« Toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille malheureuse l’est à sa façon. » (p.1)
Avec Anna Karénine, Tolstoï a établi une véritable odyssée de l’expérience humaine et de nos émotions les plus enfouies. Située dans la haute-société russe du 19e siècle, l’auteur nous plonge dans un vaste cercle de l’élite qui, au grés du temps, vit l’amour et son douloureux revers. Avec les relations d’Anna et Vronski, Lévine et Kitty ainsi que d’autres liaisons moins développées par Tolstoï (Stépane et Dolly, par exemple), ce dernier nous fait sentir les hauts et les bas. Avant ma lecture, je m’étais imaginé une histoire d’amour où les personnages vivraient une histoire romantique qui conclurait dans la joie dans le style naïf des Disney. Au contraire, Léon Tolstoï aborde autant l’amour avec pessimisme qu’avec optimisme et ce avec une telle précision qu’on aurait cru que l’auteur avait vécu plusieurs vies et plusieurs perspectives. Il sait avec maîtrise se mettre à la place de ses personnages et cela rend la lecture beaucoup plus réaliste et agréable. Ayant lui même vécu une vie aristocratique, il connaissait le combat entre les émotions et la perception que la haute-société aurait si celles-ci étaient dévoilées. C’est le cas d’Alexis, par exemple, qui tente de gérer l’infidélité de sa femme Anna en se préoccupant d’avantage de ce que ses pairs penseraient de lui s’il se montrait vulnérable. Les personnages semblent mener une double vie entre ce qu’ils ressentent réellement et ce qu’ils veulent qu’on perçoivent d’eux, menant à un sentiment étouffant pour nous autres, lecteurs contemporains. Le roman se lit formidablement bien grâce à une prose simple mais riche en description et des chapitres courts qui permettent à l’auteur de changer la perspective entre les différentes intrigues facilement, rendant l’expérience dynamique. Les longueurs étaient tout de même présentes à certains endroits, surtout avec Lévine à la campagne et toutes les scènes où il donne des ordres aux moujiks ou qu’il part à la chasse. En somme, la longue lecture de cet oeuvre a été formidable malgré quelques petits défauts.