Quoi de mieux pour finir l'année que de vous parler d'un coup de coeur pour une histoire familiale et artistique sur deux chemins de vie qui se croisent. Voici ce que je vous propose avec Akari de Marco Kohinata, une nouvelle autrice comme Le Lézard noir a le chic pour en découvrir !
Oneshot publié originellement en 2022 au Japon chez Comiplex (éditeur que je ne connais pas) où on trouve également le singulier Double, sur le théâtre, que publie Lézard noir, il arrive chez nous dans une très belle édition grand format sans jaquette mais avec rabats qui permet de rendre pleinement hommage au dessin de Marco Kohinata qui saluent eux-même l'artisanat et la passion dont fond preuve les personnages.
Je reconnais cependant que c'est une esthétique inhabituelle pour les lecteurs de mangas mainstream. Avec son côté crayonneux, charbonneux, la texture de l'oeuvre surprend. Le trait, lui, très doux rappelle aussi bien celui de Nanae Haruno (Papa told me) que de Mari Yamazaki (Thermae Romae), et j'avoue être assez fan de cette ambiance mature mais douce et sensible que j'y retrouve, surtout pour mettre en scène une telle histoire.
Tout démarre lorsque nous rencontrons, Fumiyo Kagari, un vieil artisan vitrailliste, qui vient de perdre sa femme. Vivant seul, depuis une dispute avec son fils, il semble avoir perdu la dernière chose lui donnant goût à la vie et est sur le point de fermer son atelier et d'arrêter les cours qu'il donne. Mais une rencontre vient tout changer ! Un soir, il trouve à sa porte, une jeune femme, Akari, qu'il confond avec sa petite fille portant le même prénom et discrètement, sans rien préméditer, l'admiration de celle-ci pour les travaux du vieux monsieur, sa propre sensibilité au travail du verre, vont lui redonner le goût pour cette vieille passion, décidément bien accrochée à sa peau.
J'ai été très sensible aux multiples facettes de cette histoire, qui comme le verre qu'ils travaillent, vient nous éclairer de ses multiples rayons. J'ai bien sûr d'abord été très touchée par l'histoire humaine. Je suis une indécrottable romantique face aux relations intergénérationnelle familiale. Il s'en dégage une douceur qui m'émeut énormément, peut-être parce que je n'ai pas connu cela justement. Et ici, même s'ils ne sont pas de la même famille, il se passe définitivement quelque chose entre eux, une connexion naît autour de leur sensibilité au verre et à ses lumières. Akari, en plus, a une histoire aussi touchante que celle de ce vieux monsieur, qui l'autrice vient conter toute en douceur et retenue, à coup d'ellipses et de cases muettes reprenant des éclats de ses souvenirs. Ça aide à comprendre pourquoi elle tombe dans un tel mensonge et y reste. Elle avait autant besoin de cette relation que lui.
Cela m'amène au deuxième sujet de l'oeuvre : la famille avec ses drames, ses pertes. Voir la peine de ce vieux monsieur désormais seul m'a brisé le coeur. L'autrice peint cela dans des cases d'une rare intensité émotionnelle à l'aide de petits détails et de cadrages savamment étudiés qui montrent combien les mots peuvent être superflu quand le regard est là. Le parcours d'Akari est tout aussi émouvant. Leurs solitudes se ressemblent, leur peine vis-à-vis de leur famille aussi, et l'autrice fait preuve de tout autant de pudeur et d'une même narration muette qui, ceux qui me suivent le savent, me touche toujours énormément. Je trouve que les meilleurs auteurs sont ceux la maîtrisant comme Adachi, Rumiko Takahashi ou Marco Kohinata, donc.
Enfin, il y a le thème de l'art et de l'artisanat. Je ne m'étais jamais penché sur le travail du verre et des vitraux, hormis en admirant ceux-ci dans les établissements religieux et plus rarement dans les bâtiments art nouveau, ou lors d'un lointain atelier chez un souffleur de verre, mais j'ai trouvé cela fascinant ici. Sans que cela soit archi pédagogique, l'autrice pourtant nous montre petit à petit au fil de l'histoire comme se passe le travail du verre, le soin à choisir sa couleur, son motif, comment lui donner forme ; la persévérance d'essayer, se tromper, réessayer et le bonheur de trouver enfin la bonne composition. Il y a aussi une dimension bien moins traditionnelle qu'attendue avec une Akari, qui se dévalorise, mais a une vraie sensibilité et originalité naturelle quand il s'agit d'imaginer des objets avec ceux-ci. Je suis fan de ses réalisations et en particulier la dernière. Elle révolutionne un petit peu cet art. En plus, on voit un beau travail en atelier, à l'ancienne, avec un maître et ses apprentis. C'est un très beau portrait et de beaux messages sur l'artisanat que nous avons là !
Forcément en conjuguant toutes ces facettes, forcément la pièce qui en est sortie, ne pouvait être d'un petit bijou à mes yeux. J'ai été aussi bien sensibles aux mots qu'aux dessins si parlant de l'autrice, qui dans sa pudeur m'a touchée en plein coeur. C'était une histoire puissante, émouvante avec des personnages simples et doux, maladroits et en souffrance, mais dont la rencontre et la conjugaison des passions a tout changé, leur redonnant le goût à la vie à chacun. Et en cette fin d'année, en ces moments troublés aussi, on a besoin de belles histoires humaines pleine d'espoir comme celle-ci qui vont venir nous toucher en plein coeur. Alors venez fouiller le catalogue du Lézard noir avec moi, c'est la lumière que vous trouverez ! <3