Décidément, en ce moment, c’est une farandole d’albums marquant et superbement écrits et dessinés. Après les contes réinventé, un fantastique sublimé, place à une association atypique de gothique et steampunk dans ce superbe roman illustré pour jeunes et grands.
J’y découvre le duo Francesca Leoneschi et Iacopo Bruno. La première est une ancienne élève d’architecture, photographie, illustration et graphisme qui a pas mal travaillé dans la réalisation de couverture avant de fonder sa propre maison d’édition avec Iacopo Bruno. Ce dernier est un auteur de renommée internationale, notamment parce qu’il a réalisé les couvertures des Harry Potter allemands. Il travaille depuis des années avec sa femme qui a contribué à ce succès.
Dans Inséparables, ils allient leurs sensibilités pour une histoire douce, plein d’émotion et de pudeur, évoquant la difficulté à accepter la perte d’un très proche, le tout dans un écrin magnifique où l’objet livre est pensé de A à Z, de la couverture, dont il nous présente le travail en bonus, en passant par la mise en page, le choix des mots et l’écho avec les dessins. Une merveille !
Fan d’ambiances gothiques et steampunk, j’ai été surprise de découvrir ce mélange dans ce récit aquatique loin des credo habituels des deux genres, mais c’est d’une poésie, d’une émotion ! Il faut dire que le récit est âpre. Le héros, Ichi, un petit poulpe aux grands yeux qui lui mangent le village, tels les héros de manga, vient de perdre son père, le Roi de l’océan. Mais il n’est pas près à l’accepter, alors il se lance dans une veine quête afin de le sauver et sur son chemin, il rencontrera Lucy, une fillette qui a perdu son coeur au cours d’un naufrage. Il cherchera donc à l’aider tout en poursuivant son voyage.
Cette lecture fut avant tout une plongée dans l’univers imaginé par les auteurs avec une superbe poésie aquatique mélangeant la mécanique du steampunk et la noirceur mélancolique du gothique. C’est juste sublime, surtout que les auteurs n’ont pas été avares en illustrations et qu’il y en a de partout ! J’ai adoré découvrir cette esthétique unique qui m’a littéralement envoûtée, en plus de très vite me serrer le coeur. Car l’histoire est vraiment émouvante. De ce qu’il lui arrive, jusqu’à la silhouette qu’on lui donne, Ichi ne peut que toucher le lecteur, qui verra en lui, un petit être à sauver, aider, accompagner. L’émotion est garantie.
L’aventure est en plus une vraie odyssée savamment travaillée, avec de l’émotion, du mystère, une vraie quête et même des tensions et frayeurs, mais également de l’émerveillement, celui de ce lieu, celui de l’émotion qui traverse ces personnages qui ont tant de mal à affronter la mort, qu’elle les touche ou touche un de leur proche. Car l’histoire est une vraie odyssée personnelle du deuil que les auteurs ont très finement écrit, choisissant avec justesse mots et dessins pour l’illustrer et nous porter cette émotion. Cela a résonné en moi.
Je suis donc tombée sous le charme de cette histoire originale dès les premiers instants où j’ai compris la vive émotion de ce jeune garçon perdant son père trop tôt qui ne sait y faire face. Les auteurs utilisent alors toute la poésie en eux pour nous transmettre ce douloureux sentiments à travers une quête gothico-steampunk aquatique sublime sous leur trait qui emprunte si fort aux bestiaires et gravures du XIXe. Magnifique !