Un essai indispensable pour saisir les ressorts du fascisme aujourd’hui.
Montée des inégalités, perte de confiance dans les institutions démocratiques, rejet des migrants, mutations de l’espace public numérique, attrait pour les figures autoritaires… Le retour du fascisme auquel nous assistons n’est pas une simple répétition de celui du siècle dernier, mais puise dans un terreau tout aussi intoxicant. Si ses manifestations ne sont pas toujours autant spectaculaires, c’est que nous avons parfois affaire à un fascisme « tranquille » qui s’insinue sournoisement dans nos interactions quotidiennes, dans les controverses de l’espace médiatique et dans nos imaginaires, au point de réussir un malheureux exploit : paraître ordinaire, voire inoffensif.
Exposant les mécanismes qui favorisent la montée des courants autoritaires et réactionnaires, en particulier au Québec et aux États-Unis, Jonathan Durand Folco montre bien combien le fascisme doit être appréhendé sur un continuum marqué par différents stades. Face au brouillage des frontières entre la droite conservatrice traditionnelle et les idées d’extrême droite, nous avons plus que jamais besoin d’y voir clair. Affronter la nouvelle vague autoritaire ne pourra pas se réduire à la défense de l’ordre établi et du modèle libéral : ce basculement doit être considéré comme une occasion de réinventer en profondeur nos modes de vie, nos institutions et nos imaginaires.
Quel ouvrage, wow ! On ne peut pas être déconcentré 5 secondes en lisant ce livre, tellement d'infos mais toutes tellement pertinentes. Mou sur certaines dénonciations, mais je pense que c'est un choix éditorial, et concrètement ça n'enlève rien aux propos qu'explique le livre. Section sur le fascisme tranquille au Québec excellente. Propos très bien amenés, expliqués puis démontrés. Folco prend toujours le temps de répondre aux contre-arguments et d'expliquer ses points de tous les angles possibles.
Les deux derniers chapitres qui expliquent comment résister au fascisme et comment s'organiser à gauche sont tellement importants, et une superbe façon de finir le livre.
Quel livre complet ! Un immense portrait de la montée des extrêmes-droites, des dictatures, du fascisme et de ses multiples déclinaisons, comme le technofascisme et, bien sûr, sa théorie du fascisme tranquille. La première centaine de pages est assez dense avec sa mise en perspective historique, mais l’ouvrage devient ensuite beaucoup plus clair et incisif. Et honnêtement, le chapitre sur Bock-Côté vaut à lui seul le 5/5.
Un texte super important et essentiel à mon avis. Avec ce qui se passe autant sur la scène québécoise que canadienne QU’internationale, il faut prendre tous les outils nécessaires pour assurer une bonne défense.
C’est la mission de l’auteur à travers cet ouvrage et, pour y parvenir, il procède d’abord à une explication très détaillée de plusieurs aspects : comment nous en sommes à ce point, pourquoi ça se maintient/se renforce, la prestance de certaines figures qui véhiculent des messages de ce côté de l’échiquier politique. C’est au fil de ses analyses qu’on arrive à mieux saisir notre réalité et qu’il propose des pistes de solutions réalistes pour contrer ce fascisme tranquille.
L’essai couvre toutes les dimensions pour nous offrir un portrait des plus complets et nous donner une touche d’espoir pour la suite des choses. Par conséquent : ça en fait une lecture à faire absolument !
L’auteur scrute longuement la société québécoise tout en laissant presque entièrement de côté le pouvoir fédéral, pourtant détenteur des véritables pouvoirs régaliens comme l’armée, la sécurité ou la politique étrangère. Cette omission affaiblit d’emblée la thèse, puisque les dérives autoritaires les plus lourdes se jouent précisément là où se concentre ce pouvoir réel.
Folco affirme que le Québec serait rendu à une phase avancée d’enracinement autoritaire, mais cette affirmation n’est jamais réellement démontrée. Les preuves institutionnelles, électorales ou juridiques manquent et l’analyse repose surtout sur une lecture idéologique des discours publics. Le malaise est renforcé par la place excessive accordée à Mathieu Bock-Côté, qui donne souvent l’impression d’une critique du personnage plus que d’une démonstration sérieuse de son rôle prétendument fascisant.
