interroger la continuité de service et de performance °l'instantanéité (toujours maintenant) °l'ubiquité (toujours aileurs) °la connexionite (toujours en ligne) [...] - enseigner la fertilité de l'erreur [...]
Premier livre de Damasio que je lis, et j’ai adoré. Aussi bien les réflexions fertiles et passionnantes que les jeux de mots inventifs qui font partie intégrante du style de l’auteur. Le sujet est super intéressant, et connaissant l’auteur, je trouve l’exercice de pensée super : penser contre soi-même. Technocritique depuis longtemps, Damasio va à la rencontre du berceau de la technologie. « Allez-y, convainquez-moi » en quelques sortes, et l’auteur est honnête tout du long avec ses réflexions. Pas d’hypocrisie. Pas de faux semblants. Des réflexions poussées sur la place que l’on laisse à l’IA et la techno dans nos vies / sur nos vies, sur la re définition du technococon, ses limites mais aussi nos intérêts communs à travailler avec toute cette intelligence.
Agencé en plusieurs chroniques, le livre traite avec sensibilité de la place de l’humanité dans notre ère. Fascination, nostalgie, espoir. Un essai réussi pour une critique politico- poétique. J’ai passé un super moment. Merci !
Ce texte est une collection délicate de petites observations technopoétiques, assemblées au fil d’une résidence de création. Bien que les critiques adressées à la Silicon Valley n’apportent rien de particulièrement neuf, la forme dans laquelle elles se déploient rafraîchit le propos.
Je dois avouer mon admiration pour les jeux de mots disséminés tout au long de l’ouvrage. Oui, Damasio « beurre épais », mais que voulez-vous j’adore les calembours.
La dernière partie, une nouvelle de science-fiction, délaisse le format de l’essai pour offrir une fiction inspirée des idées précédemment essaimées. Si cette incursion dans la spéculation narrative ne m’a pas totalement électrisé, l’effort de faire geste avec les idées reste admirable. Parce qu’il ne suffit pas de spéculer, il faut aussi « faire spéculation ». Et de ce point de vue : bel essai, pari réussi.
La démarche intellectuelle de Damasio, vouloir se laisser convaincre que la tech n’est pas si néfaste, est porteuse et crée certains des articles les plus intéressants, et lui permet d’aller au-delà des clichés.
La tension constante qu’il crée en ce qui tient de l’information et ce qui peut nourrir l’auteur de SF qu’il est donne un éclairage passionnant à ses essais.
La nouvelle finale synthétise brillamment les peurs et les espoirs issus des essais. Terrifiante, sous tension, et inattendue dans sa conclusion.
Le seul bémol à mon humble avis - et il est mineur - c’est la passion de Damasio pour le jeu sur les sonorités et les mots, qui donne autant de fulgurances que de calembours jamais loin de la dad joke.
Globalement un essai intéressant sur la Silicon Valley et la place des technologies dans nos vies. A lire si vous avez aimé les romans d’Alain Damasio pour comprendre son univers.
Malgré quelques passages longs et truffés de jeux de mots pas nécessaires (vibe tonton à table qui te donne des coups de coude pour que tu rigoles), j’ai bien être prise par la main, d’un “chapitre” à l’autre avec des passages racontés où Alain Damasio relate ses rencontres avec des personnages de la Silicon Valley, chacun et chacune très pertinents. De belles réflexions aussi sur le rôle de la science-fiction.
Pour finir, une nouvelle inspirée par les réflexions de l’essai et qui tourne autour du thème de l’eau (un premier essai avant son prochain roman ?).
PS : un chapitre sur deux, Damasio utilise le féminin en place de neutre, et ça fonctionne parfaitement bien.