Déception à la hauteur des attentes...
En 1986, un film révolutionnait le paysage cinématographique français: Le Passage, avec Alain Delon, l’histoire d’un homme qui signe un contrat avec la mort et devient en quelque sorte son employé, afin de sauver son jeune fils. Le film, que j’ai vu et revu, a forgé les goûts de mon adolescence, au même titre que les livres de Stephen King. Ensuite, il y a eu 36 15 Code Père Noël, film d’horreur frenchie sur un petit garçon plein de ressources terrorisé chez lui par un Père Noël psychopathe, film “flippant”, dont le titre intriguera ceux qui n’ont pas connu le bon vieux temps du minitel…. Ce n’est qu’à l’achat du présent livre que j’ai réalisé que Dédales, cet excellent thriller français avec Sylvie Testud et Lambert Wilson, était aussi signé René Manzor. Manzor est un véritable OVNI du cinéma français, dans le bon sens du terme. Un original, loin des sentiers battus, qui n’hésite pas à surprendre. Le Shyamalan du cinéma français, en quelque sorte… C’est pourquoi, quand j’ai appris qu’il s’était mis à l’écriture, j’avais d’immenses attentes… Qui, malheureusement, ont été déçues…
Celui dont le nom n’est plus suit trois personnages: un avocat, Nils Blake, une criminologue américaine, Dahlia Rhymes, et l’inspecteur McKenna de Scotland Yard, rassemblées pour une enquête autour d’une série de meurtres rituels, dont les victimes sont dépouillées de leurs organes, mais préparées selon des rites religieux pour leur passage dans l’au-delà. Tout semble indiquer que pour chaque victime, le bourreau est la personne de leur entourage qui les aimait le plus. Une course contre la montre va s’engager entre Scotland Yard, et la personne qui tire les ficelles de cette histoire, dans laquelle on s’aperçoit vite que les coupables sont elle-mêmes des victimes…
Celui dont le nom n’est plus est une histoire plutôt captivante au rythme trépidant, certes, et comblera sans problème le lecteur de polar occasionnel… En revanche, il laissera un arrière-goût de déception aux amateurs de polars aguerris, qui anticiperont sans problème la prochaine étape, sans se faire surprendre par des retournements de situation qu’ils auront devinés parfois longtemps à l’avance. Ce fut mon cas, à part l’ultime rebondissement, que certes je n’attendais pas à la conclusion de ce roman, mais dont les ficelles ont déjà été utilisées à plusieurs reprises par Frank Thilliez dans ses romans (notamment Gataca). Est-ce que parce que Manzor a jugé qu’avec Fractures, Thilliez avait un peu plagié Dédales, et lui rend-il la monnaie de sa pièce? Toujours est-il que l’on a parfois l’impression que ces petites rivalités dans le petit monde du polar français (combien de fois ai-je déjà constaté que les sujets abordés par Thilliez et Grangé étaient souvent repris par l’un ou par l’autre?) se font parfois un peu au détriment du lecteur, du moins, du lecteur assidu…
En conclusion, à part dans l’obsession autour de la mort (parfois personnalisée) et la façon de la combattre (je pense à la scène avec le petit garçon qui veut devenir fossoyeur pour protéger sa mère), je n’ai pas retrouvé la spécificité de Manzor. Ce polar aurait pu être écrit par un autre… Je pense que Manzor est capable de beaucoup mieux, et espère que dans son prochain roman, il renouera avec son originalité de cinéaste, trouvera sa propre voie, et ne se contentera pas d’être dans l’imitation de Thilliez (dont on notera au passage que le dernier roman, Angor, aborde des sujets similaires…)