Le problème central demeure toutefois conceptuel. Les notions de conservatisme, de populisme et de nationalisme sont mal définies et finissent par être dans une même catégorie floue de "micro facisme". À force d’élargir le concept, tout devient fascisme potentiel, ce qui en vide le sens.
En étirant autant la notion de fascisme, le livre perd sa portée analytique et ressemble davantage à un texte militant qu’à un travail rigoureux.
Je viens de compléter "Fascisme tranquille : affronter la nouvelle vague autoritaire" de Jonathan Durand Folco.
Très belle surprise. J'y allais de reculons, me disant que j'avais déjà assez bu de soupe écosocialiste depuis mes premiers éveils altermondialistes en 2001 et que, franchement, il n'y avait plus grand chose à dire sur le fascisme en cours que je n'avais déjà lu dans un éditorial de Josée Blanchette ou vu dans un des derniers films de Walt Disney.
Mais en fait j'ai appris des choses.
Le livre se présente comme un survol synthétique des principales théories et cas d'étude sur le fascisme, la personnalité autoritaire et la guerre culturelle entre les réactionnaires et les progressistes. C'est brûlant d'actualité à cause de ce qui se passe aux États-Unis et au Québec bien sûr, mais ça prend aussi le temps d'ajuster le foyer de nos lunettes pour voir ce qui sort du cadre et lui donner une explication intelligible. Tout à coup, ce qui apparaissait comme des éléments impossibles à concilier (l'idéologie transhumaniste et le référendum de 1995, Mathieu Bock-Côté et le freudo-marxisme, les rôles de genre chrétiens et de techno-utopisme) se rangent dans une trame intelligible et sensée avec un début, un milieu et un avenir. Ce n'est pas tant qu'on ajoute de nouvelles pensées révolutionnaires, mais plutôt qu'on relit les définitions et qu'on établit des seuils pour voir où on en est. Une méthode de science sociale appliquée qui nous donne envie de lire la bibliographie et peut-être même le préquel sur le capitalisme algorythmique.
Ensuite, ce n'est pas une lecture ennuyeuse. L'auteur est un contemporain et le texte est assez juste pour servir de catharsis au lecteur. On se prend à revister des souvenirs de 1995, 2001, 2008, 2012, 2019, 2023 et 2025 comme s'il s'agissait en fait de notre histoire personnelle, scandée elle aussi par les images collectives et les choix des dirigeants. On se rappelle de lire les grands titres sur la mondialisation, la crise économique -- on se rappelle du moment où internet était un projet utopique et Facebook, une patente pour les geeks tout simplement. Comme le monde a changé et nos vies avec lui !
Le texte plaira sans doute davantage à ceux qui ont un esprit studieux qu'à celles qui cherchent un guide pour l'action dans l'urgence. Certains de ses passages se veulent tellement compréhensifs des valeurs de la droite (qu'elle soit paléo-, néo-, techno- ou juste complètement facho-) qu'on peut finir par se demander si l'auteur ne finit pas lui-même par faire déplacer la fameuse fenêtre d'Overton en rendant digestible des concepts d'une violence inouïe. Doit-on vraiment parler du cuir de la botte qui nous écrase le visage ? Est-ce qu'on doit utiliser les acronymes de l'ennemi si ils ont d'abord été pensés pour masquer ses avancées ? Est-ce que le fascisme peut être tranquille, vraiment ? Cela dit, tous ces questionnements ont leur place dans le texte et on est heureux d'avoir enfin un espace pour se les poser calmement. Cela ne nous empêchera pas d'aller manifester la semaine prochaine et fera peut-être de meilleures pancartes.
Merci pour ce moment de réflexion et de synthèse sur ce qui nous traverse à toutes vitesse en ce moment. Hannah Arendt nous invitait à prendre des notes dès que le monde se met à changer, car nous oublions rapidement comment était le monde d'avant tandis que nos habitudes nous transforment. Penser, ce n'est pas un luxe.
4.5/5 morceaux de robot 🦾 pour un cahier de route collectif qui nous aide à ralentir le passage du Québec au niveau 3 de la folie en cours !
