Tout jeune militant du Parti progressiste-conservateur, Brian Mulroney rêvait de devenir un jour premier ministre du Canada. Le « p'tit gars de Baie-Comeau » aura gagné son pari, lui qui fut élu en 1984 puis réélu en 1988 à la tête de gouvernements majoritaires. Le journaliste Guy Gendron dresse un portrait fascinant d'un homme politique malmené par l'histoire avec un petit « h », celle écrite par les journalistes, mais pour lequel l'Histoire, celle des historiens, pourrait bien être plus clémente.
Une lecture très intéressante qui propose un portait fascinant d'un réel chef d'État.
Pour les jeunes de ma génération, les événements qui ont marqué le développement canadien comme l'accord du Lac Meech et son échec, l'accord de libre échange avec les États-Unis ou l'époque Trudeau n'ont pas fait partie de l'enseignement que nous avons reçu à l'école parce qu'ils étaient encore trop frais et avaient été vécus directement par les gens de la génération précédente et par nos parents. Ainsi, de tels ouvrages permettent de mieux comprendre le pays dans lequel nous vivons et les tensions qui existent entre les différents acteurs.
Le livre est bien balancé, n'est pas trop hagiographique. Cependant, on sent une volonté de rétablir (ou d'établir) la place de Mulroney dans l'histoire canadienne et même internationale. L'auteur le présente comme l'homme des rapprochements ayant joué un rôle important et ayant accompli des exploits sans précédents. Je ne pense pas qu'il s'agit de quelque chose de volontaire mais seulement le résultat d'avoir passé beaucoup de temps avec un homme qui se considère comme ayant été victime d'une injustice historique. En effet, il ressort de ce livre un palmarès impressionnant: plusieurs accords constitutionnels signés par l'ensemble des provinces (quoique ne menant pas à une modification de la Constitution canadienne), un accord de libre-échange avec les États-Unis et le Mexique, la signature de plusieurs accords internationaux pour la protection de l'environnement, un rôle prédominant dans la négociation diplomatique de la fin de l'apartheid en Afrique du Sud, etc. Si on tente d'y démontrer qu'il est un homme important dans l'histoire canadienne, j'ai eu un moins grand malaise devant ce processus qu'à la lecture de la biographie de Robert Bourassa par Jean-François Lisée qui couvre en partie la même époque et qui vise clairement à servir un agenda. Ici, ce n'est pas du tout le cas.
Cependant, le livre ne néglige pas de présenter ce qui a terni la stature du Premier ministre. En plus des nombreux scandales ayant ébranlé son gouvernement (en partie dus à sa jeunesse), il a lui-même été impliqué dans l'affaire Airbus qui, sans définitivement démontrer que Mulroney a mal agi, mène n'importe qui à se questionner sur la façon de gérer les affaires dans ce gouvernement conservateur.
Vraiment, un livre intéressant pour ceux qui s'intéressent à la politique canadienne et qui relate bien une époque que nous cachons souvent sous le tapis de l'histoire puisqu'elle contient un retentissant échec pour l'idée canadienne et une période difficile pour l'identité québécoise.
L’auteur souligne qu’il n’écrit pas en qualité d’historien, mais bien en qualité de journaliste, mais ça donne aussi résultat contextualisé, documenté et contre-vérifié de façon très rigoureuse, sans enlever de vigueur à la narration de chaque tranche palpitante de la vie publique de Brian Mulroney. Les bons moments (influence envers les USA, environnement, apartheid, francophonie, ambition de réconciliation canadienne, humanisme digne et sincère) comme les moins bons (Airbus, dépendances, nominations partisanes, amitiés brisées) coups sont présentés de façon captivante et bien équilibré.
L’auteur a beau demeurer neutre et objectif, on ne peut (surtout en le lisant 10 ans après sa parution) s’empêcher de constater qu’il s’agit du plus grand PM que le Canada ait eu dans les 100 dernières années. Un homme d’état influent et diplomate, déterminé sans être dogmatique, rassembleur et humain, courageux dans ses convictions, il a foncé à contre-courant (libre-échanges, constitution, TPS) où plusieurs contemporains plient au vent. Plus progressiste que conservateur, il a mené des troupes d’une autre époque avec cran.
Son héritage aurait pu changer la carte du Canada en réconciliant l’irréconciliable. Meech, c’était la dernière chance et ce sont les Chrétien, Trudeau, Wells et compagnie qui ont tout saboté. Les magouilles de Trudeau et Chrétien m’ont rappelé dans quel état d’esprit j’étais quand j’ai voté Oui en 1995. Je ne suis plus souverainiste, mais si je me suis résigné au fédéralisme du moindre mal, ce n’est pas parce que j’ai oublié l’insulte du ROC de 1990…
Ça rend nostalgique d’un temps où la grande classe était la norme, le collectif primait sur l’individuel et que les débats politiques et sociaux étaient au premier plan.
Très intéressant. Un beau retour sur notre histoire des dernières années. Beau parallèle pour bien comprendre les relations entre le Canada et les USA républicains de l’époque Reagan et le parallèle qu’on peut faire avec l’époque actuelle de Trump.
Un livre écrit par un journaliste ayant fait un véritable travail d'enquête objectif sur le parcours politique de Brian Mulroney. Le journaliste mentionne d'ailleurs Mulroney a accepté de répondre à toutes les questions, y compris celles concernant son conflit avec Lucien Bouchard.
Le livre aborde beaucoup les aspects stratégiques des campagnes électorales, ce qui n'est pas pour déplaire aux lecteurs qui ont déjà été impliqués en politique.
Un incontournable pour ceux qui souhaitent connaître l'homme des beaux risques.