Fille d’une artiste dotée d’une vision exceptionnelle grâce à une mutation génétique rare, la jeune Aimi souffre d’un sentiment d’exclusion à cause de sa vue « non corrigée », dans une société où les implants ont changé la perception du monde. Toutefois, depuis la découverte de L’Odyssée et sa description de la mer « vineuse » par Homère, la jeune fille se pose des questions sur la subjectivité des couleurs. À l’âge de douze ans, elle convainc ses parents de lui permettre l’implantation de correcteurs rétiniens afin d’élargir son spectre de vision mais, aussi, de mieux s’intégrer. L’opération est un succès, mais jusqu’à quel point ?
Je ne pensais pas que ces deux nouvelles pourraient être aussi bonnes que Le Bracelet de jade - eh bien, elles l'étaient. J'ai aimé le regard sur l'art, la transmission, la perte et la technologie, qui ne verse jamais dans une dystopie moralisatrice facile. On a des couches de subtilité et de symbolisme extraordinairement riches. J'espère vraiment voir arriver d'autres textes de cette autrice en français 🤩
3.75/5 J'ai adoré la première histoire qui était la plus courte. Colorer le monde parle d'une enfant qui veut absolument les imlplants à la mode qui améliorent la vue. Sa mère, artiste, refuse depuis de nombreuses années. Lorsqu'elle arrive enfin à convaincre ses parents, nous allons voir à travers elle cette nouvelle technologie, ce qu'elle apporte à l'humanité mais aussi ce qu'elle enlève. C'était très bien écrit et j'ai adoré l'importance donnée aux mots et au vocabulaire qui change avec les nouvelles technologies. Vraiment 5/5 pour cette histoire. Par contre la seconde m'a un peu moins plu même si j'ai beaucoup aimé le parcours de l'héroïne mais ça m'a moins touché et vers la fin je n'ai pas trop compris vers où l'histoire se dirigeait.
L’écriture très belle, on s’attache aux petits détails, aux petites tâches de lumières et de couleurs, et c’est un petit coup de coeur. Pour ce qui est des réflexions, c’est à la fois frontal et évaporé si je puis dire ? L’autrice nous aiguillonne, nous ouvre des pistes mais n’impose rien. Et c’est très plaisant d’avoir accès à une pensée qui n’enfile pas les poncifs et essaie d’aller toujours plus loin, par des chemins détournés. Et bonus, ça m’a donné envie de découvrir la poétesse ouvrière Zheng Xiaoqiong.
Et pourtant. C'est là que le texte opère un renversement saisissant : celle que l'on croit pauvre en perception est en réalité celle qui possède la vision du monde la plus riche.
Ses œuvres sont complexes, stratifiées, profondes. Elles demandent du temps, de l'attention, une capacité à entrer dans l'univers de l'autre. Mais les porteurs d'implants, avec leur vision augmentée, ne voient dans ses créations que du plat, du vide, de l'insignifiant.
Ce qu'ils ne perçoivent pas, c'est que cette pauvreté ne vient pas de l'œuvre… mais de leur propre regard. Leur perception, pourtant technologiquement enrichie, est devenue pauvre en profondeur, incapable de saisir ce qui ne se donne pas immédiatement à voir. Pour comprendre la mère, il aurait fallu « soulever le couvercle », accepter qu'elle ne soit pas transparente, reconnaître que certains êtres recèlent des richesses invisibles à ceux qui regardent trop vite.
A chaque fois que je lis Mu Ming, j'en ressors éblouie. Ses histoires sont incroyablement intelligentes, avec des thématiques innovantes et une vraie profondeur. Merci aux éditions Argyll de nous la faire découvrir en France !
Comme dans "Le Bracelet de Jade", les deux récits ici présents interrogent notre perception de la réalité. J'ai préféré le premier, une véritable réflexion sur les couleurs, le langage, la différence et le progrès technologique. Le tout avec des révélations que l'on ne voit pas venir. J'ai aussi apprécié l'importance donnée au rêve et à l'imagination dans la seconde.
Aucun de ces récits ne verse jamais dans la dystopie. Le premier aurait pu se transformer en avertissement et en fable cruelle. Ce n'est pourtant pas le cas et c'est très appréciable. Le tout est porté par une très belle traduction, avec un style ciselé sur lequel plane une douceur onirique.
J’ai beaucoup aimé découvrir l’œuvre de Mu Ming avec ces deux nouvelles. Je comprends pourquoi on parle d’elle comme l’étoile montante de la science-fiction chinoise. A travers ces deux nouvelles d’à peine 50 pages, elle réussit à questionner notre monde et notre rapport aux nouvelles technologies. Dans la première nouvelle elle aborde par exemple l’importance du langage pour partager notre perception du monde, dans un futur (pas si futuriste) où la technologie creuse un fossé entre les gens et les générations et essaye de gommer les différences. C’était très touchant 🤍 La deuxième nouvelle pose beaucoup de questions autour de la propriété, de ce que signifie « posséder quelque chose », et de ce qui donne de la valeur aux objets et à l’art. En tout cas ça m’a donné envie de continuer à découvrir la plume de Mu Ming, mais aussi de lire plus de livres de la collection RéciFs de Argyll ! Le livre est de super bonne qualité (fabriqué et imprimé en France, avec un papier bien épais 🤌🏻) et ce format est parfait pour découvrir de nouvelles autrices qui changent.