Le fascisme existe toujours, même s’il peut prendre des formes plus subtiles et sournoises. Celui-ci tend à s’immiscer progressivement dans nos vies, au sein des débats publics, dans les médias et par des prises de paroles décomplexées, au point de devenir quasi banal. Il opère ainsi en douce sur les mentalités individuelles et collectives, sur les discours et décisions politiques, et sur les attitudes sociales, porté par des figures influentes. Dans cet essai, l’auteur invite à mieux comprendre les mécanismes (sociaux, politiques, culturels) qui rendent ce « fascisme tranquille » possible, puis à réfléchir sur les façons de le reconnaître et de contrer efficacement sa progression.
C’est un essai bourré de concepts et qui comporte son lot de redites et de redondances, en plus de quelques coquilles, mais qui est néanmoins d’actualité, fort bien construit et ultra pertinent pour mieux cerner le portrait politique et social qui se dessine, et comment y faire face. J’aurais personnellement aimé que l’auteur se penche un peu plus sur la dimension canadienne, au moins autant que sur le contexte québécois, mais l’état des lieux qu’il dresse de la situation dans le Nord global reste à point. Enfin, au-delà d’un effort de définition et d’analyse, cet essai est aussi un exercice d’introspection sur la gauche et le pouvoir citoyen, et ultimement une invitation à repenser en profondeur les institutions qui nous gouvernent, nos pratiques démocratiques, nos habitudes sociales et nos stratégies collectives, afin d’offrir un contrepoids efficace aux dérives autoritaires, au technofacisme et au pouvoir oligarchique.
Voilà une douce façon de terminer 2025! S'il y a un livre à lire sur la montée de l'extrême-droite, c'est bien celui-là. Un livre actuel, bien étoffé, qui donne des pistes de solutions et, dirais-je, un peu d'espoir dans tout ce chaos?
Très bon livre pour comprendre la monté actuel du fascisme. Le début du livre est plutôt long, très scolaire, mais les deux derniers chapitres font du bien.
J’ai appris plusieurs choses, mais le livre m’a laissé un peu sur ma faim. Ma question en ouvrant ce livre: qu’est-ce que le Québec a de fasciste? Je ne crois pas avoir obtenu réponse autre que le nationalisme québécois et les discours contre l’immigration et les wokes. Le parallèle entre l’Allemagne pré-nazisme et la période post-référendum du Québec m’a aussi laissé perplexe, tout comme l’utilisation élevée d’étiquettes.
J’ai tout de même appris beaucoup. Les deux premières parties du livre sont excellentes. Je n’avais que très peu de connaissances sur le sujet et ces pages m’ont permis d’avoir un bel aperçu de la littérature couvrant le fascisme. J’en comprends que Folco voit le Québec comme étant dans les deux premiers stades de Paxton, soit l’émergence du désenchantement envers la démocratie et l’enracinement au niveau national. Il ne s’agit peut-être que d’un sentiment de ma part, mais j’ai l’impression que selon le discours de Folco, à peu près toute droite devrait être considérée comme pré-fasciste lorsqu’elle prend de l’ampleur.
Une question que je me pose (je la vole d’un ami) touche la particularité de la lutte indépendantiste du Québec. Je me demande si les discours touchant l’immigration, la culture, le nationalisme et la langue dans ce contexte doivent être interprétés de la même façon qu’ils le seraient, par exemple, en France, où son peuple a le contrôle de ses institutions (ce qui n’est pas complètement le cas pour le Québec). Il faut rester attentif aux excès racistes, mais l’effet de l’anglicisation du Québec se fait ressentir sur cette lutte. Pierre Fortin a résumé dans L’actualité l’effet différencié sur le déclin du français des différentes politiques migratoires. Je ne sais pas si un tel discours est automatiquement fascisant considérant qu’il s’installe dans une dynamique particulière au Québec, soit la question nationale.
Ce livre haussera tout de même mon niveau d’attention à l’époque glaçante que nous traversons. Une note importante que j’ai prise: le fascisme est davantage un processus de radicalisation qu’un état fini clairement identifiable.
L'un des meilleurs livre à ce sujet. Une lecture importante pour comprendre comment on est arrivés là. L'auteur fait un tour très complet de la situation. Et contrairement à d'autres ouvrages à ce sujet, il offre également des pistes de solution pour s'en sortir, ainsi que des pièges à éviter.