Divisé en sept sections qui représentent les saisons autant que des étapes de guérison (Cambium, Bercail, Essaim, Neiges, Fonte, Feux, Épilobes), le recueil de poésie, La robe en feu, fait écho au premier de l’autrice, La forêt barbelée. Autant le premier recueil relatait les menaces à l’habitat et le retour aux sources comme mode de vie, le second se veut plutôt un baume pour l’écoanxiété, qui passe par l’observation de la faune et de la flore, lesquels témoignent à tous les jours de la capacité de régénérescence de la nature
Gabrielle Filteau-Chiba est traductrice et auteure. Gabrielle a quitté Montréal à la mi-vingtaine, il y a déjà cinq ans, tombant en amour avec la région du Kamouraska. La traductrice s’est installée alors dans un petit refuge sur le bord de la rivière Kamouraska à Saint-Bruno. Lors d’une vague de froid à son premier hiver, elle a dû demeurer dans son petit logis pendant 10 jours, sans cesser d’alimenter le poêle à bois. Inspirée, elle a écrit le récit de ce qui devient aujourd’hui son premier livre publié, intitulé « Encabanée ».
Je connais bien Gabrielle Filteau-Chiba par ses romans, mais je n'avais jamais lu sa poésie. On y retrouve encore des thèmes sur l'environnement, la beauté du paysage qui nous entoure. J'ai bien aimé !
"[...] là partout où se donne à voir des paysages infinis si vous m'avez appris une chose vous forêts vastes monts sauvages têtes dans les nuages
c'est qu'il viendra pour chaque brûlis un baume et qu'aucune perte ne résiste à la randonnée"
« je suis je demeure je serai un profond puits de joie malgré tout ce qu’on a osé briser en moi »
Je ne sais comment décrire cette œuvre sublime de l’auteure Gabrielle Filteau-Chiba, car les mots me manquent. Elle vole mes mots, elle vole les mots pour en faire des poèmes assumés qui brûlent pour mieux renaitre, qui choisissent la force et la résilience plutôt que le silence. D’une prose à l’autre, on suit la mue, les transfigurations des cercles concentriques des arbres qui croissent, attendant sans le savoir le prochain brûlis, puis la prochaine pluie.
« vous brûlez mes confidentes mes vieilles sorcières
vous brûlez mes bras tendres mes grands arbres fiers
vous brûlez
vous deviez nous survivre »
Je suis profondément attaché à la plume de l’auteure et troublée par cette même plume. Une plume évocatrice, en images brûlantes, en images maitrisées. Les parallèles entre le prompt rétablissement personnel et écosystémique sont vifs, écorchants, dans ce recueil en sept robes. Sept robes portées par une écriture écoféministe assumée, inspirée par la Nature, mais aussi par les humains qui l’habitent, la couvent. Chaque vers s’ouvre sur une invitation, formelle à chaque lecture, à chaque inspiration : vaincre l’écoanxiété par le murmure à la forêt, l’émerveillement à la randonnée. L’illustration d’un espoir collectif d’émotions au doux rythme des saisons : vivre.
(Extraits des pages poèmes « soif de vivre » et « vous brûlez »)
Précieux Sang donne la parole aux ouvrières, ces femmes oubliées du capitalisme qui se sont défigurées et empoisonnées tant par les allumettes que l’amiante. La poète choisit de canaliser la colère qui gronde en cinq femmes anonymes, divisant son œuvre en cinq cantiques : Simone l’allumettière, Clémence la travailleuse dans une usine d’armement, Florence l’employée de la mine d’amiante, Marie l’abatteuse et Germaine la couturière. Ces cinq récits illustrent la violence sourde que ces femmes ont subie au nom de la productivité et de l’enrichissement du patronat. Malgré l’explosion qui menace, Voyer traite ce sujet avec une patience impressionnante. La poésie de Précieux sang est une irritation nécessaire à la guérison d’une blessure. C’est une lecture difficile, mais absolument essentielle.
L’autrice conclut son œuvre avec un court essai de quelques pages sur l’enfance et la campagne. Ce digestif est le bienvenu après une lecture aussi percutante. En se positionnant ainsi comme une femme de la terre, Voyer donne à la première partie de son recueil un écho très pertinent.
Honnêtement, Précieux sang est un livre exceptionnel. Cette poésie, à la fois accessible et dénonciatrice des injustices passées qui résonnent encore aujourd’hui, se taillera certainement une place de choix parmi les honneurs. Marie-Hélène Voyer démontre une fois de plus son immense savoir-faire avec une sensibilité unique.